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Gagner la confiance des animaux d’élevage pour mieux travailler

Des chercheurs ont identifié trois groupes d’éleveurs selon la relation qu’ils entretiennent avec leurs animaux. Selon leurs pratiques, les animaux sont plus ou moins confiants et faciles à manipuler.

Les truies sont apprivoisées dès la quarantaine chez plus de la moitié des éleveurs enquêtés. © D. Poilvet
Les truies sont apprivoisées dès la quarantaine chez plus de la moitié des éleveurs enquêtés.
© D. Poilvet

La majorité des 52 éleveurs ou salariés enquêtés par l’Ifip, l’Anses et l’Institut de l’élevage (Idele) sur la relation qu’ils entretiennent avec leurs animaux considèrent qu’il faut être « animalier ». Mais ce terme est utilisé soit d’un point de vue technique (savoir s’occuper des animaux pour qu’ils produisent bien), soit d’un point de vue plus affectif (aimer les animaux). La majorité des éleveurs entretiennent un rapport professionnel avec les animaux, non affectif, ce qui ne les empêche pas d’être proches et respectueux de leurs animaux.

Trois groupes d’éleveurs différents dans leur relation avec les animaux ont été identifiés. Dans le premier groupe, les éleveurs considèrent que la relation à l’animal est secondaire pour travailler avec eux. Ils ne mettent pas en place de pratiques spécifiques pour habituer les animaux à leur présence. Dans le deuxième groupe, les éleveurs considèrent que la relation à l’animal est utile. Ils mettent en place des pratiques, mais n’expriment pas d’attachement envers leurs animaux. Dans le troisième groupe, les éleveurs considèrent que la relation à l’animal est centrale. Ils mettent en place différents types de pratiques pour améliorer leurs conditions de travail : apprivoiser les cochettes, parler aux animaux et les toucher, les caresser au quotidien. Ils ont, pour la plupart, un lien affectif avec eux.
Ces différentes façons de travailler se traduisent par des animaux plus ou moins confiants dans l’élevage. Les tests réalisés sur les truies montrent que les éleveurs du troisième groupe ont des animaux globalement moins farouches, se laissant plus facilement approcher et toucher par l’homme. Cela montre que les pratiques mises en place par ces éleveurs permettent de faciliter les relations.

Une truie idéale, mais pas de « bons » porcs charcutiers

L’espèce porcine est globalement vue par les éleveurs comme une espèce docile, curieuse mais têtue. Alors que la « truie idéale » est souvent décrite comme une truie avec de bonnes performances, docile et calme, facilitant le travail de l’éleveur, les « bons porcs charcutiers » sont peu mentionnés, ou juste au travers de bonnes performances de croissance. Certains éleveurs décrivent leurs animaux avec des caractéristiques humaines, leur attribuant des émotions comme le fait d’être contents ou tristes, mais d’autres se refusent à toute forme d’anthropomorphisme.
Les pratiques des éleveurs dans leurs contacts quotidiens avec les animaux sont diverses, que ce soit pour la surveillance ou les interventions. Les contacts sont différents d’un stade à l’autre : les porcs charcutiers sont très peu manipulés au cours de leur vie alors que les truies sont apprivoisées, dès le stade cochette en quarantaine chez plus de la moitié des enquêtés. La surveillance est l’occasion pour les éleveurs d’interagir avec leurs truies. Si pour certains il s’agit d’une simple observation visuelle depuis le couloir, d’autres profitent de ce moment pour toucher, gratter voire caresser les truies.

De nombreuses interactions avec les animaux

Pour faciliter le travail et améliorer le contact avec les animaux, les éleveurs décrivent de nombreuses pratiques. Un exemple d’interactions avec les animaux est le déplacement pour lequel plusieurs techniques peuvent être utilisées : l’utilisation de matériels spécifiques comme des panneaux en plastique ou en polystyrène, plus légers et plus ergonomiques, l’utilisation du bruit fait par des sacs en plastique secoués ou fixés à des bâtons, la préparation du parcours, bien délimité et sans encombre pour canaliser les animaux ou encore l’utilisation de la nourriture pour attirer les truies en maternité. Néanmoins le déplacement des animaux reste dans certains élevages source d’agitation et de stress pour eux. En situation de blocage, par exemple lors de l’entrée des truies en maternité, deux stratégies ont été décrites : laisser l’animal dans le couloir au calme et revenir plus tard, ou contraindre l’animal par la force. Ces deux stratégies vont aboutir à une perception différente de l’homme par l’animal. Être calme, ne pas brusquer les animaux et prendre son temps sont citées comme des pratiques à mettre en place pour gagner leur confiance.
Un des éleveurs nous confiait : "mon prédécesseur était plus nerveux que moi. Il voulait que ça aille vite, de ce fait les truies étaient bien plus énervées. Maintenant il vient m’aider pour le sevrage et il me dit : 'ben dis donc, elles sont calmes tes truies'". Une remarque à méditer et des idées à reprendre pour faciliter le travail et le rendre plus agréable.

Cette étude a été menée par l’Ifip, l’Anses et Idele dans le cadre du projet Rhaporc (Relation homme animal en porc), financé par le ministère de l’Agriculture. Elle s’appuie sur des entretiens avec 52 éleveurs naisseurs engraisseurs, complétés par des questionnaires pour l’ensemble des salariés des élevages.
Ce que nous dit la réactivité des truies à l’homme sur leurs performances et leurs conditioons de vie. JRP 2020 p. 361

À retenir

Une bonne relation entre les éleveurs et leurs animaux favorise des animaux plus confiants et facilite le travail.
La relation se construit au quotidien, en favorisant des contacts positifs.
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