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" Nous avons réduit notre IFT en intégrant la prairie dans notre rotation "

Le Gaec des Vergers, en Ille-et-Vilaine, a implanté plus d'herbe pour allonger les rotations. Il a réduit son utilisation des produits phytosanitaires grâce à une combinaison de leviers.

Le Gaec des Vergers est à une vingtaine de kilomètres de Rennes, en zone vulnérable et sur un bassin versant sensible. En 2009, sur proposition du syndicat de bassin versant, le Gaec s'engage dans une première MAE de réduction des herbicides. " Nous avons bien fait. Certains herbicides ont été interdits en 2011 sur notre bassin versant ", raconte Jean-Paul Ronsin, un des trois associés. L'objectif d'alors était de réduire de 60 % l'Indice de fréquence de traitement (IFT) herbicide en cinq ans par rapport à l'IFT de référence (référence locale en système polyculture-élevage).

1 L'allongement de la rotation avec une prairie

" Avant, nous faisions une rotation blé-maïs, parfois de l'orge. Les prairies n'entraient dans la rotation que pour être regénérées. Il nous semblait simple de réduire les herbicides grâce à l'augmentation de notre surface en herbe pour allonger la rotation ", indique l'éleveur.

Suite à l'installation du fils de Jean-Paul en 2013, des terres sont reprises. Le Gaec commence son changement d'assolement et de rotation avec plus d'herbe, et il souscrit une MAE système. Le cahier des charges impose 28 % de maïs maximum dans la SFP, 55 % d'herbe minimum dans la SAU, 800 kg de concentrés achetés par UGB maximum, et un objectif d'IFT à atteindre avec zéro régulateur de croissance. " Du coup, nous avons arrêté l'orge, plus sensible à la verse. "

Depuis, l'IFT total de l'exploitation a fortement baissé pour atteindre un très bas niveau à 0,53 en 2018. L'introduction de la prairie dans la rotation est un puissant levier de réduction de tous les produits phytosanitaires.

Les prairies entrant dans la rotation sont composées de ray-grass hybride et trèfle violet. Les parcelles dédiées à la fauche comportent aussi de la luzerne, fétuque élevée, trèfle incarnat... " La prairie vient souvent après un blé. Je réalise un faux semis avec le déchaumeur et les repousses de céréales sont détruites avec un cultivateur. Je sème en fin d'été avec un déchaumeur combiné au semoir. "

Le Gaec a 19 hectares de prairies de longue durée autour des bâtiments. " Je les regénère petit à petit avec 1 à 1,5 hectare de betterave ou de maïs chaque année. Je ne fais jamais une prairie sur prairie. Je profite du précédent prairie pour une culture annuelle. Et de la coupure de la culture annuelle pour repartir sur une prairie "neuve". " 

2 Du désherbage mécanique

Le Gaec substitue les herbicides par du désherbage mécanique quand c'est possible. Le matériel est en Cuma, comme le matériel de travail simplifié. " Dans le maïs, je passe très rarement la herse étrille. Je travaille à la houe rotative, juste après le semis ou après le stade deux feuilles. Et à la bineuse à partir de 10 feuilles. " Mais l'année dernière, les fenêtres météo étaient très courtes et la disponibilité du matériel a fait défaut. " Du coup, on a juste passé la houe, et il a fallu faire un traitement chimique. Pour être sûr d'avoir la bineuse dès que la météo est favorable (sol portant, conditions séchantes pour une meilleure destruction naturelles des plantes arrachées), il faudrait être moins nombreux sur un matériel. "

" Nous avons vu le retour des vivaces au bout des cinq ans de la MAE herbicide. Notre changement de rotation n'était pas encore en place. Cela montrait clairement que la réduction des herbicides associée à la réduction de travail du sol avait un effet boomerang sur les mauvaises herbes ", expose Jean-Paul Ronsin. Aujourd'hui, la gestion des adventices sur blé nécessite toujours 1,17 IFT. Le seul traitement sur maïs est un herbicide pour maîtriser les vivaces en post levée.

3 Un couvert étouffant et gélif

" Cela fait vingt ans que nous couvrons le sol entre un blé et un maïs ", indique Jean-Paul Ronsin. Au départ, c'était une exigence de la directive nitrates. Aujourd'hui, c'est une évidence agronomique aux multiples effets positifs : pour améliorer la vie du sol et sa structure, faire un retour de carbone et éléments fertilisants au sol, et concurrencer les adventices. Le Gaec met un mélange de phacélie, radis chinois et navet, sensibles à la gelée. L'objectif est de couvrir le sol le plus rapidement possible. " Il y a deux ans, la Cuma a acheté un semoir en ligne combiné à un déchaumeur. On sème aussi les céréales et l'herbe avec. On détruit le couvert au déchaumeur à disque après l'apport de fumier en mars. "

4 Des variétés peu sensibles

Pour le blé, le Gaec fait ses semences fermières et mélange des variétés de blé tolérantes à la septoriose et à la rouille jaune. " Aujourd'hui, il y a trois variétés mélangées. Avec l'effet de la rotation, cela permet de fortement réduire les fongicides. On est passé d'environ trois à un passage. " Et il n'y a plus d'insecticide.

5 Favoriser une bonne vigueur au départ du maïs

Jean-Paul Ronsin choisit des variétés de maïs avec une bonne vigueur au départ. Il sème le maïs plus tard, pour qu'il démarre plus rapidement : 8 à 15 jours après les premiers semis de la région fin avril début mai. " Avec un démarrage plus rapide, la période pendant laquelle le maïs est sensible au taupin est écourtée. D'une façon générale, tout ce qui favorise la vigueur au départ va dans le bon sens : choix génétique, date de semis retardée, apport d'azote et de phosphore pour un effet starter, soit sous forme minérale soit sous forme organique (fiente de volaille, lisier de porc) ", commente David Bouillé, animateur du groupe Dephy ferme.

Dans les parcelles à risque taupin, " je vais essayer de semer du blé dans le rang du maïs. Le blé pousse avant le maïs et agit comme un leurre pour le taupin ", ajoute Jean-Paul Ronsin. 

Le blé aussi est semé plus tard, vers le 10-15 novembre, pour éviter les attaques de puceron d'automne. " Avec le réchauffement climatique, cette stratégie d'évitement risque d'être moins efficace. "

6 Garder du travail du sol

Le Gaec n'utilise plus de glyphosate depuis la première MAE il y a dix ans. À l'époque, le labour était systématique pour maîtriser les adventices. " Puis nous nous sommes mis au travail du sol simplifié - avec le déchaumeur combiné au semoir, et le cultivateur - pour améliorer la vie du sol et limiter l'érosion. Mais nous gardons du labour après prairie et avant betterave pour assurer une parcelle propre. J'essaye de labourer peu profond à environ 20 cm, mais ce n'est pas précis avec les charrues actuelles. L'idéal serait une charrue déchaumeuse qui travaille à 15 cm de profondeur, qui scalpe et retourne la terre ", développe Jean-Paul Ronsin.

7 Du biocontrôle

Le Gaec utilise depuis deux ans un enrobage des semences de betterave et de maïs pour stimuler l'enracinement de la plante (biostimulant EcoBios) et réduire ainsi le risque d'attaques à la levée (10 €/ha). " Il y a des choses à tester pour se passer des traitements de semence, comme le vinaigre contre l'ergot ", ajoute l'éleveur.

La MAE système se termine en 2022 et Jean-Paul Ronsin estime qu'il faut déjà maîtriser toutes ces évolutions. " En outre, il y a de gros retard de paiement des MAE et, malgré les acomptes, la trésorerie est très tendue. L'investissement dans les semences de prairies met un peu de temps à s'amortir. Donc on ne peut pas prendre plus de risques, qui ne sont pas compensés par la baisse des charges. Nous avons pensé au bio, mais notre surface accessible aux vaches laitières est restreinte. "

Un système plus robuste face aux aléas

L'augmentation de la surface en herbe répond aussi à l'objectif du Gaec d'améliorer son autonomie alimentaire, notamment protéique, pour conforter les résultats économiques. " Avec un régime plus riche en herbe et moins consommateur de concentrés, le rendement laitier des vaches a baissé. Mais les frais vétérinaires et le coût alimentaire aussi. Au final la marge laitière reste à peu près la même, mais notre système est plus robuste et plus en phase avec les attentes sociétales ", développe Jean-Paul Ronsin. L'éleveur considère qu'il n'y a pas plus de travail, malgré la mise en place du désherbage mécanique.

" Il faut tolérer un peu de salissement et un peu d'attaques, pour baisser l'IFT ", indique l'éleveur. Surtout qu'au final, le rendement du blé est stable, autour de 80 quintaux ces cinq dernières années (sols limoneux argileux à bon potentiel). Les charges ont baissé et la marge est à peu près équivalente voire meilleure. Pour le maïs (15 tMS/ha), le constat est le même.

Chiffres clés

133 ha de SAU
117 vaches laitières à 7 500 l/VL
- 75 % de baisse d'IFT total en cinq ans : de 2,11 à 0,53 ; IFT herbicide : de 0,98 à 0,42 ; IFT hors herbicide : de 1,13 à 0,11

L'assolement

76 ha d'herbe dont 50 ha entrent dans la rotation

27 ha de maïs dont 16 ha de maïs ensilage, 6 ha de maïs épi et 5 ha de maïs grain autoconsommés

26 ha de blé

3 ha de betterave

Un système plus herbager

De 1997 à 2018 : diminution de la surface en maïs et en blé, augmentation de la surface en herbe.

L'introduction d'une prairie dans la rotation

Prairie de 3 ans RGH-TV / Maïs épi / Blé tendre d'hiver / Prairie ou couvert gélif suivi d'un maïs ensilage

Pas d'évolution forte sans changement de système

David Bouillé, animateur du groupe Ecophyto Dephy, revient sur les évolutions du groupe.

" La première étape s'est concentrée sur la gestion des adventices, en lien avec la MAE herbicides que 25 % des exploitations du bassin versant ont souscrite en 2009. Deux leviers ont été combinés : la recherche d'efficience des interventions chimiques (conditions d'intervention optimales, renouvellement de matériel performant, réduction de dose) ; et les pratiques de substitution comme le désherbage mécanique, la gestion alternée du labour, les intercultures concurrentielles. Puis le travail a porté sur le volet hors herbicide, avec le choix de mélanges variétaux pour supprimer au moins un fongicide et le régulateur de croissance.

L'IFT moyen du réseau a diminué jusqu'en 2014, mais la réduction est plus compliquée pour les herbicides, avec des écarts entre exploitations. Quand les rotations restent courtes en blé-maïs, sans prairie y entrant régulièrement, il y a des impasses techniques, avec des vivaces qui apparaissent et restent tenaces. Les exploitations qui parviennent à baisser fortement leur IFT, et notamment l'IFT herbicide, sont celles qui intègrent la prairie dans la rotation.

Depuis, d'autres agriculteurs se sont engagés dans la diversification de leurs cultures, en introduisant des pérennes (prairies, luzerne). Ils cherchent à améliorer leur autonomie protéique. Les agriculteurs visent aussi à mieux valoriser les effluents et les éléments nutritifs apportés par les plantes et le travail des microorganismes du sol. Nous suivons donc des indicateurs tels que le nombre de vers de terre dans le sol, la consommation d'azote minéral avec un objectif d'apport inférieur à 60 UN/ha... Pour avancer plus vite, nous développons les échanges avec d'autres groupes d'agriculteurs comme la FDCeta 35, et l'appui de l'Université de Rennes. "

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