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« Nous avons réduit de 20 % le nombre de boiteries sur notre élevage robotisé », dans les Côtes-d’Armor

Le Gaec Ville Normand dans les Côtes-d’Armor a réalisé un audit boiteries pour identifier les facteurs de risque et des mesures correctives sur l’élevage de 130 laitières souffrant de dermatite digitée. En trois ans, la situation s’est bien améliorée.

<em class="placeholder">« De 2023 à 2025, la notation des vaches a montré 20% d’amélioration en termes de boiteries, ce qui, à l’échelle du troupeau, représente 6 200 € d’économie ...</em>
« De 2023 à 2025, la notation des vaches a montré 20% d’amélioration en termes de boiteries, ce qui, à l’échelle du troupeau, représente 6 200 € d’économie » précise Benoît Malin.
© V. Bargain

« Autant que je m’en souvienne, il y a toujours eu des boiteries sur l’élevage, indique Maryline Bouvier, associée avec son mari Jean-Paul, son fils Donatien et son frère Jean-Michel Robert du Gaec Ville Normand à Bourseul dans les Côtes-d’Armor. Nous avons essayé beaucoup de choses, mais rien n’a vraiment marché. Quand nous avons réfléchi à passer en traite robotisée, en 2022, nous avons pensé qu’il fallait vraiment s’attaquer au problème, pour le bon fonctionnement des robots. »

Le Gaec, qui produit 1,4 million de litres de lait, avec 130 vaches à la traite, fonctionnait alors en salle de traite 2 X 8 postes. Les vaches en logettes paillées sortaient beaucoup, mais avaient toujours des boiteries.

« La traite durait 3 h à 3 h 30, indique Donatien. Et les tapis des couloirs d’exercice s’étaient beaucoup dégradés. Cela faisait du jus, qui a fait exploser la dermatite digitale. Nous les avons enlevés en 2020 et avons fait scarifier le béton. » Depuis cinq-six ans, le Gaec a aussi mis en place du parage tous les un mois et demi-deux mois par un pédicure. « Mais il y avait tellement de boiteries qu’il ne pouvait traiter que les boiteuses sans faire de préventif. »

Augmenter la fréquence de raclage

En 2022, le Gaec a alors décidé de réaliser un diagnostic boiteries et de s’investir vraiment pour les prévenir. En 2022, Benoît Malin, conseiller spécialisé boiteries à Innoval, a dressé un premier état des lieux. « À l’époque, 54 % des vaches avaient des défauts d’aplombs, soit un soulagement du pied, soit une mauvaise pose du pied » indique-t-il. Les notations et le relevé des lésions par le pédicure ont montré un problème de dermatite digitale pour plus de 25 % du troupeau, ainsi que quelques autres lésions non infectieuses. Restait alors à remonter à l’origine du problème.

Benoît Malin a ainsi détecté un problème de logettes pouvant expliquer certaines lésions.

 

 
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L'audit a révélé un problème de réglage des logettes. © V. Bargain

« Les logettes présentaient un réglage standard, alors que les vaches sur l’élevage sont plutôt grandes. La barre du cou se montrait trop reculée vers l’arrière. Les vaches restaient longtemps debout ou avec les pattes arrière dans le couloir, ce qui entraîne plus de poids sur les postérieurs. » Le conseiller a aussi préconisé de placer un arrêtoir sur le sol des logettes. « Les vaches pouvaient avancer couchées, ce qui entraînait des frottements. »

 

 
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Le robot racleur a permis d’augmenter la fréquence des raclages sans déranger les vaches. © V. Bargain

Parmi les différentes préconisations pour la prévention de la dermatite digitale, il a été retenu d’augmenter la fréquence de raclage. « Le lisier était raclé au tracteur avant chaque traite, explique Donatien. Mais avec les robots, même si les vaches sortent encore beaucoup, il y en a toujours à l’intérieur et il aurait fallu les déranger pour racler. Nous avons investi dans un robot racleur qui passe désormais sept fois par jour dans les couloirs. »

Pédiluve automatique et parage préventif

En matière de traitement, après avoir testé la désinfection individuelle des pieds en salle de traite lorsqu'une vache réagissait au jet d’eau, les éleveurs se sont finalement orientés vers un traitement collectif. Ils ont d’abord utilisé un système mobile de nettoyage et désinfection des pieds, puis le passage dans un pédiluve installé dans un couloir. « Dans les deux cas, cela prenait beaucoup de temps », indique Donatien.

 

 
<em class="placeholder">pédiluve en élevage laitier</em>
La hauteur d’eau de 15-18 cm dans le pédiluve permet d’y mettre tout le pied. Et comme le pédiluve est dans une porte de tri, les vaches y passent toutes, à leur rythme, sans avoir à les pousser. © V. Bargain

La mise en route des robots en 2023 a finalement permis d’installer un pédiluve automatique, qui se remplit et se vidange automatiquement après cent passages. Posé sous une porte de tri par laquelle les vaches passent souvent, pour aller au robot, pour aller manger, etc., il permet le traitement régulier des pieds au sulfate de zinc et cuivre.

« La clé avec les lésions infectieuses, c’est la régularité des traitements » insiste Benoît Malin. Le conseiller a aussi préconisé un parage préventif avant le tarissement. Et Donatien a suivi une formation parage. « Je fais la taille basique des onglons et nous allons acheter une cage pour faire plus de préventif, précise-t-il. Le pédicure restera toutefois nécessaire pour compléter le suivi parage et identifier les lésions. » Enfin, le Gaec est désormais plus attentif au critère « pied » dans ses choix génétiques.

20 % d’amélioration en un an

Au final, les boiteries ont ainsi fortement régressé. De 700 passages/24 h dans le pédiluve au début, le troupeau est passé à 1 250 passages/24 h, signe d’une meilleure circulation des vaches. La nouvelle notation des aplombs en 2025 a montré 20 % de baisse du nombre de boiteries. « Le pédiluve a coûté 10 000 €, auxquels s’ajoutent 4 000 €/an de produit, résument les éleveurs. Nous devons encore nous améliorer sur les dosages, pour économiser le produit, et peut-être alterner avec un cicatrisant. Mais les vaches boitent beaucoup moins et se déplacent mieux. La production est passée de 26 kg/VL/j à 36 kg/VL/j, en lien avec le robot et l’alimentation, mais aussi parce que les vaches boitent moins. »

Détecter les vaches boiteuses

La détection des vaches boiteuses se fait par notation des animaux en statique. « Je regarde s’il y a des tarsites, c’est-à-dire des dépilations ou des inflammations des jarrets. S’il y en a beaucoup, il y a sans doute un problème de couchage qui entraîne des frottements. Ce n’était pas le cas ici, j’ai cependant noté un mauvais réglage des logettes» Les aplombs sont également à observer de près. « En vue arrière, si les membres postérieurs sont trop ouverts, c’est qu’il y a un souci. »

Benoît Malin détaille aussi la ligne du dos ainsi que les suppressions d’appui ou les poses anormales du pied. « Mais je ne soulève pas les pieds, précise-t-il. Pour identifier les lésions, je me fie au relevé du pédicure. » En 2023, sur 22 vaches parées lors d’une séance de parage, le relevé du pédicure indiquait que les 22 vaches avaient de la dermatite digitale. Il y avait aussi des érosions de la corne du talon (fourchet) et quelques ouvertures de ligne blanche, bleimes et limaces… « Mais la principale cause de boiterie était la dermatite digitale. »

Avis d’expert : Benoît Malin, conseiller spécialisé en boiteries à Innoval

« Un gain estimé à 250 € par boiterie évitée »

 

 
<em class="placeholder">Benoît Malin, conseiller spécialisé en boiteries à Innoval</em>
Benoît Malin, conseiller spécialisé en boiteries à Innoval © V. Bargain

« Les boiteries sont le problème sanitaire n°2 en élevage, après les mammites. Les lésions podales ont toujours existé, mais les lésions infectieuses augmentent parce que les animaux sortent moins et que les systèmes en logettes/lisier les favorisent. La conduite en traite robotisée n’est pas un facteur accentuant en soi, mais elle correspond le plus souvent à ces profils d’élevage. L’audit vise à évaluer l’importance des boiteries et identifier leurs causes. Le parage diagnostic, sur au moins une vingtaine de vaches, et pas seulement des boiteuses, permet de nous orienter vers les lésions prédominantes et d’identifier des mesures correctives et préventives associées. Un audit permet en moyenne d’économiser 250 € par boiterie évitée, notamment grâce à l’augmentation de production de 35 % par vache et à un risque de réforme divisé par trois. »

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