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Jeune installé
« Ma troupe pâture chez les voisins plus de six mois par an »

À Louches dans le Pas-de-Calais, François Bouclet s’est installé en janvier 2020 sur la ferme familiale. Il a fait évoluer l’atelier ovin afin que le pâturage de couverts végétaux fasse partie intégrante du système de conduite de la troupe tout en dynamisant le partenariat avec les exploitants voisins.

François Bouclet, 25 ans, utilise un quad, outil indispensable pour réaliser les clôtures sur les parcelles de couverts.
François Bouclet, 25 ans, utilise un quad, outil indispensable pour réaliser les clôtures sur les parcelles de couverts.
© I. Voinson

Avant mon installation, mes parents géraient une EARL constituée de 100 ha, 45 vaches Prim’Holstein et 180 brebis de race Texel en semi plein air. La particularité de la structure de départ résidait dans le fait que la bergerie était située à 10 kilomètres du site principal, avec toutes les contraintes que cela implique. Le but de mon installation a été de ramener l’atelier ovin sur la ferme familiale en construisant une nouvelle bergerie, afin de pouvoir mutualiser le matériel (mélangeuse et pailleuse) et travailler dans de meilleures conditions. Je n’ai pas souhaité reprendre de terre car l’accès au foncier est compliqué et coûte cher dans notre secteur. Nous sommes maintenant trois associés sur le Gaec de la Pierre Blanche avec une troupe de 600 brebis Romane associées à l’atelier bovin laitier.

Afin de dégager un revenu supplémentaire au sein du Gaec, j’ai choisi de faire évoluer la race et sa conduite. Lors de ma formation en certificat de spécialisation ovin viande au CFA de Mirecourt (Vosges), j’ai découvert le principe de la « vaine pâture » ainsi que le pâturage de couverts végétaux. Je m’en suis inspiré pour mener ma réflexion. Un formateur nous interpellait souvent : « Vous avez à manger dehors et les conditions climatiques qui le permettent, alors pourquoi rentrer les brebis ? ». J’ai donc franchi le pas en faisant un essai sur 10 ha chez un voisin céréalier. Ce dernier a été ravi de « voir des brebis dehors ». En effet, nous avons peu d’élevages ovins dans notre région. Cet essai a eu un effet boule de neige. Désormais mes brebis pâturent 220 ha de septembre à mai. Un des avantages de la Romane est son aptitude au désaisonnement : mes brebis mettent bas en février et en juin juillet. Pour certaines, le flushing, la lutte et la gestation se font sur les couverts tandis que d’autres, sur cette même période, sont en reprise d’état après le sevrage. Toute la complexité réside dans le fait de gérer les lots au pâturage dans un rayon de trois kilomètres autour du village : il est nécessaire de maîtriser le stade physiologique de la plante en lien avec celui des brebis, estimer le potentiel des surfaces et anticiper les rotations des lots sans risque de mélange ! Enfin, ce type de pâturage et de partenariat peut être remis en cause par une éventuelle évolution des relations entre voisins, la non-pousse des couverts en raison des conditions climatiques ou la présence d’un atelier de méthanisation. Mais cela reste une aubaine quand on voit le potentiel alimentaire disponible.

Pour construire la bergerie et les aménagements intérieurs, j’ai pioché des idées lors des visites d’exploitations réalisées en cours de formation et notamment celle du Ciirpo dans le cadre des « bergeries innovantes ». J’ai fait le choix d’une alimentation extérieure sur une longueur du bâtiment. Ma bergerie peut accueillir 400 brebis en lactation et 100 agneaux à l’engraissement. Une chaîne d’alimentation alimente ces derniers. Mon apprentissage dans une exploitation ovine de 1 200 têtes m’a permis de maîtriser la manipulation des brebis mais aussi de découvrir plein de petites astuces pour être plus efficient au travail. Je souhaite d’ici deux ans passer à 800 mères. Mes parents partent en retraite dans six ou sept ans, j’envisagerai alors de prendre un associé ou un salarié pour me seconder d’autant que je me suis fortement investi dans les JA de mon canton."

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