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Inde : quelles sont les forces et les faiblesses du premier producteur de lait mondial ?

Le potentiel de développement de la production laitière indienne est incontestable, mais de nombreux obstacles rendent peu probable la venue de ce pays sur le terrain de jeu des exportateurs réguliers de produits laitiers.

Elevage bovin indien. Bufflonnes sur une exploitation indienne. bovins viande au pâturage.
Même si l'Inde réussit à augmenter sa collecte et ses exportations, ce sera sans doute pour viser la diaspora indienne dans le monde, avec des recettes indiennes. Donc, en dehors d'écoulements d'excédents ponctuels, il y a peu de risques de concurrence pour les produits laitiers européens.
© V. Quartier

L’Inde deviendra-t-elle un pays exportateur important et régulier ? « C’est la question que se pose la filière laitière européenne alors que la Commission européenne veut conclure un accord commercial de libre-échange avec l’Inde et que le potentiel de croissance à cheptel constant est très important », a planté Marion Cassagnou, d’Atla (association de la transformation laitière associant les coopératives et les industriels privés), lors de la journée Marchés mondiaux organisée par l'Institut de l'élevage.

Des exportations opportunistes

Les craintes sont fondées : la production laitière indienne a connu une forte hausse entre 2010 et 2018 : +5 % par an. En 2021 et 2022, l’Inde a exporté davantage de beurre et de poudres maigres qu’en 2020. Mais c’était avant tout le fait d’une demande intérieure perturbée, par le Covid en 2021 et par les prix élevés à la consommation en 2022. Il lui fallait écouler ses excédents.

Dès 2023, l’Inde est devenue importatrice nette : les exportations ont plongé et les importations ont augmenté. En cause, la production de lait a peu progressé : de +1,5 % en 2022 et de +2,5 % en 2023, pour atteindre 207 millions de tonnes. Alors que la demande était dynamique.

Une hausse de la consommation

« La demande intérieure est tirée par une population qui continue d’augmenter (+12 millions d’habitants par an), une consommation par habitant qui progresse, l’urbanisation qui se poursuit avec une hausse du revenu moyen et une appétence pour les régimes protéinés à base de fromages, glaces, boissons lactées », poursuit Marion Cassagnou, pour montrer que la hausse de la production est absorbée par la demande intérieure.

La dermatose et les canicules pèsent sur la production

En 2022 et 2023, la production laitière a peu augmenté à cause d’une maladie, la dermatose nodulaire contagieuse. « Elle serait responsable d’une baisse du potentiel de production nationale de 2 à 3 %, selon des opérateurs indiens. » La dermatose nodulaire affaiblit les animaux, affecte leur fertilité et provoque de la mortalité : environ 250 000 bovins morts entre 2022 et 2023 selon les estimations de l’USDA, sur un cheptel bovin d’environ 308 millions de têtes.

Pas de volonté de cultiver des fourrages

Autre frein à une croissance laitière : des pics de chaleur plus intenses et plus longs et un problème d’accès aux fourrages et de disponibilité en eau pour l’abreuvement des bovins.

En Inde, les petits propriétaires de 3 à 20 vaches (25 % des élevages, 55 % du cheptel) ont quelques terres pour des cultures vivrières, et ce sont les coproduits de ces cultures qui sont donnés aux animaux, ainsi que l’herbe sous les arbres. En somme, ils ne produisent pas de fourrages sur leurs terres. D’une façon générale, les Indiens ne veulent pas consacrer des surfaces spécifiquement aux fourrages, pour éviter une concurrence avec les cultures dédiées à l’alimentation humaine.

Un effort génétique qui pourrait faire bondir le rendement laitier

Pour que le pays devienne un exportateur régulier, il faudrait que la collecte se développe davantage. Elle ne représente encore qu’un quart de la production laitière aujourd’hui. Ce qui impliquerait des fermes plus grandes. « Aujourd’hui, les élevages de plus de 20 vaches ne pèsent que 1 % des fermes laitières et il n’y a pas de soutien politique à ces grandes fermes. Les politiques soutiennent plutôt les éleveurs de 1 à 2 vaches (75 % des élevages), garants de la sécurité alimentaire en zone rurale, pour éviter un exode rural massif », détaille Marion Cassagnou.

Certains leviers permettraient de faire exploser le rendement laitier : assurer une alimentation et un abreuvement correct des vaches, zébus et buflonnes indiens. Et poursuivre les croisements avec des races européennes qui donnent des vaches croisées plus productives : 8 kg de lait par jour, contre 4 kg par jour pour une vache indigène zébu et 6 kg pour une bufflonne.

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