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« Nous utilisons des coproduits pour alimenter nos porcs charcutiers »

Depuis quatre générations, les Egelmeers élèvent des porcs. Pour réduire le coût alimentaire, ces éleveurs néerlandais utilisent des coproduits de l’industrie agroalimentaire du nord de l’Europe.

Ferme familiale située à Wanroij aux Pays-Bas, Math et Trudi Egelmeers et leurs deux fils, Wilbert et Willem, travaillent ensemble à la tête de leur élevage de porcs. L’exploitation est composée de deux sites d’engraissement pour 4 500 places au total. Ils exploitent également 35 hectares de SAU, essentiellement consacrés à la culture de maïs. Les grains sont conservés sous forme d’ensilage. Le maïs est incorporé entre 20 et 30 % dans la ration.

Pour réduire le coût des formules, les aliments contiennent également des coproduits depuis 1980, notamment des produits de pomme de terre (frites précuites par exemple), des levures de brasserie et des drêches liquides. Les coproduits liquides sont stockés dans six unités de stockage de 100 tonnes chacune. L’objectif des éleveurs est de réduire le coût alimentaire de dix euros par porc par rapport à l’achat d’aliments complets. En décembre dernier, leur prix d’aliment (coût formule) était en moyenne de 300 euros la tonne en équivalent sec. Par ailleurs, le coût de fabrication est réduit : pas besoin de mélangeuse, les tourteaux livrés broyés par leur fournisseur, les aliments minéraux et le maïs sont directement incorporés dans la machine à soupe.

Des performances de haut niveau

Les porcelets de 25 kg engraissés sur leurs sites de production proviennent d’un seul élevage de truies. Les porcs répondent aux cahiers des charges « Beter Leven » et « Varken van Morgen ». Chaque site d’engraissement reçoit environ 300 porcs par semaine. Les mâles ne sont pas castrés. Les paramètres d’ambiance (CO2, ammoniac, température et humidité) sont mesurés en continu. Ces mesures sont intégrées dans la gestion de la ventilation. Les performances de l’élevage sont de haut niveau (920 g/j de croissance et 2,3 d’indice de consommation). Cependant, les contraintes environnementales extrêmement fortes aux Pays-Bas limitent la rentabilité de l’exploitation. Les bâtiments sont équipés de laveurs d’air biologique doublés d’un biofiltre extérieur. La SAU de l’exploitation étant assez faible, le lisier est exporté vers des tiers. Cette obligation leur coûte 200 000 euros par an, soit environ 25 euros la place.

Laurent Alibert, laurent.alibert@ifip.asso.fr

« Nous incorporons jusqu’à 50 % de coproduits dans nos rations »

L’élevage Houbensteyn aux Pays-Bas utilise une dizaine de coproduits des industries de l’agroalimentaire pour nourrir les animaux de la ferme.

À la ferme Houbensteyn qui détient 1 700 truies, 9 000 places de post-sevrage et 15 000 places d’engraissement sur trois sites différents, les coproduits des industries agroalimentaires constituent une part importante de la ration des animaux. « Leur taux d’incorporation ne dépasse pas 5 % pour chacun », explique le responsable de l’élevage. « Mais leur somme peut atteindre 50 % dans certaines formules. » Ces coproduits sont stockés dans des cuves en béton recouvertes de résine. Ce sont notamment des frites, de la purée, de l’amidon de blé et des produits laitiers. Certains d’entre eux, comme les frites, sont stockés en mélange avec un produit plus liquide pour faciliter le pompage. Tous les aliments sont distribués sous forme de soupe. Ils sont fabriqués sur le site du post-sevrage. Les céréales sont broyées avant d’être incorporées dans une présoupe avec les coproduits. La présoupe est ensuite transférée vers les bâtiments truies et porcs charcutiers. Elle n’est mélangée avec les tourteaux et les aliments minéraux (et acides aminés) qu’au moment des repas.

L.A.

Looop valorise les coproduits des industries alimentaires

Looop est une société néerlandaise qui commercialise des coproduits utilisés pour l’alimentation animale et la méthanisation.

« Looop est une société tournée vers la circularité pour éviter au maximum la création de déchets ultimes », explique Joost van de Wijgert, responsable des ventes. L’entreprise néerlandaise commercialise des coproduits à destination de l’alimentation animale (75 %) et pour la production d’énergie via la méthanisation (20 %). Elle travaille avec plus de 45 fournisseurs et propose 80 coproduits différents. Près d’1,5 million de tonnes sont commercialisés chaque année à plus de 1 400 clients. Les coproduits sont d’origines très variées. La plupart de ceux commercialisés pour le porc sont sous formes liquides :

Coproduits de pommes de terre : pelure, purée, frites précuites, flocons
Coproduits du blé et du maïs : drêches, gluten, amidon
Coproduits issus de la brasserie et de la fermentation : levure de bière, drèches de brasserie, autres levures concentrées
Coproduits laitiers : lactosérum, perméat
Coproduits de boulangerie : pâte à biscuits, mélange de biscuits, mélange de pain
Autres : crème de pois, pelure de carottes, son d’avoine…

Looop possède son propre laboratoire équipé de NIRS (Near InfraRed Spectroscopy, ou analyse par spectroscopie proche infrarouge), afin de connaître au mieux la composition des coproduits, en particulier la matière sèche. L’entreprise informe les clients des évolutions des produits. Les valeurs nutritionnelles sont établies en collaboration avec les organismes de recherche comme l’université de Wageningen (Pays-Bas).

L.A.

Repères

Du 11 au 14 décembre 2023, des éleveurs et techniciens d’Airfaf Centre-Est se sont rendus en Belgique et au Pays-Bas pour un voyage d’étude autour de la FAF. Les coproduits étant un des objectifs de ce voyage, les éleveurs ont pu échanger longuement avec la société Looop qui distribue des coproduits au Pays-Bas et ont visité deux élevages utilisateurs.

Laurent Alibert, Ifip-Institut du porc

Laurent Alibert

« Les coproduits participent à la maîtrise du coût alimentaire »

Les coproduits ont toujours fait partie de l’alimentation des porcs, sous forme sèche comme les issues de céréales ou les tourteaux, mais aussi sous forme humide ou semi-humide. Les produits issus de l’amidonnerie, ou de l’industrie de la pomme de terre, dont les caractéristiques nutritionnelles assez bien connues, sont très présents dans le nord de la France et le nord de l’Europe. Ils participent bien évidemment à la maîtrise du coût alimentaire. ils sont désormais étudiés dans des projets territoriaux notamment pour leur intérêt environnemental. La vigilance reste cependant de mise et des analyses régulières (en particulier la matière sèche) sont nécessaires pour garantir les performances optimales de l’élevage.

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