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« Le virus variant Gumboro a été vraiment insidieux sur mes poulets lourds »

Chez Pascal Laurent, un virus réassortant de la maladie de Gumboro, responsable d’immunodépression sur ses poulets lourds, a été maîtrisé grâce à une vaccination efficace et une biosécurité renforcée.

Pascal Laurent accompagné de son technicien Guillaume Gannat (à gauche) : « Poser le diagnostic et trouver l’agent responsable a été un premier soulagement. Je ...
Pascal Laurent accompagné de son technicien Guillaume Gannat (à gauche) : « Poser le diagnostic et trouver l’agent responsable a été un premier soulagement. Je finissais par me remettre en cause et à envisager d’arrêter la volaille. »
© A. Puybasset

Pascal Laurent est aujourd’hui plus serein et a repris goût à son métier d’éleveur. Ses lots de poulets lourds sont revenus à leur haut niveau de performances après avoir chuté durant de longs mois, en raison de soucis sanitaires. 

Lire aussi : Le virus de la maladie de Gumboro est toujours présent sur le terrain

L’index de performances est remonté autour de 400-410, alors que durant l’année 2022 il atteignait 340 voire 300 pour les lots les plus pénalisés avec des marges poussin aliment divisées par deux.

L’agent responsable : un virus variant de la maladie de Gumboro, qui a été particulièrement difficile à détecter « Ce virus Gumboro est vraiment sournois car ses effets directs ne sont pas visibles », explique Laurent Pascal, aviculteur depuis 1997, installé en Gaec avec son épouse à Brennilis dans le Finistère, sur un site d’exploitation isolé (peu de pression sanitaire) comprenant un atelier lait et deux poulaillers de 1 200 m2.  « Il ne provoque pas de mortalité comme par le passé mais a un fort effet immunodépresseur qui impacte les performances techniques. »

Une dégradation lente sur plusieurs lots

C’est à partir de fin 2021, que ces dernières ont commencé à se dégrader, de façon très progressive. « Cela s’est traduit sur plusieurs lots : surtout par une détérioration de l’indice de consommation (passant de 1,63 à 1,80 kg d’aliment par kilo de poids vif), des zones de litière humides, davantage d’hétérogénéité en fin de lot, des poulets moins dynamiques et plus frileux, puis par la présence de co-infections (coccidies, colibacilles, entérocoques), des pathogènes que l’élevage ne connaissait pas jusqu’à présent », décrit Guillaume Gannat, son technicien du groupement Huttepain Bretagne. 

Lire aussi : GPS, la plateforme qui croise santé animale et performances des lots de poulets

Ces signes ont des causes multifactorielles. « Nous avons d’abord pensé à un problème de réglage de la ventilation car celle-ci venait d’être rénovée dans les deux poulaillers mais l’optimisation des réglages n’a rien changé. »

Des co-infections par d’autres pathogènes

En juin 2022, un taux de perte anormalement élevé au moment du départ des femelles sonne l’alerte et la mise en place de nombreuses investigations, avec le vétérinaire de l’élevage, Claudio Chimienti. Le virus Gumboro ne semblait pas le premier suspect. L’élevage qui vaccinait depuis longtemps ses poulets contre la maladie bursite infectieuse avec un vaccin « chaud » pensait être à l’abri. Les sérologies ont confirmé la bonne prise vaccinale et les premières recherches de virus sauvage se sont révélées négatives. Le virus réassortant a pu être mis en évidence par un protocole de suivi plus poussé et une analyse par la méthode PCR avec séquençage, permettant de le différencier des souches sauvages classiques. « Dans cet élevage, il infectait probablement les poulets avant que l’immunité vaccinale se développe, la vaccination se faisant dans l’eau de boisson à 17 jours », suppose le vétérinaire.

Deux stratégies de lutte en parallèle

Le protocole de vaccination a donc été revu avec le passage à une nouvelle génération de vaccin immun-complexe du laboratoire Ceva Santé animale (1). Administré au couvoir, il favorise une immunité plus précoce. En parallèle, le protocole de nettoyage et de désinfection lors du vide a été renforcé : adaptation des protocoles de nettoyage et désinfection, maintien d’un lavage à l’eau chaude, ajout d’une seconde désinfection par thermonébulisation, nettoyage plus poussé du magasin, épandage de chaux puis de soude sur la terre battue, traitement insecticide pour éliminer les ténébrions qui sont des vecteurs du virus… « L’objectif est de ne rien laisser au hasard et d’agir sur toutes les zones où pourrait survivre le virus, très résistant dans l’environnement », souligne Guillaume Gannat. L’éleveur a aussi été particulièrement attentif au respect de la biosécurité externe, notamment pour les intervenants.

Plusieurs cas identifiés en France

Au Gaec du Yeun, c’est l’effet conjugué du nouveau protocole de vaccination et du renforcement de la biosécurité qui a permis de revenir à une situation sanitaire stable, au bout de quelques mois. « Poser le diagnostic et trouver l’agent responsable a été un premier soulagement, se rappelle l’éleveur qui a retrouvé le moral. Je finissais par me remettre en cause et à envisager d’arrêter la volaille. L’accompagnement de mon technicien et des vétérinaires a aussi été déterminant. » L’éleveur a pu compter sur l’accompagnement économique de son groupement lors des mauvais lots.

Lire aussi : 

Une centaine de cas de virus réassortants ont depuis été identifiés en France par le laboratoire Ceva Santé animale, confirmant que le virus Gumboro circule toujours. « Il peut être suspecté lors d’une baisse de performances inexpliquée », conseille Guillaume Gannat.

(1) Nextmune, vaccin congelé, disponible depuis octobre 2023

Le virus Gumboro n’a pas disparu mais a évolué au fil du temps, ce qui nécessite d’adapter le protocole de lutte.

Avis d’expert : Claudio Chimienti, du groupe Réseau Cristal

« Le virus réassortant Gumboro reste peu longtemps chez l’animal »

 

 

 

 

Claudio Chimienti, vétérinaire
Claudio Chimienti, vétérinaire © A. Puybasset

« Le virus réassortant IBV A3B1, présent dans l’élevage du Gaec du Yeun, a été particulièrement difficile à détecter. Les recherches classiques réalisées sur les lots précédents s’étant révélées négatives, un protocole de suivi très poussé a été mis en place sur trois lots consécutifs avec le laboratoire Ceva Santé animale : sérologie deux fois par semaine, histologie, prélèvements d’organes, analyses PCR avec séquençage… Ce suivi a montré que le virus variant restait seulement quelques jours dans l’animal (détection à partir de 21 jours puis décroissance à partir de 28 jours). Avec des prélèvements tardifs, classiquement réalisés en fin de lot vers 41-42 jours, le risque est de passer à côté du virus ! Il faut trouver la bonne fenêtre de prélèvements pour éviter les faux négatifs. Plus étonnant encore, nous n’avons jamais observé de lésions sur les Bourses de Fabricius, organe de l’immunité habituellement en première ligne lors d’une infection par un virus Gumboro. Seules des lésions ont été observées au niveau du Thymus. »

97 cas de virus sauvage identifiés en France

Des souches réassortantes du virus de la bursite infectieuse (maladie de Gumboro) sont détectées en Europe depuis 2017. Une cartographie réalisée en France par le laboratoire Ceva Santé animale a identifié 97 cas de virus sauvage entre janvier 2021 et juillet 2023.

Du fait de son effet immunodépresseur, cette souche est à l’origine d’une augmentation de 60 % de la sensibilité des poulets à la bactérie Escherichia Coli.

Plus difficile à diagnostiquer, le virus variant infecte plus tôt les poulets que le virus classique. La protection vaccinale est une course de vitesse : le virus vaccinal doit se développer avant le virus sauvage.

Sources Ceva

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