Lutte collective avec un piégeur contre le campagnol en Aubrac : « Nous n’avons que des retours positifs »
Quatre Cuma accompagnées par le Parc naturel régional de l’Aubrac ont mis en place un service de lutte collective et coordonnée contre le campagnol terrestre. Avec un piégeur salarié à plein temps, les éleveurs ont réussi à se passer de lutte chimique et bénéficient d’indemnisations du FMSE.
Quatre Cuma accompagnées par le Parc naturel régional de l’Aubrac ont mis en place un service de lutte collective et coordonnée contre le campagnol terrestre. Avec un piégeur salarié à plein temps, les éleveurs ont réussi à se passer de lutte chimique et bénéficient d’indemnisations du FMSE.
« Nous avons rassemblé 28 éleveurs partants, il ne nous manquait plus qu’à trouver un piégeur », témoigne un agriculteur sur le site du Parc naturel régional (PNR) de l’Aubrac. Le piégeur a été trouvé puisque la Cuma Laguiole a annoncé démarrer le quatrième service de piégeage de campagnols terrestres sur le territoire du PNR fin janvier 2026.
Quatre Cuma et 75 éleveurs bénéficient aujourd’hui du travail de quatre piégeurs professionnels. Celle de Sainte-Geneviève/Cantoin a été pionnière sur le territoire, suivie de celle d’Alpuech/La Terrisse en 2024, Soulages/Montpeyroux en 2025 et Laguiole en 2026.
Relire : Lutte contre les campagnols terrestres : vers une solution prometteuse
Une lutte coordonnée et collective inspirée de l’impluvium de Volvic
En 2022, des agriculteurs de la Cuma Geneviève/Cantoin sollicitaient le PNR de l’Aubrac pour être accompagnés dans la lutte contre ce ravageur. De là, est née l’idée d’une lutte collective et coordonnée, inspirée par les résultats d’une démarche similaire mise en place sur l’impluvium de Volvic.
« La lutte collective a une action sur un territoire élargi. C’est ce qui fonctionne pour lutter contre les campagnols : il faut mettre une pression de piégeage sur un nombre important de parcelles proches les unes des autres », explique Chloé Sillon, chargée de mission agroenvironnement au Parc naturel d’Aubrac.
Une indemnisation à hauteur de 75 % versée par le FMSE sur les frais avancés
En pratique, chaque Cuma emploie un (ou une) piégeur qui consacre la majorité de son temps (70 %) au piégeage des campagnols sur les différentes parcelles du collectif. Le reste du temps de travail est mis à disposition des agriculteurs pour des travaux divers. Les campagnes de piégeage sont organisées en période de faible densité et sont accompagnées par la Fredon Occitanie.
Pour financer le matériel et le salaire du piégeur, le parc a fait appel au Fonds national agricole de mutualisation du risque sanitaire et environnemental (FMSE). Chaque année, ce dernier indemnise 75 % des frais avancés par les agriculteurs. Le premier service mis en place à Sainte Geneviève/Cantoin bénéficiait aussi de subventions de la région Occitanie le temps de l’expérimentation. Elle est aujourd’hui autonome.
Le reste à charge est variable : « Il est difficile de donner un chiffre exact, le coût varie selon le nombre de parcelles piégées, leurs surfaces et le nombre d’agriculteurs dans le service », insiste la chargée de mission. Sur le site internet du parc, le responsable du service à Sainte Geneviève évoque pour sa Cuma un montant « d’en moyenne 500 € par an et par exploitation, variable en fonction des surfaces piégées ».
Relire : Comment mieux lutter contre le campagnol ?
On espère diminuer l'intensité des pics de pullulation pour amoindrir les dégâts
Quels résultats pour la lutte collective contre le rat taupier après quatre ans ?
Des éleveurs convaincus
Quatre ans après le lancement du premier service, les éleveurs sont satisfaits. « On a que des retours positifs » s’exclame Chloé Sillon. Mais elle reste humble sur les résultats. « D'un point de vue scientifique, c'est compliqué d'affirmer qu'on a vraiment des résultats. Il faudrait qu'on fasse des statistiques précises ».
Depuis la création des services, aucun pic de pullulation n’a été recensé. S’il apparaît impossible d’enrayer définitivement les pics, l’employée au PNR espère que ce mode de lutte fera « diminuer l'intensité des pics de pullulation pour amoindrir les dégâts ».
Moins de taupes dans les parcelles
Un autre indicateur permet d’apprécier le travail des piégeurs : les taupes sont moins présentes dans les parcelles. La lutte contre les campagnols est couplée au piégeage de ces autres ravageurs. Ces derniers sont surtout présents dans les phases de basse densité des rats taupiers.
Le choix de la lutte non-chimique
Aussi, depuis la mise en place des services, les piégeurs n’ont jamais utilisé de Ratron ou de phosphine (PH3). Et cela, même si leur utilisation n’était pas interdite lors de la construction du projet. « C’est un point positif pour la biodiversité, car la lutte chimique peut tuer les prédateurs des rongeurs », précise la coordinatrice des services au PNR.
Développer la lutte indirecte : favoriser les prédateurs du campagnol
Justement, au-delà de la lutte directe, le parc tente de sensibiliser les agriculteurs pour favoriser les prédateurs naturels du campagnol terrestre. Les actions menées par le parc consistent à informer les adhérents des Cuma sur la préservation des renards, vermines et rapaces. Mais aussi à installer des perchoirs et des nichoirs à proximité des parcelles.
Lire aussi : HugoClément vs Cédricagriculteur : les renards peuvent-ils éradiquer les rats taupiers?
Le campagnol terrestre, véritable ravageur des prairies
Réduire la pression des campagnols est essentiel pour les agriculteurs et les éleveurs. Ces rongeurs consomment les racines des plantes, ce qui impacte directement la quantité d’herbes disponibles dans les prairies. Aussi, les rats taupiers creusent de nombreuses galeries et forment des mottes avec l’excédent de terre à la surface, ressemblant à des taupinières. Le problème ? La terre se retrouve dans les foins lorsqu’ils sont fauchés ce qui altère leur qualité.
Le cycle de développement du campagnol comprend deux phases : une phase de basse densité où le nombre de rats taupiers est faible, puis une de pullulation, période durant laquelle le nombre d’individus s’emballe. « À ce moment-là, les conséquences peuvent être catastrophiques, il y a des prairies où plus rien ne pousse dans les cas les plus compliqués », rappelle Chloé Sillon.
Lire aussi : Les campagnols sous la loupe des chercheurs
Un livret en projet
D’autres collectivités ont sollicité le parc pour la création du même type de service sur leur territoire. D'après l'employée du parc, la rédaction d’un livret reprenant les étapes et les considérations économiques à prendre en compte dans la mise en place d’une lutte collective contre le campagnol est d’ailleurs en cours de réflexion au PNR « pour que toutes les personnes qui sont intéressées puissent se renseigner et construire leur projet ».