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Gérer une épidémie de fièvre aphteuse ou de Covid-19, une question d'urgence

L'épidémie de coronavirus qui nous arrive aujourd'hui, les bovins et les éleveurs y sont confrontés aussi lors de toutes les grandes épidémies. Heureusement qu'en France nous avons su être plus réactifs lors de l'épisode de fièvre aphteuse de 2001 !

Rotoluve en ferme : un geste barrière pour éviter l’introduction ou la sortie du virus sur les roues des véhicules. © J.-M.Nicol
Rotoluve en ferme : un geste barrière pour éviter l’introduction ou la sortie du virus sur les roues des véhicules.
© J.-M.Nicol

Les trois quarts des maladies émergentes humaines sont des zoonoses, c’est-à-dire des maladies issues des animaux ou partagées avec eux. L'épidémie de coronavirus en est une, qui met d'autant plus à mal notre sécurité sanitaire qu'elle circule avec aisance dans une population sans réelle culture sanitaire, sans préparation aux gestes barrières et sans tout le matériel indispensable. Comparons avec la gestion de la fièvre aphteuse.

Il y a soixante-dix ans, la fièvre aphteuse s'invitait régulièrement dans les élevages français dont les vaches étaient saillies par le taureau d'un voisin et allaient boire à tour de rôle dans l'abreuvoir du village. Le virus, extrêmement contagieux, circulait librement, comme d'ailleurs à cette époque beaucoup de maladies abortives dont la brucellose. Les hommes avaient aussi beaucoup d'occasions de se rassembler et de propager le virus. En 1952, on dénombrait plus de 300 000 foyers de fièvre aphteuse en France. La création de puits, l'insémination, la fermeture provisoire des marchés, la désinfection et la vaccination obligatoire des bovins (jusqu'en 1991) ont fini par avoir raison de cette maladie.

Il faut être très réactif

 

 

On ne vient à bout de la plupart des maladies très contagieuses qu'en combinant plusieurs mesures propres à stopper la progression du pathogène. La vaccination d'urgence, lorsqu'elle est possible, en est une, mais elle exige d'avoir un vaccin et du temps, et elle peut masquer la circulation du pathogène sans la stopper. Une autre mesure radicale est l'abattage des troupeaux infectés et même des troupeaux voisins. Elle fut largement mise en œuvre en Grande Bretagne au cours de l'épisode de fièvre aphteuse de 2001, qui a débuté dans un élevage de porcs qui avait probablement consommé des plateaux repas d'un avion venu d'Asie. La maladie n'a été détectée que trois semaines plus tard à l'abattoir et a eu tout le temps de se propager aux ovins, pas forcément identifiés. Trois semaines de trop (comme le Covid en Chine !), une épidémie sans précédent à 13 milliards d'euros et une pénurie de désinfectant après une semaine seulement d'épidémie ! Les Anglais ont massivement abattu les troupeaux atteints et tous ceux en contact. Un vrai traumatisme !

Les vingt-six troupeaux atteints aux Pays Bas ont été abattus et les troupeaux voisins ont été vaccinés d’urgence alors que la France, avec deux cas seulement, n'a dû abattre "que" 58 000 animaux, majoritairement des moutons importés ou en contact. Mais nous étions tous sur le pied de guerre, avons bénéficié du confinement général des bovins dans les stabulations (début mars 2001) et de la traçabilité des animaux. L'origine anglaise ou hollandaise et le parcours en France étaient connus.

Et savoir quoi faire

Pour bloquer une maladie hautement contagieuse comme la fièvre aphteuse ou très peu connue (comme le Covid19), il faut identifier très rapidement le problème (une question d'heures pour la fièvre aphteuse !) et le signaler. Il faut confiner les gens ou fermer les élevages et éventuellement le pays, parfois abattre le troupeau, stopper les rassemblements, les déplacements, le commerce des denrées susceptibles d'être contaminantes, appliquer des mesures barrières et surveiller de très près les animaux (ou les gens) qui ont été en contact. Ça vous évoque quelque chose ? Cette mobilisation coûte d'autant moins cher que le nombre de chaînes de contamination est encore faible, que le scénario a été planifié et que les acteurs y sont matériellement entraînés (comme en Corée). Son issue dépend donc de la réactivité des décideurs mais aussi du civisme des éleveurs ou des citoyens car une épidémie, comme n’importe quelle épreuve collective, se gère difficilement dans le « chacun pour soi ».

La fièvre aphteuse à une heure et demie d'avion

La fièvre aphteuse a été jugulée mais elle est installée depuis 2014 en Afrique du Nord. Avec un virus qui voyage par avion dans des denrées alimentaires, qui persiste plus de deux semaines sous des chaussures mais plus longtemps sur du foin et qui ne se contente pas, comme le Covid19, de contaminer trois autres bovins mais plusieurs dizaines et en beaucoup moins de temps, sa présence au Maghreb ne rassure pas !

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