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Myrtille : contre Drosophila suzukii, la prophylaxie arme numéro 1

En myrtille, comme en cerise ou fraise, la prophylaxie est essentielle pour lutter contre la Drosophila suzukii. Retour sur les principaux leviers avec Magalie Léon-Chapoux, coordinatrice du BSV national myrtille.

<em class="placeholder">Un myrtillier en production.</em>
Parmi les leviers à combiner, la récolte rapide et intégrale des baies mûres est un point clé pour lutter contre Drosophila suzukii.
© APMF

« Drosophila suzukii arrive plus ou moins tôt selon la température. Elle est moins présente en contexte de forte chaleur (plus de 30 °C) », indique Magalie Léon-Chapoux, experte en filières arboricoles et coordinatrice du BSV national myrtille. Les dégâts quand ils deviennent trop importants et ne sont pas gérables par le tri à la récolte, peuvent entraîner l’arrêt prématuré de la récolte d’une parcelle voir de l’ensemble des parcelles de l’exploitation. » L’Inrae, dans une synthèse publiée en ligne le 28 mai 2026, rappelle de son côté que « les conditions climatiques influencent fortement sa dynamique : l’insecte préfère les environnements frais et humides ». Éviter l’accumulation d’humidité dans la parcelle est donc un premier conseil prophylactique donné aux producteurs de myrtilles.

Piéger massivement

Le piégeage massif est réalisable avec des pièges commerciaux de type attract and kill à base de deltaméthrine à raison de 100 pièges/ha tels que Decis Trap DS ou le Flypack Suzukii, ou encore les pièges Biomagnet Ruby (150 pièges/ha), homologué pour l’usage cassis depuis l’année dernière, en test dans des parcelles de myrtilles en France.

Il est possible d’opter pour des solutions maison disposées dans des bouteilles en plastique rouge percées de trous de moins de 4 mm (mélange à renouveler tous les 10 jours environ selon l’évaporation). Les pièges s’installent en bordure de parcelle, à raison d’un piège tous les 5 mètres, sur des haies ou des piquets. Le but est de retarder l’entrée des mouches dans la parcelle mais cette solution n’est pas suffisante. Les pièges ou attractifs positionnés dans l’arbre sont moins pratiqués, constate Magalie Léon-Chapoux, du fait de leur coût et de la suspicion que les pièges vont attirer les mouches plus rapidement dans la parcelle.

Récolter rapidement

Même si elle est coûteuse et conditionnée à la disponibilité de main-d’œuvre, la récolte rapide des baies lorsqu’elles sont à maturité est un point clé. En cas de présence déjà attestée des mouches, il faut « augmenter la fréquence des récoltes et passer au minimum tous les 3 à 4 jours », alerte la conseillère. Il est recommandé de ramasser et détruire les fruits tombés au sol. La cueillette est à réaliser intégralement et jusqu’à la fin de la période de récolte, pour ne pas inciter la mouche à rester dans la parcelle.

Éliminer les larves des fruits touchés

Si des baies ont été attaquées, il est important de bien les repérer et isoler. Magalie Léon-Chapoux suggère de les placer dans un sac fermé au soleil ou au congélateur afin de tuer les larves.

Identifier les facteurs favorables autour de la parcelle

La proximité entre ateliers peut favoriser la présence de la mouche. C’est particulièrement évident en cas de culture de fraise sous un tunnel voisin des myrtilliers. « La Drosophila suzukii risque d’aller sur la fraise et ensuite sur la myrtille », insiste Magalie Léon-Chapoux.

À noter que l’environnement plus global est aussi à considérer. Des espèces sauvages type sureau noir, cornouiller, arbousier, ronce, raisin d’Amérique et chèvrefeuille sont réputées être accueillantes pour Drosophila suzukii l’hiver. « Les zones boisées peuvent à la fois favoriser sa survie hivernale, mais aussi abriter ses ennemis naturels », développe l’Inrae dans un document accessible en ligne. Étudier les parasitoïdes autochtones présents dans les zones boisées autour des parcelles et la façon d’intensifier leur présence est l’un des axes de recherche poursuivis par l’institut.

Les filets de plus en plus incontournables

Équiper la parcelle de filets insect-proof est jugé "très efficace" par Myrtille Infos, le bulletin d’information de l’Association des producteurs de myrtilles de France (APMF). L’installation de tels filets est vivement conseillée dès la plantation. Le dispositif monobloc est plus pratique que le monorang, souligne Magalie Léon-Chapoux. De plus en plus, les filets insect-proof disposés sur les côtés sont combinés à des filets para-grêle sur le dessus afin de garantir une production annuelle. Cet investissement était évalué, hors main-d’œuvre, autour de 25 000 euros/ha en 2022.

Deux dérogations pour lutter contre Drosophyla Suzukii

Cette année, deux dérogations de 120 jours ont été obtenues pour lutter contre Drosophila Suzukii : Exirel et Success 4.

D’autres méthodes en test

- L’installation de bâches au sol pour désorienter les mouches. Les premiers tests réalisés en 2024 au centre CTIFL de la Morinière mettent sur la piste de bâches blanches mais les essais se poursuivent.

- Le BioMagnet Attract and Kill System de Suterra. Ce piège utilisé en Italie est testé cette année en cerise par le CTIFL.

- Le parasitoïde Ganaspis kimorum. L’Inrae continue ses travaux sur la lutte biologique contre Drosophila suzukii par l’acclimatation du parasitoïde Ganaspis kimorum. Des parcelles de myrtilles sont incluses dans le réseau d’expérimentation de l’INRAE. La combinaison de Ganaspis kimorum et TIS (technique de l’insecte stérile) est également à l’étude.  

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