Parcours de volailles plein air : raisonner son entretien dès la conception
Pour entretenir son parcours, l’éleveur plein air doit se muer en gestionnaire de prairie, tailleur d’arbustes, élagueur d’arbres, voire en terrassier. Une conception raisonnée de son parcours peut lui permettre de se faciliter le travail durablement.
Pour entretenir son parcours, l’éleveur plein air doit se muer en gestionnaire de prairie, tailleur d’arbustes, élagueur d’arbres, voire en terrassier. Une conception raisonnée de son parcours peut lui permettre de se faciliter le travail durablement.
En production de volaille plein air, le parcours arboré est un outil de travail indispensable au bien-être des animaux et au respect du cahier des charges.
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Cet outil nécessite un bon entretien pour remplir toutes ses fonctions : repère de circulation des volailles, ombrage, fourniture de nourriture, insertion paysagère, mais aussi préservation de l’environnement et de la biodiversité.
Dans la conception d’un parcours, les contraintes locales sont prépondérantes : disponibilité du foncier, nature du sol, risques d’érosion, éléments environnementaux protégés, réseaux enterrés… L’adaptation aux besoins et au comportement des volailles l’est aussi, mais « il faut penser à l’entretien dès la conception », insiste Jean-Charles Vicet, consultant en agroforesterie à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire et spécialiste de l’aménagement des parcours.
Éviter les embouteillages en sortie de trappes
Un des endroits susceptibles d’occasionner le plus d’entretien est la sortie de trappe : « Il ne faut rien y mettre et tout faire pour que les animaux n’y restent pas ». Les premiers éléments d’intérêts, peignes (haies courtes) ou alignements d’arbres, doivent se trouver au moins à 15 m. « L’idéal est d’avoir une petite pente naturelle, voire de prévoir un terrassement ». Dans la plupart des cas toutefois, au bout de quelques semaines d’utilisation, la zone sera surpâturée, voire gadoueuse.
« Quand les sorties de trappes sont trop abîmées, j’enlève les fientes au godet et je remets des cailloux », décrit Fabien Bricaud, installé avec 30 0000 poules pondeuses plein air (Norea) à La Roche-Blanche en Loire-Atlantique. On peut aussi stabiliser cette zone avec du bois déchiqueté, par exemple issu de l’entretien des haies et/ou envisager un resemis en fin de lot.
Sur le reste du parcours, l’herbe a vocation à être entretenue par les animaux : « C’est à cela que l’on juge l’efficacité d’un parcours. Les alignements d’arbres doivent être séparés de 15 à 20 m maximum, pour que les oiseaux puissent aller sans crainte d’un repère à l’autre ». Mais même si les volailles explorent bien et, donc entretiennent leur parcours, il est probable que le fond reste sous-exploité et qu’il nécessite un entretien mécanique : « Prévoir dès la conception un accès facile à ce fond de parcours, avec la possibilité de retournement d’un tracteur en cas de fauche. »
Arbres : du travail incompressible
Les arbres du parcours, qu’ils soient dans les peignes ou isolés, nécessitent du travail et il sera difficile d’échapper au « coup de collier » des premières années : limitation de la concurrence de l’herbe (broyeur, tondeuse, débroussailleuse à dos…), élagage, défourchage, remplacement des arbres morts, arrosages, avec, à chaque intervention, la protection (grillage plastifié soudé) à retirer et à remettre.
« La gestion des arbres d’un parcours, la première année, c’est à 3 à 4 jours par an et par hectare, quelles que soient les essences », décrit Jean-Charles Vicet, pour qui l’astuce travail serait « de se faire aider par des amis ou des voisins. Généralement, les gens sont heureux de s’occuper des arbres. Par ailleurs, pour apprendre à le faire correctement, il est recommandé de suivre l’une de nos animations sur l’entretien des arbres ».
« L’astuce travail » de Baptiste Moinot, éleveur de poulets et de pintades (Janzé) à Pierric en Loire-Atlantique, est d’ouvrir les grillages des peignes aux pintades et de laisser les volailles y gérer l’herbe. Cela lui économise un passage de rotofil, « mais c’est à utiliser avec précaution, en raison du risque de déchaussage des racines », prévient-il.
Les haies de bordure de parcelles, implantées pour projeter de l’ombre sur le parcours, servir de repère aux volailles et faciliter l’intégration paysagère de l’exploitation, occasionnent elles aussi du travail. Pour que celui-ci soit le moins pénible possible, un impératif : implanter la haie à bonne distance de la clôture : « Prévoir au moins 4 à 6 m, avec une bande enherbée que l’on pourra entretenir au tracteur tondeuse ou au gyrobroyeur. On pourra ainsi facilement accéder aux clôtures et entretenir la haie. »
« Réussir son parcours est un travail d’équipe, impliquant l’éleveur, son conseiller bocager et son conseiller d’ élevage »
Réussir son parcours est un travail d’équipe
Après une vingtaine d’années passées à concevoir des parcours volailles, Jean-Charles Vicet constate que la réussite passe par trois personnes : l’éleveur, son conseiller bocager et son conseiller d’élevage. « C’est ce dernier qui passe régulièrement et il doit également s’impliquer dans la gestion du parcours. On peut concevoir les plus beaux plans du monde, si on ne s’en occupe pas, cela ne marchera pas. »
Jean-Charles Vicet, consultant en agroforesterie à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire
Le dilemme du choix des essences
« Se faciliter le travail avec les arbres, c’est aussi s’assurer qu’ils ne meurent pas… Il est toujours préconisé de se tourner vers des « essences indigènes et adaptées à la nature du sol », mais le réchauffement climatique vient troubler la donne.
Il devient difficile de savoir à quelle vitesse le réchauffement va se produire et quelles essences seront adaptées dans trente ans. C’est en revanche plus facile de savoir celles qui ne le sont plus : dans le bocage de l’ouest de France, par exemple, c’en est fini du chêne pédonculé et du châtaignier.
On peut essayer des essences qui poussent plus au sud, comme les chênes pubescents, chevelu, vert, voire liège… Mais il faut diversifier doucement, car ces essences adaptées dans trente ans ne le sont peut-être pas encore aujourd’hui. Quelques valeurs sûres cependant : le charme, le noisetier et l’érable champêtre. »