Aller au contenu principal

Des laines françaises à valoriser

On estime que 10 100 tonnes de laine sont tondues chaque année en France. Qu’en faire ? Alors qu’une coordination nationale des acteurs de la filière laine se met en place, bon nombre d’initiatives locales pour la valoriser ont été lancées. Or, les laines sont diverses, et peuvent trouver des débouchés plus variés qu’on ne le pense.

<em class="placeholder">Un homme tient un tas de laine dans ses bras.</em>
Les laines françaises ont des caractéristiques variables, qui correspondent à une diversité de débouchés possibles.
© Ciirpo

« La laine, personne n’en veut », « il n’y a plus de filière laine en France »… La laine française semble prisonnière d’un écheveau difficile à démêler. Elle reste un poids pour la plupart des éleveurs. Pourtant, jusqu’au milieu du XXᵉ siècle, la filière laine européenne est solidement implantée. Mais l’essor des fibres textiles synthétiques, conjugué à l’importation de laines étrangères à bas coût, bouleverse l’équilibre. En Australie, en Nouvelle-Zélande ou en Amérique du Sud, de vastes élevages ovins produisent des laines fines et homogènes. En France, la filière amorce son déclin dans les années 1980 : les unités industrielles de transformation ferment les unes après les autres, tandis que les négociants se tournent vers le marché international, faute de débouchés nationaux.

Du produit au déchet

De fil en aiguille, la laine cesse d’être perçue comme un produit à part entière. Elle devient un sous-produit, voire un déchet, dont il faut se débarrasser. Les critères de sélection des brebis évoluent : la qualité de la toison n’est plus une priorité, et les laines françaises, souvent plus grossières, perdent en valeur économique. Puis survient la pandémie de Covid-19, qui perturbe le commerce international. Entre 2020 et 2022, les exportations sont divisées par deux. Le prix à l’export chute, d’environ 1,30 euro le kilo à 0,80 euro. Dans certains territoires, la laine ne trouve plus preneur et s’accumule dans les exploitations.

<em class="placeholder">Des curons de laine entassés.</em>
Les stocks de laine ont explosé durant la pandémie de covid-19, à cause de l'arrêt du commerce international. © Ciirpo

Six ans plus tard, les exportations françaises ont retrouvé leur niveau d’avant-crise. Mais les séquelles demeurent. Éleveurs et négociants portent encore les stocks constitués pendant la période Covid, et les prix ne sont pas remontés. Le coût de la tonte, estimé autour de 2 euros par brebis, est rarement couvert par le produit de la vente de la laine. Selon les races et les régions, les écarts sont considérables : laine bradée à un centime symbolique le kilo, vendue à quelques dizaines de centimes à des collecteurs, ou valorisée entre 3 et 4 euros le kilo lorsqu’elle est de qualité supérieure et transformée localement.

Exportations françaises de laine de tonte en suint, en volume ©GEB-Institut de l’élevage, d’après les douanes françaises

Une mosaïque d’initiatives

Aujourd’hui, 75 % des toisons collectées en France sont exportées, principalement vers la Chine. Il s’agit pour l’essentiel de laines brutes, non lavées. Et pour cause : le pays ne dispose plus que d’une seule unité de lavage, en Haute-Loire. Sa taille limitée ne lui permettant pas de laver de gros volumes, l’étape du lavage requiert donc souvent d’exporter la laine dans des pays limitrophes. Du côté des filatures françaises, elles privilégient des laines importées, disponibles en volumes importants et homogènes, plus simples à transformer. Provenant d’Amérique du Sud ou d’Océanie, elles sont souvent lavées en Chine avant d’être filées en France.

Les gisements de laine française, quant à eux, sont dispersés sur le territoire, plutôt hétérogènes en qualité et en volumes. Quelques filatures de plus petite taille transforment tout de même la laine française, souvent lavée à l’étranger, en fil à tricoter, en vêtements, en isolant, en feutre, etc. Les initiatives de valorisation se multiplient sur le territoire : de la petite initiative individuelle au collectif d’éleveurs, du micro-lavage à la filature, du pull en laine à l’isolant… les possibilités sont plus vastes qu’on ne pourrait le croire.

Des consommateurs au rendez-vous ?

Et la laine bénéficie justement d’un regain d’intérêt du côté des consommateurs. Matière naturelle, renouvelable, dotée d’un fort ancrage territorial, elle coche de nombreuses cases. En 2025, le prix moyen pondéré de la laine à l’export est reparti à la hausse : + 9 % en France, à 1,17 euro le kilo, et + 13 % au Royaume-Uni, à 2,68 euros. Outre-Manche, l’optimisme est de mise. Les experts de British Wool anticipent un maintien de cette dynamique, porté par la baisse du cheptel ovin mondial et une demande en progression.

Construire le futur de la filière laine française

Dans le sillage de la crise provoquée par la pandémie, le ministère de l’Agriculture a confié au CGAAER une mission de réflexion sur la valorisation de la laine. Le rapport remis en 2023 a débouché sur une feuille de route nationale, publiée en 2024, pour structurer les filières laines françaises. Elle est le fruit d’un travail réunissant une soixantaine d’acteurs : FranceAgriMer, la Fédération nationale ovine, la Confédération paysanne, l’Union des industries textiles, et de nombreux professionnels de terrain. Tous les maillons de la chaîne de valorisation de la laine sont rassemblés au sein du collectif Tricolor, une association à vocation interprofessionnelle qui oeuvre au développement d’une filière locale.

Les plus lus

Trois loups
Déclassement du loup : « une douche froide » pour la FNO
Le statut du loup est passé d’espèce « strictement protégée » à « protégée » au niveau européen. Afin de…
En Dordogne, « nous produisons 1 800 agneaux par an en baissant la mortalité »
Les associés du Gaec de Vialette, en Dordogne, produisent des agneaux toute l’année grâce au désaisonnement lumineux. Néanmoins,…
L'éleveuse tient un chiot beauceron dans ses bras en extérieur.
Aveyron : « J’allie mes deux passions, les chiens de conduite et la sélection génétique »
Installée en Gaec en Aveyron, Amandine Gastal est éleveuse de brebis lacaunes et de beaucerons. L’élevage de chiens de conduite…
Une éleveuse se tient devant le Mont-Saint-Michel
« Je vois chaque jour le Mont-Saint-Michel » : Claire est intermittente en élevage ovin
Titulaire d’un diplôme d’ingénieur en agronomie et passionnée de laine, Claire Bourgart a fait un certificat de spécialisation (…
Des brebis sont nourries au cornadis.
Agnelage : des rations aux petits oignons en fin de gestation
L’alimentation des brebis en fin de gestation a des répercussions directes sur la vigueur des agneaux à la naissance. Le travail…
<em class="placeholder">Léopold Hennon </em>
Deux-Sèvres : « Je limite le parasitisme du troupeau ovin grâce à la diversité fourragère »
Jeune éleveur bio, Léopold Hennon mise sur la diversité des prairies et un pâturage tournant serré pour protéger ses 150 brebis…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir Pâtre
Consultez les revues Réussir Pâtre au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce à la newsletter Réussir Pâtre