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au Gaec du Moulin de Jonchery en Bourgogne
Deux troupes ovines pour plus de flexibilité

Polyculteurs éleveurs, les frères Guyot misent sur la complémentarité entre espèces et races pour optimiser l’utilisation des ressources et les ventes toute l’année.

Trois troupeaux distincts composent l’exploitation du Gaec du Moulin de Jonchery, à Diancey, en Côte-d’Or. Sur une SAU de 360 hectares à dominante herbe, le troupeau bovin de 130 vaches charolaises tient compagnie aux deux troupes ovines, charollaise et grivette croisée Ile-de-France. La présence des deux espèces permet une complémentarité au pâturage et pour la valorisation des fourrages. « Nous essayons au maximum de valoriser les prairies en pâturage mixte, ont expliqué Jean-Marie Guyot et son frère Francis lors de la dixième rencontre technique ovine de Bourgogne sur leur exploitation. L’association de bovins et d’ovins permet de maximiser le chargement et bien valoriser l’herbe ». La centaine de brebis grivettes tourne principalement sur deux parcelles, avec quelques vaches pour faire tampon si besoin. Les brebis charollaises pâturent par lots de 20 à 30 brebis avec les bovins, selon l’herbe disponible. Si la présence des deux races avec des périodes de reproduction différentes complexifie la conduite, cela permet aussi d’étaler la charge de travail et les ventes d’agneaux sur l’année et d’optimiser le remplissage des bâtiments.

L’objectif de la troupe charollaise est la vente de reproducteurs, mâles et femelles. Ce choix implique des investissements conséquents, notamment dans la génétique et 40 % des brebis sont inséminées. Les inséminations, réalisées avec de la semence congelée, se font par laparoscopie ce qui nécessite beaucoup de manipulations, soit deux heures de travail pour l’inséminateur aidé de trois personnes. Pour le reste de la troupe, des luttes naturelles en contrôle de paternité sont réalisées avec des béliers achetés à la station de contrôle individuel de l’OS Mouton Charollais, sélectionnés en priorité sur les qualités maternelles et la conformation. « Les index prolificité et valeur laitière sont importants, même sur une race à viande, car le lait est le premier aliment de l’animal » rappelle Laurent Solas, conseiller ovin de la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. Un autre critère décisif dans le choix des béliers est de raisonner les accouplements pour éviter la consanguinité, en effet avec 40 % d’inséminations artificielles, le nombre de pères est limité.

65 à 85 % de réussite à l’insémination artificielle

Les inséminations artificielles sont réalisées fin août, puis les luttes naturelles en septembre en six lots de 8 à 30 brebis, selon s'il s'agit d’un bélier adulte ou d’un jeune. Les agnelles sont ensuite mises en luttes séparément mi-octobre. Il y a donc trois périodes d’agnelages entrecoupées d’une semaine. Les brebis inséminées mettent bas sur une semaine en janvier, puis les agnelages de luttes naturelles s’étalent sur trois semaines en février, enfin les agnelles mettent bas en mars sur cinq semaines. L’exploitation obtient de bons résultats de reproduction et son taux de réussite à l’IA a toujours été compris entre 65 et 85 % sur les cinq dernières années. Ces bons taux s’expliquent par une sélection stricte des brebis inséminées : des brebis de moins de cinq ans, qualifiées mères à béliers ou mères à agnelles, n’ayant jamais eu d’échec à l’insémination dans leur carrière. La préparation à la mise en lutte est également importante, avec déparasitage et flushing trois semaines avant. Enfin le protocole est strictement respecté : les inséminations ont généralement lieu le matin, les brebis sont à jeun, et restent au calme en bergerie jusqu’au lendemain matin. Les agneaux charollais sont vendus en priorité en reproducteurs, les autres partent à la boucherie en agneaux d’herbe à un poids élevé car le tri des reproducteurs a lieu tardivement

La troupe de brebis grivettes croisées Ile-de-France a pour objectif la production d’agneaux de boucherie pour une commercialisation au premier trimestre quand les prix sont élevés. Ce croisement donne des brebis F1 productives, maternelles et pouvant se reproduire toute l’année. Elles permettent, par croisement terminal avec un bélier de race bouchère, de produire des agneaux de qualité régulière à contre-saison. Ces agneaux sont valorisés en Agneaux de nos régions.

Des lampes alimentées par des panneaux photovoltaïques

Les éleveurs ont construit en 2013 une nouvelle bergerie en bois pour une meilleure intégration au paysage et une ambiance optimum. Des volets coulissants permettent de régler les entrées d’air. Non raccordées au réseau EDF, les 13 lampes LED permettant d’éclairer le bâtiment sont alimentées par des panneaux photovoltaïques. Des cornadis en bois, de part et d’autre du couloir d’alimentation sur toute la longueur du bâtiment, facilitent les manipulations et limitent le gaspillage de fourrages et concentrés. Les auges intégrées à l’allée centrale sont en légère pente, ce qui permet au concentré de glisser au fur et à mesure jusqu’aux brebis et évite à l’éleveur d’avoir à le repousser. Les agnelages continuent d’avoir lieu dans l’ancienne bergerie équipée d’une caméra mobile. Pratique pour l’éleveur qui réside à deux kilomètres de l’exploitation. Huit à dix jours après la naissance, les agneaux et leurs mères sont remontés dans le bâtiment neuf et l’éleveur peut descendre dans la bergerie d’agnelage le lot de mise bas suivant.

Accroche

Une très bonne productivité du travail

Avec une production de 10 414 kg de carcasse sur la campagne 2014, soit plus de 16 tonnes par UMO, l’exploitation affiche une très bonne productivité du travail qui assure l’efficacité de l’atelier ovin en diluant les charges. Cela résulte d’une bonne productivité à la brebis (1,53 agneau par effectif moyen présent et par an en moyenne), d'une prolificité de 200 % et de la bonne valorisation de reproducteurs. Malgré cela, les frais d’élevage et d’alimentation restent importants (19 et 24 % du coût de production). En effet, cette productivité élevée implique des rations importantes à la mise bas pour soutenir la lactation. De plus, l’inscription des brebis charollaise génère des frais. Mais ceux-ci sont compensés par la bonne valorisation des produits, qui permettent au final une rémunération de 2,4 Smic/UMO. La présence de deux races avec deux débouchés différents (boucherie et reproduction) permet par ailleurs de diversifier les débouchés et gagner en flexibilité.

Chiffres clés

363 ha de SAU dont 282 de surface fourragère et 81 de Scop
150 vaches allaitantes
320 brebis
2,5 UMO dont 0,5 salariée
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