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Repro : Un suivi d’élevage au mois le mois basé sur des indicateurs

Au Gaec du Douaire, l’audit reproduction a mis en évidence des problèmes d’endométrites et de préparation au vêlage. Un suivi par le cabinet vétérinaire a été mis en place dans la foulée. Il repose sur des visites régulières et des indicateurs technico-économiques.

Le Gaec du Douaire est situé dans le Sud de la Mayenne, à une vingtaine de kilomètres de Laval. C’est un Gaec familial, constitué de quatre associés. Il y a sur l’élevage 120 Prim’holstein à la traite, avec un niveau d’étable de 30 kg de moyenne. Le système est en ration « semi-complète » : la complémentation individuelle est assurée par les éleveurs à la casserole avec une brouette. Les fortes productrices sont complémentées en fonction de leur niveau de production, et la ration est assurée par une mélangeuse automotrice en Cuma. Les vaches en lactation ont un accès au pâturage au printemps et à l’été. Elles sont logées dans une stabulation à logettes, et traites dans une salle de traite 2x6. L’élevage des génisses est conduit sur deux autres sites qui sont venus agrandir la ferme au cours des dix dernières années. Voilà rapidement brossé le tableau de l’élevage.

Beaucoup de vaches traitées pour endométrite

En 2011, le Gaec a acquis une nouvelle exploitation, augmentant le quota de 300 000 litres avec essentiellement des Normandes, absorbées rapidement par le troupeau de renouvellement. Cette année-là, aux dires d’Adrien Besnier, l’éleveur responsable du troupeau, « la repro, ça allait… ». Les inséminations et les constats de gestation étaient réalisés par le centre d’insémination. Le vétérinaire venait à la demande, souvent après les constats de gestation, pour regarder les vaches en post-partum et les vaches trouvées vides à l’insémination. En fonction des diagnostics, des protocoles de resynchronisation ou de traitement des kystes étaient mis en place. Les vaches « sales », présentant de l’endométrite, étaient traitées avec de la céfapirine en intra-utérin (métricure).

Après quelques visites du vétérinaire, il se trouve qu’un nombre important de vaches était traité pour des endométrites. Celles-ci pouvaient avoir plusieurs causes : résultats d’un vêlage assisté, non-délivrance, cause infectieuse (bactérienne, parasitaire), déficit immunitaire souvent en lien avec un déficit énergétique…. Il s’est avéré que ces vaches ne démarraient pas comme elles auraient dû en lait. Elles ont donc été testées pour dépister une éventuelle cétose. La plupart des vaches à endométrite présentait un taux supérieur à la norme supérieure (1,2 mmol/l). En plus de l’antibiotique intra-utérin, il a été nécessaire de traiter la cétose à l’aide de précurseurs de glucose (monopropylène glycol). Il y avait donc un problème à régler : les vaches ne montaient pas en lait comme l’éleveur le souhaitait. La décision a été prise de faire le point sur la reproduction mais aussi, et surtout, sur la préparation au vêlage. Un rendez-vous a été pris pour un audit.

Un audit incluant la conduite du tarissement

Cet audit commence par l’étude des documents (bilan contrôle laitier, bilan repro…) et une discussion sur la manière de réaliser le tarissement. Les vaches taries sont ensuite observées, notées (note d’état corporel et score de remplissage de rumen) et analysées (pH urinaire, corps cétonique BHB sur le sang).

Au terme de cette visite, qui a duré trois heures, il est ressorti un certain nombre de choses :

- un intervalle vêlage-vêlage de 452 jours (objectif à 400 jours) ;

- un nombre d’endométrites importants : 28 métricures utilisés sur 105 vaches (objectif inférieur à 10 %) ;

- une diète alimentaire (paille/foin) est pratiquée la première semaine du tarissement. C’est contre-indiqué, car cette diète provoque un stress important qui peut être très néfaste. Il faut passer directement à la ration de tarissement ;

- le bilan alimentaire anion cation (Baca) de la ration de préparation n’est pas bon. En effet, les pH urinaires des vaches en préparation au vêlage sont supérieurs à 7,5. Normalement, le pH urinaire se situe entre 6,5 et 7,5 dans ce type de ration. Mais dans cet élevage, le bicarbonate de sodium augmente le Baca(1). Il a donc été décidé de le retirer de la ration de tarissement, et l’acidification est assurée par l’ajout de 80 g de chlorure de magnésium.

 

Mise en place d’un suivi au mois le mois

À la suite de cette visite, le Gaec du Douaire a décidé de passer en suivi d’élevage avec la clinique vétérinaire. Ce programme consiste en une à deux visites mensuelles au cours desquelles le vétérinaire s’occupe des vaches en lactation : fraîches vêlées, contrôle d’involution et d’endométrite, vaches non vues en chaleur ou vaches vides et aussi les constats de gestation, les confirmations de gestation et le sexage. Les vaches taries sont également visitées régulièrement et contrôlées. Le coût du suivi est de 4 €/1 000 l/an. L'audit a été bénéfique mais il n’est qu’une photo. Le suivi, c’est le film.

Les corrections apportées ont permis de limiter le nombre d’endométrites, de pouvoir inséminer plus tôt et donc d'améliorer la fécondité. Le problème de Baca cache bien d’autres problèmes que les endométrites « visibles » : il n’est que la partie émergée de l’iceberg. En corrigeant le Baca et en supprimant la diète au tarissement, l’ensemble du démarrage en lactation et donc aussi la reproduction ont été améliorés. En clair, les vaches sont mieux après vêlage, ingèrent mieux, délivrent mieux et font moins de cétose en début de lactation.

La « repro » est devenue un leitmotiv pour l’éleveur. Au-delà de l’amélioration des résultats de reproduction, l’audit a surtout permis de créer un partenariat éleveur-véto en débouchant sur un suivi avec visites régulières. Ce suivi impose d’être performants pour pouvoir maintenir tous les indicateurs au vert.

(1) Un Baca positif au tarissement peut provoquer de l’hypocalcémie autour du vêlage avec des risques plus élevés de non-délivrances, métrites et endométrites.

Un suivi d’indicateurs technico-économiques

° Toutes les visites sont encodées dans un programme afin de voir l’efficacité du travail et de pouvoir s’appuyer sur des indicateurs. Sont utilisés les indicateurs technico-économiques suivants : IVV, IV-IA1, IV-IAF, jours moyen en lait, lait produit par jour de vie, taux de gestation, taux de détection, taux de réussite. Ce suivi d’indicateurs permet d’évaluer la qualité du travail, aussi bien d’un point de vue éleveur que vétérinaire.
° La repro reste un axe majeur, elle est au centre de l’économie. Une repro qui va bien, c’est un troupeau qui produit bien. L’audit repro a permis d’améliorer tous les paramètres de la repro. Les endométrites ont réellement diminué : 28 en 2015, 20 en 2016 et 17 en 2017. Et 50 jours d’intervalle vêlage-vêlage (IVV) ont été gagnés. Adrien Besnier pratique depuis deux ans l’IPE (insémination par l’éleveur). Malgré ses craintes, les données repro ne se sont pas dégradées, bien au contraire. La décision a été prise d’inséminer assez tôt pour pouvoir maintenir un IVV autour de 390 à 400 jours
° La  marge sur coût alimentaire est calculée trois à quatre fois par an. En moyenne sur l'année, elle se situe autour de 7,5 €/VL avec un prix du lait à 385 €/1 000 l (Bel). Elle est dans la fourchette haute des élevages suivis par le cabinet (entre 5 et 8 €/VL).

Avis d'éleveur : Adrien Besnier, associé du Gaec du Douaire

« Le suivi, c’est avant tout du préventif »

 

 
Adrien Besnier, associé du Gaec du Douaire © O. Crenn

« Un regroupement de troupeau est une étape délicate pour les vaches. Les résultats ont tendance à se déconnecter des objectifs et la nouvelle dimension de troupeau nous met en réflexion sur le futur suivi des animaux. L'intérêt du suivi au mois le mois est justement d'obtenir de l'assiduité dans notre travail et d'intervenir à temps. Chaque vache non inséminée à temps est examinée. 50 jours d’IVV de gagné, c'est un mois et demi de lait sur la lactation. Quand un tarissement est réussi, derrière les objectifs sont à la hauteur. Aujourd'hui, le suivi passe avant tout par du préventif et rarement du curatif, et cela apparaît sur l’économie du système. »

Le saviez-vous ?

La cétose est la mobilisation excessive des graisses corporelles qui se traduit par une production de corps cétoniques. La détection se fait grâce à une prise de sang et à l’analyse d’un de ces corps cétoniques : le béta hydroxybutyrate (BHB). L’analyse se fait directement en ferme à l’aide d’un lecteur portable Freestyle Neo. La norme supérieure au-delà de laquelle il y a cétose est de 1,2 mmol/l.

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