Aller au contenu principal

La complémentation de précision n’apporte pas de plus-value pour les vaches laitières

Les résultats du projet Harpagon montrent qu’une complémentation individuelle selon la réponse au concentré des vaches est difficile à réaliser et n’améliore pas les performances moyennes du lot.

<em class="placeholder">Amélie Fischer d&#039;Idele</em>
« Finalement, le mode d’allocation du concentré entre les vaches a très peu d’impact sur les performances moyennes du lot », indique Amélie Fischer, d'Idele.
© V. Bargain

« Quand on baisse le concentré distribué en complément de la ration de base, les réponses des vaches sont variables », a expliqué Valentine Landais, d’Idele, lors d’une journée de restitution du projet Harpagon, qui visait à proposer de nouvelles règles de pilotage des concentrés selon la réaction individuelle de chaque vache. « Beaucoup compensent en mangeant un peu plus à l’auge, sans baisser en lait ou en baissant modérément. Certaines toutefois compensent peu à l’auge et baissent beaucoup en lait. Mais les réactions ne sont pas répétables. »

Dans un essai sur 59 vaches où le concentré était abaissé de 4 kg/j à 1 kg/j pendant trois semaines, 56 % des vaches ont mangé un peu plus à l’auge, 24 % beaucoup plus et 20 % n’ont pas compensé. 38 % ont maintenu leur production, 35 % l’ont baissée modérément et 27 % l’ont beaucoup baissée. Mais quand le challenge a été répété trois fois, les vaches n’ont pas toujours eu la même réaction.

Peu de différences sur les performances

Un autre essai, avec 69 vaches réparties en trois lots, a comparé une complémentation individualisée distribuée selon la réponse de chaque vache au concentré (lot Harpagon), à un lot nourri en ration complète et un autre en ration semi-complète, avec une même quantité moyenne de concentré par lot (2,4 kg/VL/j). La conclusion est qu’alimenter selon la réponse des vaches ne change pas les performances. « À même budget de concentré, la complémentation individuelle, qu’elle soit classique ou « de précision », c’est-à-dire adaptée à la réponse individuelle de chaque vache, n’apporte pas de plus-value par rapport à une complémentation commune à l’ensemble des vaches, concluent les expérimentatrices. La ration complète est la plus simple. Les rations semi-complètes, de plus en plus courantes avec les DAC et les robots, permettent un peu d’optimiser les performances, mais souvent avec plus de concentré. »

Dans cet essai, toutes les vaches ont d’abord connu trois semaines et demi de restriction de concentré de production (passage de 5 à 1 kg/VL/j). Elles ont ensuite été alimentées pendant douze semaines et demi, soit en ration complète, soit en ration semi-complète, soit individuellement en fonction de la réponse de chacune à la baisse de concentré de production observée durant la phase de restriction. Les vaches ayant eu la meilleure réponse à la baisse de concentré ont été moins complémentées.

« Il y a eu très peu de différences en moyenne entre les lots sur l’ingestion à l’auge et au DAC, le lait brut et corrigé, la note d’état corporel et l’émission de méthane », rapporte Amélie Fischer, d’Idele. Pour dix vaches du lot Harpagon (majoritairement des primipares), qui ont compensé davantage à l’auge et ont moins baissé en lait suite au challenge, une alimentation de précision a permis de faire quelques économies en concentré sans conséquences sur les performances zootechniques. Mais cette stratégie n’est pas souhaitable étant donné qu’elle n’apparaît pas répétable.

 

« L’alimentation à volonté est la base »

« Pour qu’une vache puisse compenser une baisse du concentré, la ration de base doit être vraiment distribuée à volonté », insiste Julien Jurquet, d’Idele. Dans l’essai sur la baisse de concentré de 4 kg/j à 1 kg/j, Idele a comparé un lot de vaches ayant une ration de base à volonté et un lot ayant une offre limitée. Dans le lot alimenté à volonté, les vaches ont compensé la baisse de concentré en augmentant leur ingestion à l’auge. « Le lot avec alimentation limitée n’a par contre pas pu compenser cette baisse et a produit 1,8 kg/j de lait brut en moins quand le concentré a diminué, indique Julien Jurquet. Les vaches mangeaient de plus très vite quand la ration était distribuée et prenaient leur dernier repas à 17 h, contre 22 h pour le lot alimenté à volonté, ce qui peut entraîner des problèmes métaboliques. »

La différence de volume distribué était pourtant peu visible à l’œil. « Pour que l’alimentation soit vraiment à volonté, il faut 5 % de restes. Il faut donc peser la ration et vérifier régulièrement son matériel de pesée. » Des vidéos la nuit peuvent aussi permettre de voir le comportement des vaches et si elles manquent d’alimentation.

 

En savoir plus

Tous les résultats des essais menés à la Ferme des Trinottières dans le cadre du projet Harpagon sont disponibles sur le site internet du projet https://idele.fr/harpagon/

Les plus lus

<em class="placeholder">Bovins lait / sécheresse / prairie desséchée / troupeau laitier au pâturage en Poitou-Charentes</em>
Assurance prairies : « Tous les hectares de prairies, assurés ou non, peuvent bénéficier d’une indemnité en cas de pertes de rendement de plus de 30 % »

Face à un épisode de sécheresse qui continue de s’étirer dans le temps sur la majeure partie de la France, les pertes de…

<em class="placeholder">ragondin</em>
Avortement de génisse au pré : quand les ragondins entrent dans l’enquête
Chez les bovins, la leptospirose cause des troubles de la reproduction, notamment des avortements dans la seconde moitié de…
<em class="placeholder">David Cartron dans une parcelle de maïs impactée par la sécheresse</em>
Sécheresse : « La priorité, c’est de trouver du maïs et de préparer les stocks 2027 », en Vendée

En Vendée, la sécheresse et les périodes de canicule ont fortement impacté la constitution des stocks de fourrage. Pour tenir,…

Deux cas d'orthobunyavirus formellement détectés en Normandie

Jusqu'à présent principalement identifié dans l'Est de la France ainsi qu'en Suisse et en Allemagne, l'orthobunyavirus vient d…

<em class="placeholder">Les quatre associés du Gaec de la Verne dans la stabulation</em>
Dérobées : « Avec l’association ray-grass et légumineuses couplée aux méteils, nos silos d’herbe sont remplis pour toute l’année dès le printemps », en Saône-et-Loire

Le Gaec de la Verne, en Saône-et-Loire, récolte depuis vingt ans des dérobées avant maïs pour sécuriser le stock d’herbe. Des…

<em class="placeholder">De gauche à droite : Florian et Stéphanie Morel avec Emmanuelle et Ludovic Billard.</em>
Congés : « Nous nous aidons entre éleveurs voisins et nous dégageons un week-end sur deux de repos et au moins quinze jours de vacances par an » dans les Côtes-d’Armor
Dans les Côtes-d’Armor, Emmanuelle, Stéphanie, Florian et Ludovic s’entraident entre leurs deux fermes pour pouvoir se dégager un…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 91,80€/an​ TTC
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière