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Laine
"On peut tout gâcher à la récolte" : bien trier la laine aide à trouver un débouché

La grande famille de la laine rassemble des laines aux caractéristiques bien différentes, qui correspondent à des débouchés particuliers. Bien trier les laines en fonction de leur débouché est une clé pour les valoriser. 

<em class="placeholder">Un tas de laine sur le plancher d&#039;une salle de tonte est manipulé par une ramasseuse de laine.</em>
Une laine propre trouvera plus facilement un débouché.
© Ciirpo

D’après une estimation du collectif Tricolor, environ 10 100 tonnes de toisons seraient produites en France par an. En moyenne, autour de deux kilos de laine sont produits par brebis. Mais les quantités de laine récoltées varient beaucoup d’une race à l’autre : un peu moins d’un kilo pour une lacaune… contre deux kilos pour une Île-de-France ou une Texel. Longueur de la fibre, finesse, frisure, capacité à feutrer, couleur… sont autant de critères caractérisant la qualité de la laine.

 

Une laine ? Non, des laines !

Ces qualités diverses déterminent des usages différents. En France, on estime que 5 % de la production totale de laine est de qualité fine, c’est-à-dire qu’elle peut être valorisée par l’industrie textile. Elle est produite notamment par les races mérinos d’Arles, Préalpes du Sud et Est à laine mérinos.

Les diverses qualités de laine française ©Collectif Tricolor, 2023 d’après les classes de laine définies par l’Inrae

Le reste de la laine, plus grossier, qualifié de « gonflant », est utilisé à d’autres fins. Les laines fines moyennes ou croisées moyennes servent par exemple en matelasserie, en literie, en isolant ou en feutre. Les laines jarreuses, les moins qualitatives, peuvent être utilisées en paillage, en isolant ou en manchons pour les arbrisseaux.

 

Une laine propre à valoriser

La propreté de la laine est indispensable pour qu’elle trouve preneur. « On peut avoir la plus belle laine du monde, et tout gâcher pendant la récolte », met en garde Lucie Grancher, présidente de l’Association des tondeurs de moutons (ATM). Tout commence bien en amont du jour de la tonte. Pour garantir une toison immaculée, il vaut mieux limiter les marquages, et privilégier ceux qui sont solubles dans l’eau. Et pour une toison sèche au moment de la tonte, les brebis doivent être rentrées en bergerie 48 heures à l’avance. Cela leur permet aussi de transpirer, facilitant ainsi le passage d’un peigne.

« La tonte doit se dérouler sur une aire curée, une dalle en béton, un plancher en bois, ou à défaut, une bâche bien épaisse. Et surtout pas sur le fumier et la paille », détaille Lucie Grancher. L’espace de tonte doit aussi être dépourvu de toute matière synthétique telles que des ficelles, qui pourraient se mêler à la toison. « L’aire d’attente doit aussi être une zone propre, où on ne laisse pas s’accumuler les déjections. » Il faut également veiller à ne pas emporter de paille au moment où la brebis est attrapée pour être tondue.

 

Un tri de la laine adapté au débouché

Sommaire ou poussé, le tri de la laine dépend avant tout de ce qu’on veut en faire. « Trier la laine, c’est adapter un lot de laine à sa destination », rappelle Lucie Grancher. Le tri d’une laine à destination de la matelasserie ou de l’industrie textile ne sera pas le même. « Pour une toison mérinos, on enlève tous les écarts, et la laine colorée. Pour une laine destinée à la matelasserie, on cherche avant tout du gonflant, donc des mèches longues. »

Un tri sommaire peut être réalisé en parallèle de la tonte, avant de stocker la laine dans des curons. ©Ciirpo

Dans tous les cas, un tri sommaire peut être fait. Il consiste à séparer les toisons des brebis de celles des agneaux, et des différentes races. « Une fois que des laines de différentes races sont mélangées, on ne peut plus les trier… et elles n’ont alors plus de débouché possible. » Les brebis à toisons noires, comme cela peut être le cas avec des mérinos, peuvent aussi être mises à part en amont du chantier ou au fur et à mesure.

 

Des lots de laine homogènes

Ce tri basique ne nécessite pas forcément de main-d’œuvre supplémentaire. Les ramasseurs de laine doivent placer les toisons dans un curon, et les écarts, d’une qualité jarreuse, dans un autre. Chaque curon contient ainsi un lot de toisons homogène. « La méthode de tonte que nous utilisons, appelée la méthode Bowen, permet de séparer les parties de qualité inférieure du cœur de la toison. Ventres, chaussettes, casquettes et contours des muqueuses sont automatiquement détachés du reste. »

Pour un tri plus abouti, il faut compter environ une personne supplémentaire par tondeur, « mais cela dépend de l’expérience des personnes intervenant sur le chantier ». Ce tri doit être mis en œuvre pour des toisons d’une qualité fine, qui peuvent être filées. « On cherche alors à épurer au maximum les toisons. Par exemple, en mérinos, on peut séparer les fibres supérieures à 6 centimètres de longueur, qui peuvent être peignées, des autres, qui seront cardées. » L’objectif reste le même : préparer des lots de laine adaptés à leur débouché. Les parties souillées sont systématiquement mises de côté, ainsi que les laines feutrées ou jaunies.

 

Stocker la laine pour vendre plus tard

Les toisons doivent être conservées à l’abri de l’humidité pour éviter toute moisissure et tout jaunissement. La laine doit être stockée dans des curons, des sacs en nylon protégeant la laine de l’humidité tout en la ventilant. Éviter les autres sacs de type big bags ou en polypropylène, qui produisent des fils se mêlant aux toisons.

Les curons doivent être identifiés par des étiquettes à l’intérieur et à l’extérieur, indiquant le nom de l’exploitation, la race, le type de laine (toisons blanches, de couleur ou écarts) et si l’élevage est bio. Si la laine doit être stockée pendant une longue période, placer les curons sur des palettes pour faciliter la ventilation.

<em class="placeholder">Un curon de laine</em>
Les lots de laine doivent être stockés dans des curons, des sacs en nylon protégeant la laine de l'humidité. © Ciirpo
 

Lucie Grancher, tondeuse et trieuse de laine, présidente de l’ATM

La sécurité avant tout

« Un chantier de tonte est dangereux : le matériel de tonte est très aiguisé et les brebis peuvent être affolées ou désorientées. Il faut particulièrement prêter attention à la sécurité de tous quand on ajoute des intervenants sur le chantier pour trier la laine, surtout s’ils débutent. Un accident est vite arrivé. »

Nadège Blanchot, de la Scop Terre de Laine

« Une laine propre fait toute la différence ! »

« Comme nous collectons des laines de Rava ou de blanche du Massif central, qui ne sont pas très fines, il suffit qu’elles soient propres et triées par race au moment de la collecte. Pour ce faire, de petits gestes suffisent. S’assurer que les brebis soient sèches avant la tonte. Bien séparer le parc et l’aire de tonte. S’assurer que le couloir entre les deux soit propre, sans paille. La pailleuse automatique est aussi à proscrire, pour éviter le plus possible les végétaux pris dans les toisons. Enfin, il est important de stocker la laine correctement, à l’abri de l’humidité, car certains lots peuvent trouver acheteur l’année suivante. »

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