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Un tiers des porcs mâles élevés en Europe n’est pas castré

L’Ifip estime le nombre de porcs mâles non castrés en Europe à 45 millions en 2020, en progression de 30 % depuis cinq ans.

Le nombre de porcs mâles entiers abattus en Europe est passé de 35 millions par an en 2015 à 45 millions en 2020. Soit 18 % des 255 millions de porcs annuellement abattus. L’Espagne, qui n’a jamais appliqué la castration à grande échelle, représente près de la moitié de cette production. Des pays comme la France, les Pays-Bas et l’Allemagne ont vu apparaître cette production, sous l’impulsion d’abattoirs importants (Vion, Tönnies, Cooperl, Westfleish…). Revue de détail des principaux pays européens producteurs de porcs.

28 % de mâles entiers en France

 

 

 

Avec une majorité de ses élevages ayant opté pour l’arrêt de la castration, le groupe Cooperl a abattu 2,4 millions de porcs mâles entiers en 2019. D’autres filières se lancent progressivement dans cette production ou l’étudient de près : Terrena/Holvia Porc, Cirhyo/Tradival, Gatine Viandes, JPA, Hénaff… Ce qui provoque une légère augmentation des effectifs abattus depuis 2017. En 2019, 2,8 millions de porcs mâles entiers ont été abattus en France, soit 28 % de la production totale. La généralisation de l’arrêt de la castration en élevage est souhaitée par les producteurs. Mais elle est encore incertaine. Le positionnement en juin dernier de dix groupements de l’Ouest en faveur du mâle entier se heurte pour le moment au refus de certains abattoirs de s’engager dans cette démarche, qu’ils jugent plus risquée que l’anesthésie. Par ailleurs, leurs clients de l’aval ne sont pas favorables à ce mode de production.

La non-castration majoritaire en Espagne

Outre-Pyrénées, 86 % des porcs mâles abattus ne sont pas castrés. Les carcasses odorantes ne semblent pas poser de problèmes particuliers aux abatteurs et aux transformateurs, malgré un poids de carcasse en augmentation constante (90 kg attendus en 2020, contre 83 kg en 2015). Les 14 % de mâles castrés restants sont essentiellement destinés à la production de jambons secs de qualité supérieure, ou à la production de porcs lourds, de race ibérique ou duroc (Pata negra). Moins de 1 % de la production est immuno-vaccinée.

La distribution impose les mâles entiers aux Pays-Bas

60 % des porcs mâles abattus aux Pays-Bas ne sont plus castrés, selon une récente estimation de la profession néerlandaise (voir Réussir Porc juin 2020). Les distributeurs du pays imposent désormais la non-castration dans les démarches de bien-être animal. Pour détecter les carcasses odorantes, les abattoirs ont opté massivement pour la technique du nez humain. Cependant, certains exportateurs auraient rencontré des problèmes sur des marchés exports orientés vers la production de charcuteries sèches, à cause de carcasses trop maigres. Les carcasses issues de porcs castrés seraient désormais payées de 2 à 3 centimes de plus du kilo que celles de mâles entiers. On ne sait pas si les porcelets exportés, qui représentent une part importante de la production du pays, sont castrés ou non. La proportion de porcelets mâles entiers est sans doute très variable selon les pays destinataires. Mais elle risque de progresser fortement pour les animaux destinés à l’Allemagne, qui va interdire la castration au 1er janvier prochain.

Les abatteurs allemands testent l’arrêt de la castration

 

 

Entre 2010 et 2015, les principaux abatteurs allemands ont testé l’abattage de mâles entiers, sans pour autant développer cette production. Aujourd’hui, le mâle entier concerne 4 millions de porcs par an, soit 15 % de la production nationale. Le leader Tönnies annonce abattre 2,1 millions de porcs non castrés par an. Westfleisch et Vion en sont respectivement à 0,8 et 1 million. Müller et Danish Crown en Allemagne font 250 000 porcs. Les mâles entiers sont payés entre 3 et 6 centimes de moins par kilo de carcasse. Cependant, les pratiques des éleveurs vont radicalement changer au 1er janvier 2021, puisque la loi allemande impose à cette date l’arrêt de la castration à vif. 60 % des producteurs de porcelets allemands auraient demandé une subvention pour l’achat d’un appareil d’anesthésie à l’isoflurane. À partir de ces chiffres, l’Ifip estime que 55 % des porcelets mâles produits dans le pays (15 millions) devraient être castrés sous anesthésie en 2021.

Encore peu de mâles entiers au Danemark

À l’heure actuelle, seulement 3,6 % des porcs mâles abattus au Danemark ne sont pas castrés (7 % des éleveurs). La filière dépend énormément de ses marchés exports, notamment asiatiques, réputés très sensibles aux odeurs sexuelles. Les porcelets vendus à l’étranger (8 millions) sont également castrés. Mais ils pourraient très rapidement être vendus entiers si leurs clients le souhaitent (Allemagne notamment). Le Danemark est le seul pays à travailler sur la mise au point d’une méthode d’analyse automatique d’odeurs sur les carcasses par spectrométrie de masse (voir Réussir Porc juillet-août 2019 page 6). Cependant, la méthode reste en cours de finalisation dans un abattoir de Danish Crown et sa généralisation à l’ensemble des abattoirs n’est pas à l’ordre du jour.

Des GMS belges font le choix de l’immunocastration

Au total, 20 % des élevages belges ont arrêté la castration, ce qui représente 1 million de porcs par an. Dans les Flandres belges, les chaînes de supermarché Colruyt et Delhaize imposent la vaccination Improvac aux éleveurs qui les fournissent. D’autres éleveurs ont fait le choix de produire des mâles entiers non vaccinés. En Wallonie, de petites initiatives bien-être voient le jour. Les animaux sont tués dans l’un des abattoirs du groupe Belgian Pork Group, dans le cadre d’une démarche filière associant des éleveurs et des salaisonniers utilisateurs des viandes.

100 % des mâles entiers au Royaume-Uni

Les cahiers des charges bien-être établis dans les années 90 ont imposé la non-castration des mâles à toute la production porcine du pays. Une réglementation qui n’est pas préjudiciable à la qualité de la viande, puisque les porcs sont abattus à quatre mois et demi, avec des poids de carcasses se situant en moyenne à 70-75 kg. Cette production est exclusivement destinée à son marché intérieur.

 
 

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