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Adrien Montefusco teste l’arrêt de la caudectomie sur ses porcelets

Avec Le Gouessant, l’éleveur expérimente l’élevage de porcs avec une queue non raccourcie. Loin de généraliser cette pratique, il cherche à mieux cerner les facteurs déclenchant les morsures.

Depuis plus de deux ans, Adrien Montefusco laisse les queues entières à quelques portées de porcelets par bande et réalise un suivi rigoureux des animaux jusqu’à l’abattage, avec l’appui technique de son partenaire Le Gouessant. Cela représente aujourd’hui 2 200 porcs, dont 1 300 ont déjà été abattus. De trois portées par bande concernées les premiers temps, l’éleveur est aujourd’hui passé à huit portées, un nombre devenu significatif même si l’éleveur n’est pas encore prêt à généraliser l’arrêt de la coupe des queues à l’ensemble de son élevage. « Certains lots sont ressortis avec des résultats très satisfaisants. D’autres ont été plus compliqués à gérer, sans qu’on puisse toujours identifier la cause et savoir quels leviers actionner. »

Une démarche de progrès bien encadrée

Ancien multiplicateur à Saint-Yvi dans le Finistère, Adrien est à la tête d’un élevage naisseur engraisseur de 140 truies avec une conduite en 7 bandes. Très engagé dans la communication auprès du grand public, notamment par sa présence sur les réseaux sociaux (1), l’éleveur est régulièrement interrogé sur des sujets controversés tels que la caudectomie. « À force de répéter l’argument selon lequel cette pratique évitait la caudophagie, j’ai voulu tester par moi-même l’élevage de porcs avec queue entière pour mieux comprendre ce phénomène et élaborer mon propre référentiel. L’objectif était de le faire dans un contexte d’élevage « normal », sans tout remettre en cause. » À l’époque, Le Gouessant souhaitait aussi travailler sur cette thématique. D’abord individuelle, cette démarche est devenue collective. Un groupe de travail a été créé au sein de la coopérative. Il comprend aujourd’hui une dizaine d’élevages. « Tester l’élevage de porcs avec queue non coupée nécessite d’être bien préparé, bien accompagné et d’y aller progressivement », souligne Elise Bellec, technicienne Le Gouessant.

Avoir des références avec queue entière

Avant de se lancer, un audit a été réalisé dans l’élevage d’Adrien. Il a confirmé une situation sanitaire très stable et l’absence de caudophagie. Pour avoir des données les plus objectives possible, l’état et la longueur de queue des porcelets en test ont été mesurés systématiquement en fin de post-sevrage et d’engraissement. « Nous nous sommes référés à la grille de notation mise au point par la filière porcine », précise Antoine Carel, technico-commercial Le Gouessant qui a réalisé son mémoire de fin d’études sur le sujet. Identifiés par une contre-frappe, les cochons ont été suivis jusqu’à l’abattage. Chez Adrien, 60 % d’entre eux ont une queue intacte en fin de post-sevrage et 40 % en fin d’engraissement. La note moyenne de morsures des queues sur les 1300 porcs abattus est de 0,36 (2) en fin de post-sevrage et de 0,26 en fin d’engraissement. « Chez les porcs dont la queue n’était plus entière lors de l’observation, la note atteint 0,68 en fin de post-sevrage et 0,4 en fin d’engraissement. Le taux de saisies est en moyenne de 0,14 %, identique à l’ensemble de l’élevage », détaillent les techniciens. Les performances de croissance et surtout l’indice de consommation ne présentent pas d’écarts significatifs.

Tout se joue en post-sevrage

« La subtilité des facteurs déclenchant et leur multiplicité rendent la problématique de la caudophagie difficile à cerner. Mais plus on intervient tôt, plus on a de chance de limiter les troubles et leurs conséquences », explique Adrien, qui au fil du temps, a appris à mieux détecter les signes précoces d’agressivité dans une case : queue qui reste allongée collée à l’arrière-train lorsque le porcelet se lève, légères griffures… Ses observations confirment que la caudophagie démarre surtout en post-sevrage avec une phase critique, entre 7 et 15 jours après le sevrage. « Si les queues mordues parviennent à cicatriser en sortie de post-sevrage, l’engraissement est plus serein. » L’éleveur a identifié le printemps comme la saison la plus délicate, probablement du fait des variations de température élevées entre le jour et la nuit. Les tests avec différents chargements en post-sevrage (entre 15 à 22 porcelets par case) l’ont convaincu que « la promiscuité n’est pas un facteur déclenchant mais un facteur aggravant d’une situation déjà déséquilibrée suite à un inconfort. » Les essais de sociabilisation précoce des porcelets n’ont pas été concluants. « Je n’ai pas de solution préventive ni curative miracle !, résume l’éleveur. Toutefois, l’enrichissement avec des matériaux manipulables a permis de contrôler la caudophagie la plupart du temps. » Des matériaux d’origine naturelle simples à installer, efficaces et relativement abordables ont été privilégiés : de la cordelette de chanvre en post-sevrage et si besoin de la toile de jute, de la corde de coco en engraissement. Il n’a pas été nécessaire d’isoler de porcelets en infirmerie. Mais quelques-uns ont dû recevoir un traitement antibiotique, alors que l’élevage utilise très peu de médicaments. « C’est vraiment plaisant de voir ses cochons avec une queue entière mais cela ne doit pas se faire au détriment d’autres paramètres de bien-être et de démédication », conclut l’éleveur qui compte bien persévérer dans cette pratique.

(1) Adrien anime le compte Facebook Luna de Kéréonnec, du nom d’une de ses truies, à travers laquelle il explique son métier d’éleveur
(2) Note sur une échelle de 0 à 3 : 0 signifiant qu’il n’y a aucune marque visible de morsure, 3 signifiant la présence d’une plaie importante ou d’une perte d’une partie de la queue

Pas d’écart significatif sur les performances de croissance

Pas d’effet de la sociabilisation précoce sur la caudophagie des porcs

 

 

Le mélange des portées de porcelets cinq jours après la mise bas n'a pas eu d'effet probant sur les comportements de morsures. © A. Puybasset

Durant six bandes, Adrien Montefusco a testé l’intérêt de la sociabilisation précoce sur le risque de caudophagie. Le but est de mélanger les portées en maternité pour favoriser les contacts et réduire le stress lors du passage en post-sevrage. Les cloisons transversales des cases de mises bas ont été retirées cinq jours après la mise bas pour créer deux groupes de trois portées mélangées, l’un avec des porcelets à queue entière, l’autre avec des queues raccourcies. Cette pratique n’a pas eu d’effet probant sur la problématique de la morsure des queues en post-sevrage. « Par contre, nous avons constaté un meilleur comportement du groupe, des porcelets plus dynamiques et plus homogènes au sevrage et une meilleure consommation d’aliment au démarrage du post-sevrage. »

 

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