Robots en arboriculture : « Le Vitirover tond même sous la pluie »
Utiliser le robot de tonte Vitirover en alternative au désherbage chimique a été testé par le Verger expérimental de Poisy, en pommiers, mais aussi par la Senura, dans un verger de noyers. Retour d'expériences.
Utiliser le robot de tonte Vitirover en alternative au désherbage chimique a été testé par le Verger expérimental de Poisy, en pommiers, mais aussi par la Senura, dans un verger de noyers. Retour d'expériences.
Le Vitirover est un robot de tonte semi-autonome. Malgré son nom, il n’est pas exclusivement dédié aux vignes mais peut tondre d’autres espaces enherbés, donc des vergers. Il a fait partie des alternatives au désherbage chimique testées par le projet Paftagaf (1). C’est dans ce cadre que le Verger expérimental de Poisy, situé en Haute-Savoie, l’a utilisé sur trois saisons, de 2022 à 2025.
« Nous avons testé le Vitirover sur la moitié de notre parcelle de pommes bio qui compte 1 hectare, avec une formule de location annuelle », expose Fanny Calmels, chargée d’expérimentation du programme pommes et poires du Verger de Poisy.
Vitirover gère la tonte y compris sur le rang car il sait gérer les obstacles. Il est géolocalisable via l’appli Viticloud, chargée sur Smartphone. Une personne en est responsable et reçoit l’alerte en cas d’arrêt. À tout moment on sait ce qu’il a réalisé et ce qu’il fait. À distance, on peut le faire reculer ou avancer, l’arrêter pendant les traitements et le remettre en route. Il est silencieux.
Une grande autonomie mais des batteries à changer
« Ce robot est autonome et peut travailler de nuit, mais sauf à disposer de la plateforme de recharge, il faut changer la batterie matin et soir », explique l’expérimentatrice. Le verger n’avait pas pris cette option pour limiter le coût, donc il fallait que quelqu’un s’en occupe chaque jour. Pour cette raison, le robot n’a pas tondu les week-ends. Mais la semaine, il a travaillé par tous les temps.
Il faut aussi quelqu’un pour changer les lames et bols mais c’est simple à réaliser. La fréquence dépend de la pousse de l’herbe. « Travailler sur des herbes hautes use davantage les lames, observe Fanny Calmels. Il faudra les changer tous les quinze jours à trois semaines. Mais si on démarre la tonte tôt, en phase d’entretien, ça peut-être tous les deux mois. »
Le Verger de Poisy a été satisfait du résultat obtenu. « Le robot tond très propre, au pied des arbres et en interrang. Les campagnols sont bien repérables par rapport au désherbage mécanique qui est moins performant sur les plantes en touffe. La hauteur de l’herbe n’est pas un frein pour qu’il tonde, il va juste mettre plus de temps. On ne se laisse pas déborder même avec un temps pluvieux. » Elle constate que l’on peut avoir un couvert végétal d’une dizaine de centimètres toute l’année et qu’en remettant le robot après récolte, la parcelle est propre pour l’hiver. Elle apprécie l’absence de tassement du sol, le Vitirover étant léger.
Fanny Calmels a aussi constaté que les adventices hautes se développent moins. Après la fin de l’expérimentation, elle en a vu revenir certaines (brome et houlque).
Pertinent mais pas décisif face à du désherbage mécanique
Mais au final, l’expérience a montré certaines limites. L’intervention du Vitirover n’est pas envisageable en cas d’irrigation au sol. Des ornières importantes présentes dans la parcelle sont un obstacle. Il n’est pas adapté lorsque les arbres sont en première feuille car ils sont trop souples.
La limite est aussi économique. Le budget de 8 500 euros à l’achat comme la location annuelle à 2 200 euros (hors plateforme de recharge) constituent un frein. « Chez nos adhérents, beaucoup de postes de dépenses vont passer avant le désherbage », analyse Fanny Calmels.
Indépendamment des performances du robot, se pose la question de la présence permanente de l’herbe. En 2023 et 2024, le Vitirover a été associé au désherbage mécanique (Naturagriff) pour limiter la concurrence hydrique. Le robot a augmenté l’efficacité du Naturagriff mais cela ajoute du temps de travail et des coûts.
La base de recharge augmente l’autonomie
La Senura (station d'expérimentation nucicole Rhône-Alpes), dans l’Isère, a également testé le Vitirover dans l’un de ses vergers de noyers. La station a opté pour une base de recharge sur la parcelle et uniquement pour du désherbage sur le rang. Delphine Sneedse, chargée d’expérimentation, fait part « d’une bonne efficacité en 2025 », le robot ayant permis d’avoir l’enherbement ras attendu au pied des arbres avant la récolte. Son autonomie pour se recharger évite les changements de batterie, donc libère du temps. Entre mars et fin septembre 2025, le robot a travaillé entre 100 et 240 heures par mois. Mais elle juge le résultat équivalent à celui du désherbage mécanique pratiqué avec un satellite. Il y a aussi des arrêts dus à des pertes de signal GPS ou des trous de la parcelle non entourés par des piquets. Il faut protéger les tuyaux d’irrigation au sol. Le problème principal reste le prix. « Il faut compter 2 000 euros de location par an pour travailler sur le rang sur 1 hectare, à comparer avec 75 euros par hectare pour une application de glyphosate que l’on réalise au maximum trois fois dans l’année et entre 90 à 95 euros pour du désherbage mécanique », compare-t-elle.
Une amélioration pourrait être une largeur de coupe plus grande pour qu’il puisse travailler plus d’hectares. Pour baisser le prix, elle s’interroge sur l’intérêt du panneau solaire qui surmonte le robot pour augmenter la durée de la batterie. Elle se demande si le système est pertinent en cas de manque lumière.
Caractéristiques
Deux moteurs de tonte avec 3 lames chacun, quatre roues motrices
Poids 23 kg
Vitesse 500 m/h
Géolocalisation via l’appli Viticloud, peut travailler dans une parcelle non clôturée
Autonomie de 6 h à 16 h par jour selon la gestion de la recharge
Recharge via la plateforme, solaire ou branchée sur le réseau, ou directement en alternant avec une seconde batterie
Peut travailler 1 ha
Disponible en achat, location ou prestation de service