"Changer de vie" : dans l'Aude, Nans et Céline se reconvertissent dans l'élevage de brebis Romane
Au hameau de Tresmézes dans l’Aude, Nans et Céline Marcel se sont installés avec 300 brebis de race Romane sur l’ancienne ferme laitière familiale. Ils ont été accompagnés dans leur reconversion par la coopérative Arterris.
Au hameau de Tresmézes dans l’Aude, Nans et Céline Marcel se sont installés avec 300 brebis de race Romane sur l’ancienne ferme laitière familiale. Ils ont été accompagnés dans leur reconversion par la coopérative Arterris.
Ils vivaient du côté de Narbonne. Lui était pépiniériste viticole, elle était agente territoriale spécialisée des écoles maternelles. Tous deux quadras avec des enfants majeurs, l’envie d’un changement de vie a d’abord effleuré l’esprit de Nans. Petit-fils de maquignon et fils d’éleveur laitier, il choisit donc de s’installer sur la ferme familiale située dans le Lauragais. Accompagné par la coopérative Arterris pour ficeler son projet, Nans fait le choix, au vu de la petite surface agricole utile, d’un schéma intensif avec une race productive : la Romane. L’organisme de sélection pouvait justement lui vendre un cheptel de 300 brebis issu d’une cessation d’activité.
Un bâtiment repensé pour les brebis
Le bâtiment familial, qui accueillait jusqu’alors les dernières vaches du troupeau et quelques voitures, a rapidement été adapté pour l’arrivée des brebis. « Je ne voulais pas changer la disposition du bâtiment pour qu’il reste adapté à la taille du tracteur, et je ne voulais pas trop investir », explique Nans, qui a autoconstruit les équipements fonctionnels du quotidien. « Au début je ne voulais pas construire de cornadis, mais finalement je l’ai fait et je ne regrette pas : pour tout ce qui est manutention, c’est un confort pour trier les animaux dont je n’avais pas pris la mesure au départ. En visitant des fermes et en échangeant avec d’autres éleveurs, on se rend compte qu’il y a des points qu’il ne faut pas négliger », explique Nans, qui bénéficie également de l’accompagnement de la Chambre d’agriculture de l’Aude, dont le service installation et élevage réalise le contrôle de performance de l’élevage.
L’exploitation compte trois bâtiments : un pour les agnelages (700 m²), un pour les brebis en gestation et production (1 200 m²), et un pour les agnelles (150 m²). ©J. Bonnery
Un partenariat avec Arterris
Si Nans a investi 120 000 €, trésorerie incluse, pour s’installer, le cheptel a été financé par Arterris à hauteur de 60 000 €. « Les conditions étaient que l’intégralité des agneaux soit vendue à la coopérative et qu’il bénéficie d’un appui technique de niveau 3 », souligne Romain Roucaute, technicien ovin Arterris.
Romain Roucaute, technicien ovin pour la coopérative Arterris. ©J. Bonnery
L’engagement auprès de la coopérative est de sept ans, avec un différé de deux ans sur le prêt et un remboursement sur cinq ans. Les agneaux Arterris sont en Label rouge. Le groupement compte un peu plus de 430 adhérents et commercialise chaque année 50 000 agneaux Label issus de tous les systèmes. Ils sont vendus aux abattoirs Bigard de Castres et à l’abattoir municipal de Saint-Gaudens, auprès des chevillards Maison Jucla et Mathieu et Fils.
Des performances techniques déjà au rendez-vous
Nans a obtenu une subvention de la MSA pour l’achat de matériel de manutention, puis une autre de la région Occitanie pour du petit matériel. L’exploitation fait 116 euros par EMP* de marge brute avec les aides spécifiques ovines. « Sachant que c’est une installation récente et qu’il n’y a eu que deux agnelages, on devrait donc aller jusqu’à 180 euros de marge brute », ajoute Romain Roucaute. « Cette installation a été sécurisée grâce à la mise en place d’un prix minimum garanti chaque semaine de l’année. Cependant, le marché très porteur de l’agneau actuellement, et le travail de la coopérative ont permis à la famille Marcel de valoriser ses agneaux à 9,70 euros par kilo de carcasse. » Le Gaec a 67 % de charges opérationnelles, dont trois quarts alimentaires, mais « cela n’handicape pas la rentabilité », selon Romain Roucaute. « J’entends trop souvent de jeunes installés dire qu’il ne faut pas trop de charges pour s’en sortir, mais les charges opérationnelles permettent la rentabilité. Si on ne nourrit pas comme il faut les animaux, on n’a pas de résultats, et donc pas de rentabilité. »
Les agnelles Romane sont vendues dans plus de 350 élevages pour des installations, de l’accroissement ou du renouvellement de cheptel. ©J. Bonnery
Lors d’une journée organisée par Inn’Ovin Occitanie et ses partenaires, cofinancée par Interbev et la Confédération nationale de l’élevage, des étudiants du lycée agricole de Castelnaudary étaient présents. À ces élèves venus découvrir l’élevage et qui le questionnent sur le conseil qu’il donnerait, Nans répond de faire ce métier par passion. « Depuis un an que nous nous sommes installés, nous n’avons pris que deux jours de vacances. Il faut avoir conscience que l’élevage mobilise tous les jours. Autre conseil : s’entourer des bonnes personnes et de bons techniciens, si on est prêt à s’engager. »
Le couple en reconversion trouve son équilibre
Installé en nom propre en 2024, Nans a été rejoint quelques mois plus tard par son épouse en Gaec. Elle souligne : « Je ne suis pas du tout issue du milieu agricole. J’ai changé de vie sans savoir si ça allait me plaire. J’ai beaucoup réfléchi au fait de prendre soin des animaux puis de les amener à l’abattoir. Mais voir la passion de Nans et découvrir que c’est un métier technique m’a fait apprécier ce travail », confesse-t-elle. Après six mois les mains dans la paille : « On s’est rendu compte qu’on aimait travailler en couple, ne plus être salariés et être en contact avec les animaux. » Le couple souhaite désormais augmenter le cheptel de 100 brebis pour améliorer le revenu. Un élevage d’abeilles composé de 14 ruches et un élevage de border collie, Kangal, Kelpie et épagneul, complètent également leur revenu.
2024 en chiffres
- 300 brebis en production, bientôt 400
- 1,88 de productivité numérique
- 15 % de taux de mortalité, 55 % avant 3 jours
- 234 % de prolificité
- 95 % de taux de mise bas
- 67 % de charges opérationnelles/produit brut (dont 3/4 alimentaires)
- 19,1 kg de carcasse/agneau
- 86 kg de concentré d’aliment par agneau