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« J’utilise zéro antibiotique pour élever mes veaux laitiers »

Dans les Côtes-d’Armor, le Gaec Restquelen enregistre 3,3 % de mortalité périnatale sur les quatorze derniers mois. Les éleveurs associent un protocole mêlant un démarrage facile dans la vie et une hygiène drastique.

« Si je veux élever des veaux sans médicament ni désinfectant, je dois être protocolaire », assène Gwenn Clochet. L’éleveuse, en Gaec avec son mari Thierry, semble avoir trouvé sa marche à suivre : « Sur les cent quarante-huit derniers vêlages, cinq veaux sont morts dont deux qui sont nés avant terme ». Elle enchaîne : « Aujourd’hui, je ne soigne plus mes veaux, je les nourris. C’est un plaisir. »

Fiche élevage

Le Gaec Restquelen

1 300 000 litres de lait produits

120 prim’Holstein

11 000 litres par vache

2 associés et un salarié quatre jours par semaine

185 ha de SAU

La nurserie en trois parties

Gwenn Clochet boude d’autant moins son plaisir que les résultats n’ont pas toujours été aussi satisfaisants. Elle raconte : « Notre première nurserie, en 1993, était une annexe du bâtiment des vaches laitières. » La charpente, trop haute, générait des volumes d’air trop importants, engendrant des problèmes pulmonaires.

Les éleveurs passent alors en niches individuelles. « Je devais réaliser six actions par animal : donner le lait, l’eau, le foin, l’aliment, nettoyer la courette et pailler. Je manquais de temps. Et puis soudainement, nous avons eu la cryptosporidiose : 90 % de morbidité, 50 % de veaux perfusés, 25 à 30 % de mortalité. »

Gwenn et Thierry décident de changer leur système : ils se renseignent, visitent des bâtiments chez des confrères, se font aiguiller par leur distributeur de poudre de lait. « Il ne faut pas hésiter à demander conseil, à se remettre en question et surtout ne pas rester seul face aux problématiques. »

Ils optent, en 2013, pour une nurserie en trois parties : la pouponnière, les cases collectives, le local technique. Le bâtiment est entièrement construit par Thierry, exceptée la maçonnerie car ils souhaitent des dalles béton dont les pentes garantissent l’écoulement des jus. « Les niches sont sur caillebotis. Les jus tombent dans des rigoles. Les pentes sont légères mais elles permettent de garder une litière sèche qui contribue à une bonne ambiance générale. » Une station météo enregistre la température, la ventilation, l’hygrométrie. Les cases collectives sont bardées, à mi-hauteur, par des boudins d’air gonflables, au pouvoir brise-vent, pour réguler l’ambiance en fonction des paramètres enregistrés.

La première des règles est l’hygiène

« Personne n’entre dans la nurserie, pas même l’acheteur de veaux. Je me lave les bottes et les mains plusieurs fois par jour. Je n’utilise pas de désinfectant, seulement de l’eau et du savon noir. » Le matériel qui sert à l’alimentation des veaux est lavé et mis à sécher après chaque utilisation. La sonde pour la première buvée trempe en permanence dans la Betadine entre chaque utilisation. « J’en ai une de rechange, au cas où. »

Dans la pouponnière, neuf places sont réservées aux jeunes veaux. Gwenn Clochet a investi dans trois niches supplémentaires, afin d’assurer un roulement serein. « Quand un veau naît, la niche est déjà prête. Je n’ai pas à nettoyer dans l’urgence. » Après le départ du veau, la niche, montée sur roulettes, est lavée à l’extérieur du bâtiment au nettoyeur haute pression dédié à la nurserie. « Notre salarié, Benjamin, nettoie à l’eau froide dans les moindres recoins, les angles, les barreaux, etc. Il n’utilise pas de désinfectant. »

Faciliter le vêlage et tout simplifier

Les éleveurs sélectionnent les taureaux pour leur facilité de vêlage et font d’une pierre trois coups : une simplicité de travail pour eux, des vêlages faciles pour la mère et une naissance la moins traumatisante possible pour le veau. « Nous attendons que le veau soit bien léché, qu’il soit sec et qu’il tienne debout pour le séparer. Le nombril est désinfecté à la teinture d’iode. »

Quand il arrive dans la nurserie, il est placé dans la pouponnière, sous la lampe infrarouge pendant deux ou trois jours. L’éleveuse lui donne quatre litres de colostrum – préalablement décongelé – à l'aide d'une sonde, le recouvre de paille et le laisse pendant vingt-quatre heures, le temps que « passe sa gueule de bois », sourit-elle.

Il reste quinze jours en pouponnière. Sa carte d’identité est collée sur sa case. Gwenn y note son nom, son jour de naissance et les informations complémentaires, comme « J + 8 » pour signifier que le veau est né huit jours après terme. « Chez nous, la cryptosporidiose n’a pas disparu mais elle ne se remarque plus grâce à notre vigilance. »

 

Côté éco

80 000 € d’investissement dans la nurserie : maçonnerie, station météorologique, tubulaires, niches à veaux, nettoyeur haute pression dédié à la nurserie, tôles isolées, système canadien

• Moins de 3 € de frais vétérinaires pour mille litres de lait

3,3 % de mortalité périnatale sur les quatorze derniers mois

Le colostrum comme seul médicament

Dans le local technique de la nurserie, un tableau récapitule les consignes. Le veau a de l’eau à volonté dès J + 1. La première semaine, il boit deux fois 2 litres de lait puis la semaine suivante deux fois 2,5 litres. « Je pèse la poudre de lait, car la densité n’est pas la même dans le haut et dans le bas du sac. Si le veau ne finit pas son repas, au moindre doute, je lui donne du colostrum, en fonction de ce que j’ai en valeur. Le colostrum retapisse l’intestin. C’est mon seul médicament. Je surveille les bouses et je garde la litière toujours propre. » La température de l’eau pour mélanger la poudre est mesurée : 55 °C pour une arrivée du mélange dans le milk-bar à 40 °C. À partir de J + 5, Gwenn donne de l’argile en poudre, « un pansement gastrique naturel ».

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