Pourquoi les consommations d’énergie ont-elles baissé dans les élevages de porcs français?
Une enquête en ligne pilotée par l’Ifip auprès d’éleveurs de porcs français établit une nouvelle valeur de référence de consommation d’énergie des élevages de porc à 842 kWh par truie et par an, en baisse de 14 % en 20 ans.
Dans un contexte où les consommations d’énergie pèsent de plus en plus lourd dans les considérations des éleveurs et de la société, renforcées par la crise énergétique récente et ses conséquences sur les tarifs de l’électricité, l’Ifip est pilote d’un projet visant à mettre à jour les données de référence datant de 2006.
En l’espace de 20 ans, la consommation électrique moyenne dans les élevages de porcs français est passée de 983 à 842 kWh par truie (et sa suite) et par an, soit une baisse de 14,3 %. Ces données ont été collectées auprès des éleveurs grâce à une enquête en ligne diffusée via différents canaux (techniciens de groupements, articles Réussir Porc, newsletters, réunions techniques, LinkedIn…). L’objectif était de recueillir les données de consommations d’énergie d’élevages de porcs et les éléments descriptifs de ces élevages. Ces informations complémentaires avaient pour but d’expliquer les grandes tendances de consommations. Un focus particulier a été réalisé sur la ventilation et le chauffage, qui représentent à eux seuls 85 % des consommations.
De fortes variabilités autour de la moyenne
Les données de 75 élevages naisseurs-engraisseurs totaux ont été analysées (1). Elles ont permis de calculer la moyenne de consommation à hauteur de 842 kWh par truie et par an, hors FAF et traitement du lisier. Derrière ce chiffre, se cache une très forte variabilité puisque les valeurs vont de 476 à 1 271 kWh/truie/an, avec un coefficient de variation qui s’établit à 23 %, un niveau considéré comme acceptable pour valider les données de l’enquête. Il en ressort cependant que la diversité des équipements de ventilation (statique, classique, économe, centralisée), de chauffage (eau chaude, radiants, niches…) et les innombrables combinaisons possibles ne permettent pas de créer des profils pertinents. À ceci s’ajoute la trop grande imprécision de ce type d’enquête, notamment la difficulté à évaluer la quantité d’électricité consommée non allouée à l’élevage de porc (atelier complémentaire, maison d’habitation, traitement du lisier, fabrique d’aliment…) ou l’autoconsommation via des panneaux solaires ou de la méthanisation. Malgré tout, la baisse de la consommation moyenne est significative. Elle peut très probablement s’expliquer par la généralisation de certains équipements comme les ventilateurs économes (quel que soit le stade physiologique) et les niches en maternité ou en post-sevrage. Elle est aussi sans doute liée à une plus grande vigilance des éleveurs dans les réglages du couple ventilation-chauffage (paramétrage du boîtier de régulation) suite à la hausse du prix de l’électricité après 2020.
un observatoire des consommations d'énergie
Cette enquête constitue la première phase du projet. La seconde phase porte sur la création d’un observatoire pérenne et dynamique des consommations d’énergie dans les élevages. Cet observatoire, en cours de développement, s’appuiera sur des compteurs connectés qui vont être installés dans plusieurs élevages. Ils permettront un sous-comptage précis par poste de consommation. Il sera alors possible de répartir exactement les 842 kWh/truie/an à chacun des stades physiologiques et équipements consommateurs. Cette plateforme permettra aux éleveurs de ne pas attendre les futures mises à jour de références, chronophages et complexes à éditer, mais de comparer leurs consommations avec des références fiables et dynamiques.
Johan Thomas, johan.thomas@ifip.asso.fr
Repères
Cette actualisation des consommations a été réalisée dans le cadre du projet URE 2030 (Utilisation Rationnelle de l’Énergie dans les bâtiments d’élevage) cofinancé par l’Ademe. Ce projet multifilières regroupe les chambres d’Agriculture des Pays de la Loire et de Bretagne, les instituts techniques porcs (Ifip), ruminants (Idele) et volailles (Itavi) ainsi que le GIE Élevage Bretagne.