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En Alsace, « j’économise plus de 100 €/ha sur les parcelles qui reçoivent des produits résiduaires organiques »

À Sélestat, en Alsace, chez Matthieu Kohler, une trentaine d’hectares reçoit chaque année des épandages de différents produits résiduaires organiques (PRO) gratuitement. Avec la matière organique et les éléments fertilisants fournis, l’agriculteur s’économise des apports d’engrais minéraux.

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Matthieu Kohler, agriculteur à Sélestat (67) :« Ma priorité numéro 1 avec l'épandage de produits résiduaires organiques est l'enrichissement de mes sols en matière organique. »
© C. Gloria

Boues compostées de station d’épuration, boues cellulosiques, digestats de méthanisation, écumes de sucrerie… Matthieu Kohler enrichit ses sols avec une diversité de produits résiduaires organiques (PRO). « L’apport de matière organique est ma priorité numéro 1 avec l’utilisation de ces produits. Les sols présentent des taux de matière organique faibles, aux alentours de 2 %, souligne l’agriculteur installé à Sélestat, dans le Bas-Rhin. Avec les PRO, je les maintiens à ce niveau, voire, je l’améliore parfois pour arriver à 2,5 % sur certaines parcelles. » L’élevage a bien diminué en Alsace et ses effluents sont très convoités pour enrichir les sols. Les PRO pallient ce manque. Avantage : leur utilisation est exempte de frais pour l’agriculteur, au moins pour les boues urbaines et industrielles soumises à un plan d’épandage «déchet». La moitié des terres de l’EARL Kohler reçoit des PRO depuis la fin des années 1990.

Des économies à la clé sur la fertilisation PK

En plus de la matière organique (MO), ces PRO fournissent des éléments fertilisants. « C’est le cas surtout pour le phosphore et la potasse, ainsi que pour les oligo-éléments qu’on ne retrouve pas forcément dans les engrais minéraux », précise l’agriculteur. Il réalise des économies d’engrais minéral grâce aux PRO. « Les apports sont réalisés sur une trentaine d’hectares chaque année. Sur les parcelles qui en reçoivent généralement tous les trois ans, je ne fais pas d’apport d’engrais PK alors que dans les autres champs où il n’y a pas ces épandages, je ne fais pas d’impasse. » En culture de maïs, l’économie porte sur l’engrais 18-46, à 65 €/ha, et également sur le chlorure de potassium appliqué sur les cultures de printemps (40 €/ha).

Certains PRO apportent une quantité importante de chaux, ce que recherche également Matthieu Kohler pour améliorer ses sols légèrement acides (pH de 6 à 6,5). « Déjà riches en matière organique, les boues de la papeterie DS Smith Paper contiennent de la chaux (CaO, 124 kg/t), décrit Aurélien Escales, chargé d’affaires à Veolia Agriculture dans le Grand Est. Ces boues de papeterie sont soumises à un plan d’épandage avec un service rendu racine gratuit comprenant l’épandage. »

Des apports sur 30 hectares chaque année

Les boues de station d’épuration compostées de Sélestat et les écumes de la sucrerie d’Erstein comportent également une quantité non négligeable de CaO dans leurs compositions. « L’effet chaulant des écumes est d’ailleurs mis en avant par la sucrerie pour lutter contre le rhizoctone brun de la betterave dans les sols », précise Matthieu Kohler. L’agriculteur se dispense d’un apport de chaux magnésienne dans les parcelles où sont apportés les PRO. Dans les autres champs, ce produit est épandu tous les cinq ans à raison de 500 kg/ha (100 euros). Globalement, l’économie d’engrais minéraux ou d’amendement se chiffre à plus de 100 €/ha chaque année sur 30 hectares des terres de Matthieu Kohler. Les bénéfices sont agronomiques également. L’agriculteur se dit « attentif à l’activité biologique du sol ». Il effectue régulièrement des analyses de son sol, pour vérifier le bon équilibre entre tous les constituants.

Les PRO soumis à plan d’épandage sont apportés généralement tous les trois ans. Les éléments indésirables, tels que les métaux lourds, les composés traces organiques… sont analysés afin de respecter les normes réglementaires dans les PRO et les sols. La moitié des terres de l’EARL Kohler ne peuvent pas recevoir ce type de produit : une partie se situe sur une aire de captage où ces apports sont interdits et l’agriculteur doit respecter une distance d’isolement par rapport aux habitations et au cours d’eau. Enfin, la disponibilité des PRO est variable entre les années.

Un enfouissement rapide dans le sol après l’épandage

Les apports de PRO sont parfois assortis de petits plus. « Le semis d’un couvert d’interculture est proposé gratuitement par le syndicat des eaux (1) après l’épandage des boues compostées de la station d’épuration de Sélestat », remarque Matthieu Kohler. « Les boues cellulosiques de papeterie ont comme atout de permettre d’économiser un tour d’eau sur l’irrigation du maïs, car elles retiennent l’eau, précise Sandra Bapst, chargée de projet au SMRA68 (2). En revanche, ces boues ont tendance à consommer de l’azote dans leur processus de dégradation. Il est important de les épandre plusieurs mois avant une culture (de printemps) pour éviter une faim d’azote. »

L’Alsace est en grande partie située en zone vulnérable au titre de la directive nitrates, avec des périodes d’interdiction pour l’épandage des PRO, selon leurs classifications et compositions. « L’enfouissement doit s’effectuer dans les 48 heures après l’épandage, voire immédiatement si l’on est proche d’habitations ou en zone inondable dans notre département », souligne Sandra Bapst. Chez Matthieu Kohler, l’épandage est généralement réalisé à l’automne par un prestataire. L’agriculteur effectue un enfouissement dans les plus brefs délais avec un outil à dents ou à disques.

(1) SDEA, Syndicat des eaux et de l’assainissement Alsace Moselle
(2) Syndicat mixte recyclage agricole du Haut-Rhin

CHIFFRES CLÉS

Des terres à faible taux de matière organique

EARL Kohler à Sélestat (Bas-Rhin) (2 associés et un salarié)

150 hectares dont 90 de maïs, 20 de betterave sucrière, 20 de blé tendre, 15 de colza (+ vigne)

120 hectares irrigables (pour cultures de printemps)

140 q/ha de rendement en maïs irrigué, 70-75 q/ha en blé tendre (non irrigué)

Aux alentours de 2 % de taux de matière organique sur les terres de l’exploitation, sablo-limoneuses et à faible réserve utile

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