Sélection génétique contre le parasitisme : le mouton charollais se lance
Longtemps réputé pour sa conformation et sa croissance, le mouton charollais s’engage désormais dans la résistance aux parasites internes. L’organisme de sélection de la race a mené en 2025 une première année d’expérimentation sur ce caractère et les résultats sont plus qu’encourageants.
Longtemps réputé pour sa conformation et sa croissance, le mouton charollais s’engage désormais dans la résistance aux parasites internes. L’organisme de sélection de la race a mené en 2025 une première année d’expérimentation sur ce caractère et les résultats sont plus qu’encourageants.
« Le parasitisme digestif reste l’un des principaux freins à la productivité dans les systèmes herbagers, surtout lors des années humides comme 2024 », rappelle Laurent Solas, technicien à la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. Face à la montée des résistances aux vermifuges et aux aléas climatiques qui favorisent les infestations, l’idée d’intégrer la résistance au parasitisme comme critère de sélection s’est imposée. D’autres races, comme les races laitières des Pyrénées ou la Rouge de l’Ouest, la Lacaune et la Romane du côté des races allaitantes, ont déjà ouvert la voie.
Une étude en race charollaise est menée en partenariat avec Inrae, Idele et la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire, et bénéficie d’un soutien financier de la région Bourgogne – Franche-Comté, pour une durée de quatre ans. Pour la première phase de l’étude, l’équipe de l’OS a choisi d’expérimenter le protocole sur 28 agneaux âgés de trois mois, issus d’élevages variés et placés en centre d’élevage. Pour évaluer la résistance génétique aux strongles digestifs, deux infestations expérimentales avec des larves ont été réalisées, espacées d’un mois et demi. Après chaque infestation, des prélèvements sanguins et coprologiques ont été réalisés pour mesurer l’intensité d’excrétion d’œufs de parasites et le volume de globules rouges dans le sang.
Des perspectives concrètes pour la sélection
Les premiers résultats montrent une grande variabilité individuelle face à l’infestation, un point jugé très positif pour la sélection. Certains agneaux ont excrété plus de 10 000 œufs à la première infestation, quand d’autres sont restés sous la barre des 500. « Nous observons des profils très contrastés, avec des groupes d’agneaux que l’on peut considérer comme faibles excréteurs et d’autres comme forts excréteurs », souligne Jean-Luc Brunet, ingénieur à l’Institut de l’élevage (Idele). Mais surtout, la moyenne d’excrétion a diminué de moitié entre la première et la seconde infestation, signe que les agneaux ont acquis une certaine immunité entre les deux infestations.
Lire aussi : La sélection génétique ovine, un outil prometteur contre le parasitisme gastro-intestinal
« Il est trop tôt pour en tirer des conclusions sur d’éventuelles lignées résistantes mais les études menées sur les races laitières ont montré une héritabilité estimée autour de 30 %, soit du même ordre de grandeur que la croissance entre 30 et 70 jours. » selon Flavie Tortereau, ingénieure de recherche à Inrae. De quoi envisager à terme une sélection génétique efficace sur ce caractère. Un agneau identifié comme l’un des plus faibles excréteurs et présentant un phénotype intéressant en termes de conformation et de qualités de race a quant à lui rejoint le centre d’insémination Insem Ovin en Haute-Vienne, afin d’être diffusé plus largement dans la base de sélection et parmi les éleveurs utilisateurs qui pratiquent l’insémination.
Une case a été aménagée avec des cornadis pour faciliter la contention lors des interventions nécessaires au protocole. ©C. Debrut
Des agneaux d’herbe ou de bergerie
Trois types d’agneaux étaient testés : des agneaux conduits exclusivement en bergerie, des agneaux sortis à l’herbe avec leurs mères sans déparasitage contre les strongles avant la mi-avril, et des agneaux sortis à l’herbe ayant déjà reçu un premier déparasitage. Une coprologie à l’entrée en centre d’élevage a permis d’estimer les niveaux d’infestation au démarrage. Certains agneaux avaient déjà eu un contact avec des strongles digestifs tandis que d’autres non. Or, ces différences de conduite avant l’entrée en centre d’élevage ne semblent pas avoir biaisé le protocole. Parmi les agneaux faibles excréteurs se trouvent à la fois des agneaux conduits en bergerie et des agneaux conduits à l’herbe, et idem pour les agneaux forts excréteurs.
Un protocole adapté à la race charollaise
Le principal défi pour l’OS était de changer ses habitudes de conduite des animaux car il était nécessaire de ne pas sortir les animaux au pâturage pendant le protocole afin de ne pas biaiser les résultats avec des infestations naturelles. « Nos éleveurs sont très attachés à une conduite à l’herbe. Cette année, les agneaux du centre d’élevage sont restés en bâtiment durant toute la durée du protocole et sont sortis fin juillet seulement, afin d’avoir une phase de conduite à l’herbe avant leur arrivée en élevage. L’adaptation s’est très bien passée », commente Jean-Marie Guyot, président de la commission génétique de l’OS mouton charollais et éleveur en Côte-d’Or.
Place à la suite du projet
Les analyses ont aussi révélé que le protocole n’avait pas impacté la croissance et l’état corporel des animaux, malgré des taux élevés d’excrétion pour certains. À l’issue du centre d’élevage, les agneaux ont été replacés via la coopérative EMC2. « Les agneaux présentaient une très belle conformation et une bonne homogénéité, preuve que le protocole n’a pas altéré leurs performances », souligne Laurent Loury, technicien d’EMC2. Un point essentiel qui rassure les éleveurs de l’OS et permet d’envisager d’aller plus loin dans cette étude pour les années à venir. Fort de cette première année encourageante, l’OS prépare désormais le centre d’élevage 2026 qui permettra de consolider ces premiers résultats, avant de réaliser à terme ce protocole sur les agneaux de station.
Une sélection à l’écoute des éleveurs
Denis Berland, président de l’OS mouton charollais. ©OS mouton charollais
« En tant que première race diffusée en France pour le croisement, notre préoccupation est de produire des animaux qui répondent à la demande des éleveurs utilisateurs de génétique. On se rend compte aujourd’hui que si les qualités maternelles et bouchères restent des points très importants, la résistance et la résilience des animaux sont des critères de plus en plus attendus par les éleveurs. Ce projet devrait donc nous permettre d’amorcer ce virage. »