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Maraîchage : l’électrification de la filière peut-elle s’accélérer ?

Si l’électrification de l’énergie nécessaire aux serres chauffées est enclenchée, son intensification suppose la levée de nombreux verrous. Pour l’instant, les mesures gouvernementales sont incomplètes.

<em class="placeholder">Serre d&#039;expérimentation du CTIFL à Balandran.</em>
En maraîchage, 97 % des serres sont chauffées au gaz naturel actuellement.
© C. Fournier/CTIFL

Dans la filière fruits et légumes, les serres chauffées sont en première ligne des enjeux énergétiques. Objectifs de décarbonation, fin des contrats de cogénération et volatilité des prix du gaz due aux crises géopolitiques se combinent. Le fort besoin d’énergie des serristes, ainsi que leur poids de 20 % dans la production de légumes en France, leur ont valu d’être invités aux réunions de préparation du plan d’électrification édifié par le gouvernement Lecornu. « Nous étions les seuls représentants du monde agricole », observe Sylvestre Bertucelli, directeur du syndicat Légumes de France. Un plan de vingt-deux mesures a été présenté en avril dernier.

La volonté gouvernementale d’électrifier les sources d’énergie est bien antérieure à la guerre au Moyen-Orient mais la flambée des cours qu’elle provoque accélère le mouvement.

De leur côté, les serristes ont fait leurs calculs. Le besoin énergétique requis par la chaleur à vocation agricole est évalué à 1,7 TWh. Il correspond actuellement à de la consommation de gaz pour la production d’électricité via la cogénération. « Ces térawattheures viendraient progressivement s’effacer avec la réduction du temps de fonctionnement des cogénérations », projette Clémence Endene, chargée de mission énergie-environnement de Légumes de France.

Contribuer à la régulation de l’offre d’électricité

L’essor des énergies renouvelables (qui produisent de façon intermittente) fait évoluer l’offre d’électricité et nécessite des moyens de régulation. Les serres chauffées peuvent jouer un rôle grâce aux capacités de stockage d’eau chaude installées. « Le renforcement des capacités de stockage est une tendance lourde », observe à ce sujet Vincent Stauffer, fondateur d’Agrithermic. Les chaudières électriques sont l’un des leviers d’électrification possibles déjà saisi par une partie des serristes.

Actuellement, la puissance électrique installée sur le parc de serres chauffées et associée à la présence de cogénérations est évaluée à 766 MW, indique Légumes de France. Sur ce volume, « entre 400 et 500 MW ont formulé auprès d’Enedis une demande de raccordement pour l’installation d’une chaudière électrique, expose Clémence Endene. Ces dossiers sont en cours de traitement chez Enedis et se heurtent à différents freins qui viennent ralentir l’électrification de nos usages ».

D’autres leviers sont envisagés comme l’utilisation de la chaleur produite par les data centers dont l’implantation va s’accroître ou encore l’installation de pompes à chaleur. Ils requièrent également des évolutions réglementaires et administratives pour être facilités. Le syndicat Légumes de France défend donc une série de propositions.

Le verrou majeur du raccordement

Actuellement, il n’est pas possible réglementairement qu’un même point de raccordement électrique permette l’injection d’électricité et l’achat (soutirage). « Il n’y a aucun problème physique ou technique pourtant c’est interdit par décret sauf exception », déplore Sylvestre Bertucelli.

Cette polyvalence est cruciale pour qu’un véritable mix énergétique se mette en place et que les serristes puissent se positionner sur l’énergie la moins chère à un moment donné. Le nombre d’heures durant lesquelles le coût de fonctionnement d’une chaudière électrique aurait été inférieur au coût de fonctionnement d’une chaudière gaz a été évalué à « 32 % du temps de fonctionnement pour 2025 », souligne Clémence Endene, soit 2 769 heures. Cette durée est calculée en fonction des conditions tarifaires et fiscales.

Autre problématique sensible, le coût et les longs délais de raccordement d’Enedis. Le traitement des dossiers, actuellement examinés par ordre d’arrivée et non par degré de maturité doit être revu, plaide le syndicat, évoquant « des projets zombies » qui obstruent les canaux administratifs.

Pour une fiscalité de l’électricité plus incitative

Autre dossier chaud, la fiscalité de l’électricité. Légumes de France réclame un alignement du droit d’accise de l’électricité par rapport à celui du gaz naturel. Ce droit est actuellement de 26,58 €/MWh mais « à 0,50 /MWh pour les industriels énergo-intensifs », pointe Sylvestre Bertucelli. Le syndicat avait obtenu en début d’année une baisse du droit d’accise sur le gaz naturel utilisé pour le chauffage des serres de 17,16 €/MWh à 0,54 €/MWh. « Aujourd’hui le transfert vers l’électricité ne serait pas neutre. Si l’on calcule un ratio en fonction d’une capacité de transfert de nos cogénérations de 1,3 TWh, ça représenterait dans les conditions de taxation actuelle un gain de 33 millions de surtaxes pour l’État », s’insurge Sylvestre Bertucelli. Une situation pas très incitative pour participer à la décarbonation.

Dernier souhait du syndicat, « planifier pour les serristes les infrastructures nécessaires pour avoir à disposition des gisements énergétiques, électriques, de chaleur fatale, géothermiques ». Cela permettrait de rationaliser les nouvelles installations de serre ou d’identifier des possibilités de raccordement. Une mesure à accompagner d’une simplification des « procédures administratives d’installation et de déclarations des moyens de productions énergétiques des serres ».

Le plan d’électrification présenté par le gouvernement est loin de répondre à toutes ces demandes. Pour l’instant, il se concentre sur l’incitation à l’équipement en pompes à chaleur (PAC) pour les serres maraîchères et horticoles, avec l’objectif d’équiper « 20 % du potentiel identifié », indique le document. Le levier de cette mesure est la révision, d’ici septembre 2026, de la fiche CEE applicable pour l’installation des PAC en serres maraîchères et horticoles.

Sans davantage de perspectives, l’électrification risque d’avancer à petits pas.

repère

Aujourd’hui, 80 % des serres agricoles sont chauffées au gaz naturel dont 97 % en maraîchage et 44 % en horticulture.

Trois leviers pour l’électrification de la filière

Les pompes à chaleur

Le plan d’électrification du gouvernement fixe un objectif de 400 ha de serres maraîchères et horticoles équipées de pompes à chaleur (PAC) d’ici 2030. Un frein identifié est la complexité de leur installation par rapport à celle d’une chaudière, du fait des branchements hydrauliques. Le coût est aussi plus élevé. « Le coût est deux fois plus cher qu’une chaudière électrique mais c’est trois fois mieux en termes de puissance », souligne Vincent Stauffer, fondateur d’Agrithermic.

Les data centers en conteneurs

La multiplication des data centers à l’aide de petites unités va offrir de nouvelles possibilités de source de chaleur à prix réduit. Des sociétés proposent d’investir. Différents modèles économiques existent. Dans celui proposé par la société Policloud, par exemple, le producteur investit dans un micro-centre de données modulaires qui tient dans un conteneur. L’agriculteur paye l’électricité, récupère 70 % des revenus de la vente de calculs et bénéficie de la chaleur gratuitement.

Les chaudières électriques

Elles permettent de profiter de prix bas de l’électricité lorsque le marché est surcapacitaire. Leur intérêt est lié aux conditions tarifaires et fiscales de l’électricité plus qu’à leur coefficient de performance énergétique (COP). Légumes de France estime que la chaudière électrique pourrait fonctionner 30 à 50 % du temps de chauffage, selon les conditions 2026. Cet équipement convient prioritairement à des bassins de production ayant des longues périodes de chauffage des serres.

Des études lancées sur les serres chauffées

« Nous menons actuellement une enquête sur le parc de serres chauffées », informe Jean-Marc Goachet, directeur du CTIFL. Les résultats sont attendus pour le premier trimestre 2027. Menée par l’Ademe, une autre étude sur la décarbonation des serres est lancée. Elle devrait se terminer fin octobre. En revanche, l’étude « Effets de la crise sur la filière fruits et légumes », réalisée par le CTIFL suite à l’impact sur les coûts de la guerre en Ukraine n’est pas reconduite pour la guerre au Moyen-Orient, malgré l’essor encore plus fort des cours de l’énergie qu’elle provoque.

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