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Des agneaux non finis sur l’herbe des collines

Arthur et Sara Waugh cherchent à valoriser au mieux le kilo d’herbe. Et comme la disponibilité en herbe ne permet pas d’assurer l’engraissement des agneaux, ils sont vendus non finis au sevrage. Visite guidée avec Frédérique Mariaud.

« La ferme Surreydale dans la région de Manawatu dans l’Ile du Nord s’étend d’un seul tenant sur 2 065 hectares dont 365 hectares de bush, se souvient Frédérique Mariaud, éleveuse en Haute-Vienne de 300 brebis sur 80 hectares. Elle part du ruisseau à 330 mètres d’altitude pour monter loin à l’horizon, à la troisième crête de colline, jusqu’à 630 mètres d’altitude ». Sur ces collines très escarpées, 8 800 brebis, 3 000 agnelles, 75 béliers, 340 vaches allaitantes, 150 génisses et 15 taureaux tirent leur unique alimentation, l’herbe.

Et pour pâturer au mieux l’herbe, le parcellaire est découpé en une centaine de paddocks par plus de 200 kilomètres de clôture fixe. « Arthur fait appel à des prestataires extérieurs pour implanter ses parcelles. Leur métier, c’est de gérer l’herbe, pas de planter des piquets ! ». Les animaux restent 2 à 3 jours sur les paddocks et ils y reviennent tous les 60 à 100 jours en fonction de la pousse de l’herbe. Au printemps, le pâturage commence par le bas des collines puis remonte vers les sommets avec la pousse de l’herbe. Après le passage des brebis, un slavemob (troupeau esclave) de bovins allaitants nettoie les prairies en mangeant les refus. « Ce système de pâturage mixte permet aussi de limiter la pression parasitaire » apprécie Frédérique Mariaud qui a mis en place ce système chez elle avec des brebis vides qui passent derrière les agneaux à l’engraissement faute de bovins sur l’exploitation.

Semis par avion et prière de la pluie

Pour entretenir ces surfaces pentues, Arthur n’utilise pas de tracteur mais directement un avion qui apporte 250 kilos par hectare de superphosphate tous les ans sur un quart de l’exploitation. Tous les cinq ans, 5 000 tonnes de chaux soufrée et de sélénium sont épandues sur toutes ses surfaces. Arthur a installé une petite piste privée, en pente. Le prestataire remplit les soutes de l’avion en haut de la colline puis, avec l’élan, l’avion alourdi décolle et il reviendra se poser en montant la pente. C’est aussi par avion qu’il rénove ses prairies en sursemant du trèfle blanc avec la technique « spray and pray », soit épandre et prier que la pluie arrive.

Sur les prairies abîmées, le pâturage très ras par les génisses permet de régénérer le mélange ray-grass anglais trèfle blanc. Cette technique de cell-grazing consiste à découper la parcelle en cellules qui sont pâturées avec un chargement instantané très élevé et un temps de séjour très court, par exemple 300 bovins sur 2,5 ha pendant un jour et demi.

Pas de quartier pour les brebis vides

« Dans son bureau, Arthur a affiché le calendrier prévisionnel de pousse de l’herbe à côté de son parcellaire » décrit Frédérique. Chez lui, la pousse varie d’une trentaine de kilos de matière sèche par hectare et par jour l’été, à 6-8 kilos l’hiver. La gestion du troupeau suit donc la pousse de l’herbe. Les brebis sont mises en lutte à partir du 20 avril (soit l’équivalent du 20 octobre dans l’hémisphère nord) avec un bélier pour 100 brebis. Toutes les femelles sont échographiées par des prestataires particulièrement performants : 3 500 brebis échographiées par jour et par personne ! Pas de deuxième chance pour les vides qui sont immédiatement réformées. Les résultats d’échographie (vide, simple, double ou triple/premier ou deuxième cycle) servent à constituer des lots d’environ 2 500 brebis. La prolificité moyenne à l’échographie voisine les 170 %.

Douze chiens se relaient face aux 12 000 brebis

Avant l’agnelage qui commence vers le 15 septembre (équivalent du 15 mars), les brebis arrêtent les rotations rapides pendant un mois. « Les portes des paddocks des parcelles les plus proches et les mieux exposés sont ouvertes et les brebis y agnèlent, toutes seules, sans être dérangées » décrit Frédérique. Le type génétique utilisé allie la polyvalence de la race Romney, la rusticité débrouillarde des Black Face et la rusticité et la conformation de la race Perendale. Installé depuis plus de 40 ans sur sa ferme, Arthur sait que les agnelles sont à soigner en priorité. C’est à elles que reviennent les meilleures pâtures et le premier agnelage n’a lieu qu’à deux ans. Vingt jours après les dernières mises bas, tous les animaux sont rassemblés pour un grand chantier d’équeutage, castration des mâles, éventuel déparasitage, distribution de cobalt aux agneaux et réforme des agneaux maigrichons et des brebis sans agneaux.

Lors de ces gros chantiers, Arthur, Sara et leurs trois salariés permanents se font aider par des travailleurs journaliers. Les douze chiens sont aussi mis à contribution. « Il y a deux types de chien, décrit Frédérique. Les Huntaway, gros chiens à poil ras, aboient et mettent la pression au troupeau tandis que les Heading dogs, sorte de border collie, font face aux récalcitrants et poussent le troupeau. » Les chiens qui se relaient face au troupeau et au repos sont attachés à côté des quads.

La pousse de l’herbe conditionne la conduite du troupeau bovin

Les agneaux sont sevrés à 90-100 jours, soit début janvier (équivalent début juillet en France), puis vendus à un poids moyen de 30 kilos vif au prix moyen de 80 dollars néo-zélandais par agneau, soit une cinquantaine d’euros. Ils sont achetés par d’autres élevages de plaine, mieux lotis en termes de pousse d’herbe. À cette date, les animaux maigres ne sont pas à leurs cours les plus élevés mais, faute d’herbe, Arthur et Sara ne peuvent pas les garder plus longtemps. La pousse de l’herbe va aussi conditionner la conduite du troupeau des bovins Black angus. Le sevrage se fait normalement à 5 ou 6 mois mais si l’herbe vient à manquer, il arrive que les veaux soient sevrés à trois mois. Au contraire, si l’herbe a bien poussé, il peut castrer quelques mâles pour les élever comme bœufs.

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