Travail
Aveyron : "Nous nous adaptons à nos salariés" en ovin lait
Les trois associés du Gaec de Cussac emploient deux salariés et un apprenti. Pour Julien Cazottes, installé depuis 2015 au sein du Gaec, l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle et le management sont des clés pour fidéliser les employés.
Les trois associés du Gaec de Cussac emploient deux salariés et un apprenti. Pour Julien Cazottes, installé depuis 2015 au sein du Gaec, l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle et le management sont des clés pour fidéliser les employés.
« La condition quand je me suis installé, c’était d’avoir des vacances et des week-ends. » Julien Cazottes s’est installé en Gaec avec son père en 2015, suivi par sa sœur en 2019. Le Gaec élève aujourd’hui 850 lacaunes laitières à Broquiès, en Aveyron. Julien et sa sœur, la trentaine, font partie d’une nouvelle génération d’éleveurs pour qui l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est essentiel. Des attentes qui sont aussi partagées par les deux salariés et l’apprenti du Gaec, auxquelles Julien est particulièrement attentif.
Prioriser la vie personnelle
« Aujourd’hui, c’est très difficile de recruter, il y a peu de main-d’œuvre disponible. Il faut faire en sorte de la garder. C’est donc à l’employeur de s’adapter aux attentes des salariés. » Des attentes qui, selon Julien, ont beaucoup changé ces dernières années. « Avant, les salariés avaient une envie de progression de salaire, et priorisaient leur travail. Aujourd’hui, ce n’est plus forcément le salaire qui compte, mais l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, et les conditions de travail. »
En conséquence, les associés du Gaec ont modifié leur approche du travail. « Avant, nous faisions du 6h30-19h30. Nous avons diminué la durée de la pause du midi pour pouvoir partir plus tôt et s’adapter au mode de vie des familles. » Seule une ou deux personnes sont de garde le soir, permettant aux autres de pratiquer du sport ou de passer du temps en famille, activités que Julien décrit comme « prioritaires » sur le travail.
Communiquer efficacement
Tous et toutes arrivent à 7h30 pour l’astreinte de la traite et de l’alimentation. À 9h30, c’est l’heure de la pause-café, un moment crucial pour le reste de la journée : on y parle de la répartition des tâches. Cette répartition se fait au « goût de chacun » : les trois associés sont polyvalents, tandis que les salariés ont des compétences complémentaires. Les salariés sont scindés en deux équipes pour la journée.
Julien le rappelle : ce n’est pas tout de donner une consigne, mais il faut aussi s’assurer qu’elle ait bien été comprise. Il s’efforce d’expliquer systématiquement la finalité des ordres donnés. « Il est important de tout savoir faire soi-même, afin d’estimer au mieux le temps que prend chaque tâche. Charge au manager d’ensuite ajuster ce temps en fonction des capacités du salarié. » La pause-café permet aussi aux associés de se coordonner. À trois, des consignes contradictoires peuvent être données si la communication entre eux n’est pas bonne. « Il faut éviter de trop multiplier les ordres. »
« Il faut savoir rester ouvert à la critique »
En revanche, la communication d’ordres par voie écrite n’est pas utilisée dans le Gaec, les changements météo pouvant bousculer l’ordre de priorité des tâches. Julien s’assure qu’il y ait toujours au moins un chantier en intérieur et un en extérieur. Une liste de petites choses à faire est aussi mise à disposition si un salarié ne sait pas quoi faire une fois ses tâches réalisées. La seule tâche que Julien se réserve est la gestion sanitaire de la troupe ovine, car le suivi se fait sur son téléphone.
La période de traite, levier d’organisation du travail
Après huit ans en désaisonné, le Gaec revient sur un fonctionnement saisonné en 2025 pour diminuer ses coûts de production. La traite s’étend aujourd’hui du 15 avril au 15 décembre. « Les pointes de travail sont ainsi regroupées du 10 mars au 30 juin. Nous sommes à fond tout du long. Les employés travaillent autour de 40 heures par semaine, et nous, associés, faisons le reste. »
Durant cette période intense en travail, un des salariés travaille deux dimanches par mois et l’autre fait douze traites par semaine, dans la mesure du possible. Au contraire, de décembre à février, la charge de travail est légère : « Les salariés travaillent autour de 25-30 heures et peuvent rattraper les heures faites en été. » Le week-end, ils travaillent maximum trois heures le matin et deux heures le soir. Deux à trois semaines de congé sont à prendre en été, et une à Noël, mais « c’est un choix fait ensemble, autour de la table », précise Julien.
« Sortir de la maison familiale »
Pour l’instant, les salariés disposent d’une salle de pause équipée de sanitaires, mais qui reste d’un confort relatif. Entre midi et deux, ils rentrent donc chez eux, à défaut de pouvoir faire leur pause dans la maison de la famille Cazottes. « Ils ne sont pas à l’aise dans cette maison, et c’est compréhensible. » Pour « sortir de la maison familiale », Julien a donc investi. Il aménage un espace attenant à la salle de traite : une salle de bains, des sanitaires, un bureau, une chambre et une cuisine, devraient bientôt être mis à disposition des salariés, stagiaires ou toute autre personne de passage sur l’exploitation. Et pourquoi pas, pourrait accueillir les enfants des salariés pendant les horaires de traite, qui sont parfois difficilement compatibles avec la garde des enfants.
Recruter, un parcours du combattant
À ce jour, le Gaec emploie un salarié depuis deux ans et demi, et a récemment dû recruter une nouvelle salariée. Pour ce recrutement, « je suis parti de zéro » se remémore Julien. Pour rédiger son offre, il s’est inspiré d’offres d’emplois faites dans d’autres secteurs, et pour la diffuser, il a opté pour un simple post Facebook et un affichage. C’est Facebook qui a finalement fonctionné, lui ramenant une unique candidate. Pour cette fille d’éleveurs bovins laitiers, l’acclimatation au Gaec a été rapide. Julien a mis en place des temps de dialogue en fin de première semaine, et de troisième semaine pour faire le point sur ses débuts.
Le jeune associé a par la suite suivi une formation sur le recrutement organisée par Unotec pour être mieux préparé à l’avenir. Les objectifs : cibler les attentes des chercheurs d’emploi agricole, trouver les canaux de diffusion des annonces, et mener des entretiens d’embauche. Mais l’éleveur ne se fait pas d’illusion : dans un marché du travail agricole où la main-d’œuvre se fait rare, on cherche avant tout un profil motivé. À la suite de cette formation, Julien envisage de mettre en place un règlement intérieur sur l’exploitation, pour coucher sur le papier les règles à respecter collectivement, et pouvoir justifier une faute grave.
« Le salariat, un investissement plutôt qu’une charge »
« La qualité de notre travail s’est améliorée parce que nous sommes plus nombreux. » En augmentant le nombre de salariés, le Gaec a gagné en efficacité et en rigueur sur les conditions d’hygiène de la traite et l’alimentation. La mortalité des agneaux a diminué, ainsi que la casse de matériel. Le temps gagné peut ainsi être mis à profit pour des formations ou simplement pour « avoir les idées plus claires ». « On ne gagne pas moins avec plus de monde ! », conclut Julien.