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Usage des antibiotiques en élevage de porcs : une forte baisse depuis 2010 mais un ralentissement depuis 2019

La nouvelle édition du panel Inaporc démontre une baisse de 77 % de l’exposition des porcs aux antibiotiques entre 2010 et 2022, réalisée grâce à des efforts continus et à l’adoption de pratiques préventives en élevage.

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Les porcelets en maternité sont le stade physiologique le plus utilisateur d’antibiotiques en 2022
© Ifip

Le panel Inaporc, initié par l’interprofession nationale porcine, permet de suivre de près l’usage des antibiotiques dans les élevages porcins.

Cette étude détaille les catégories d’animaux destinataires et les motifs de traitement, offrant ainsi une vision précise des évolutions depuis 2010. Les résultats de 2022 montrent une baisse significative des usages d’antibiotiques, notamment en post-sevrage, où elle atteint 92 %. Les truies et les porcelets sous la mère ont également vu leur usage diminuer, bien que moins fortement. En 2022, le nombre de jours de traitement pour ces trois stades physiologiques est quasi équivalent, avec, pour la première fois depuis 2010, une légère progression pour les porcelets sous la mère. Les usages d’antibiotiques en engraissement restent les plus faibles.

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Graphique = Évolution du nombre de jours de traitement antibiotiquepar catégorie d’animauxEn 2022, le post-sevrage n’est plus le premier utilisateurd’antibiotiques © Source : Ifip

1-Le post-sevrage n’est plus le poste le plus utilisateur d’antibiotiques

Pour la première fois depuis 2010, les porcelets en post-sevrage ne sont plus les animaux qui consomment le plus d’antibiotiques. Les usages ont diminué de 92 % depuis 2010 et de 64 % entre 2019 et 2022. Cette baisse coïncide avec une réduction drastique des prémélanges médicamenteux (-98 % en 12 ans). En 2022 seulement 1 % des élevages avaient eu recours à ce type de traitement en post-sevrage. Aujourd’hui, Les formes pharmaceutiques les plus utilisées à ce stade physiologique sont les poudres et solutions orales. Les pénicillines restent les antibiotiques les plus utilisés en 2022, malgré une baisse de 42 % sur 12 ans. La colistine, deuxième famille la plus utilisée en 2022 alors qu’autrefois elle était la plus utilisée, représente 25 % des usages, avec 36 % des élevages concernés. Le principal motif de traitement en post-sevrage est désormais respiratoire. Il représente 43 % des usages, devant les troubles digestifs qui ont significativement diminué. La forte réduction de l’usage de colistine pour les troubles digestifs montre que ces problèmes sont mieux gérés par des mesures préventives comme la vaccination, l’alimentation ou la conduite d’élevage.

2-Les porcelets en maternité sont les plus utilisateurs d’antibiotiques

En 2022, les porcelets sous la mère sont les animaux dont le nombre de jours de traitement est le plus élevé, malgré une diminution de 46 % depuis 2010. En cause, une hausse non significative de 59 % a été observée depuis 2019. Cette tendance est due à l’augmentation de 25 % du nombre de jours de traitement par injectables, sans que le nombre de traitements administrés augmente. Il s’agit essentiellement d’antibiotiques à longue action (macrolides, pénicillines et colistine). Elle est aussi liée à la forte augmentation de l’usage des poudres et solutions orales dans trois des élevages enquêtés qui ont utilisé de façon atypique et importante de la tétracycline et de la colistine pour des troubles digestifs. Cet usage marginal témoigne de deux tendances fortes : d’une part, les indicateurs sont tellement bas que quelques comportements extrêmes impactent la moyenne du panel Inaporc. D’autre part, certaines pratiques atypiques restent à corriger au cas par cas sur le terrain.

3-Les truies : la baisse la plus timide

Depuis 2010, l’usage global d’antibiotiques chez les truies a baissé de 60 %. Les poudres, pâtes et solutions orales sont les formes pharmaceutiques les plus utilisées, bien que seulement 28 % des élevages les utilisent. Leur usage a diminué de 17 % depuis 2010 mais est en hausse non significative de 12 % sur les trois dernières années. Ce sont principalement les tétracyclines et les TMP-sulfa qui sont majoritairement utilisés pour lutter contre des problèmes uro-génitaux. Cet usage laisse penser que les problèmes liés à la leptospirose étaient toujours d’actualité dans les élevages du panel Inaporc malgré l’autorisation de mise sur le marché d’un vaccin en 2021. Les effets de ce nouveau vaccin sur une baisse d’usage de la tétracycline seront peut-être plus visibles dans les années à venir. Sur les truies, les injectables ont diminué de 46 % en douze ans. Mais plus de 90 % des élevages les utilisent encore. Sur la même période, les prémélanges dans l’aliment ont diminué de 97 %, avec seulement 3 % des élevages concernés en 2022.

4 - Une utilisation de plus en plus ponctuelle en engraissement

L’usage global d’antibiotiques chez les porcs en engraissement a connu une baisse significative de 91 % entre 2010 et 2022, poursuivie entre 2019 et 2022 avec une réduction de 50 %. Les porcs sont majoritairement traités avec des poudres et des solutions orales. Les tétracyclines concernaient presque la moitié des usages en 2022. Les macrolides sont la seconde famille d’antibiotiques concernée par une réduction significative. Le motif respiratoire est la principale cause de traitement.

Alexandre Poissonnet, alexandre.poissonnet@ifip. asso.fr

Repères

Plus d’élevages sans antibiotiques dès le sevrage

Le taux d’élevages utilisateurs d’antibiotiques reste élevé pour les truies et les porcelets sous la mère, en raison de leur sensibilité aux infections uro-génitales et digestives. En revanche, il n’est que de 69 % en post-sevrage et 59 % en engraissement. Ce résultat coïncide avec le développement de cahiers des charges limitant l’usage d’antibiotiques à partir du sevrage. Cependant, il est possible que certains éleveurs sous-estiment les cas de traitements ponctuels ou individuels. L’objectif n’est pas d’interdire totalement l’usage d’antibiotiques, mais de le réduire de manière responsable et durable.

Un panel d’élevage représentatif

Depuis sa création, le panel Inaporc a adopté une méthodologie constante pour assurer la comparabilité des résultats au fil des années. Chaque édition repose sur un échantillon représentatif d’élevages porcins de France métropolitaine (hors Corse), sélectionnés aléatoirement dans la base de données BDporc. Pour l’édition 2022, 448 élevages ont été tirés au sort, anticipant les refus de participation et les données non exploitables. Le panel final était constitué de 129 élevages. La collecte des données sur les acquisitions d’antibiotiques a été réalisée auprès des vétérinaires et fabricants d’aliments désignés par les éleveurs participants. Une enquête téléphonique a ensuite permis de préciser les catégories d’animaux traités et les motifs de traitement. Le panel final a été testé pour sa représentativité par rapport à la production porcine française, en se basant sur trois critères : la localisation (Bretagne vs. hors Bretagne), l’activité des élevages, et le nombre de truies ou de places pour porcs.

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