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De bons chemins pour un pâturage efficace

Pour assurer une démarche franche des vaches et une longue vie aux chemins, voici un rappel des grands principes.

Pour que le pâturage soit gagnant, la qualité des chemins de pâturage et des accès aux prairies est primordiale. Les chemins doivent rester praticables toute l'année pour allonger la période de pâturage en hiver. L'objectif est de limiter les risques de blessure pour les pattes des vaches, de fluidifier leur circulation, et de faciliter la démarche franche des animaux pour réduire le temps passé à marcher. Ainsi on augmentera la plus-value que les chemins apportent au système fourrager.

Les chemins doivent rester secs. « Ils doivent rester stabilisés dans le temps, tout en restant souples sous les pattes des vaches, sans cailloux agressifs », insiste Luc Manciaux, de BCEL Ouest. Les chemins doivent être suffisamment larges et sans obstacle pour fluidifier la circulation des animaux et éviter d'avoir des zones trop piétinées. Enfin, « avec de grands troupeaux, pour éviter le piétinement au niveau de l'accès à la pâture, on prévoit une entrée et une sortie distinctes pour chaque parcelle », indique Luc Manciaux.

Le bon profil et un soubassement drainant

Schéma de deux profils de chemin de pâturage

Le principal ennemi d'un chemin, c'est l'eau qui stagne et dégrade le revêtement, et l'eau qui ruisselle et érode le revêtement. Pour évacuer l'eau sans érosion, le ruissellement doit se faire dans le sens de la largeur du chemin. Le chemin est surélevé par rapport aux parcelles adjacentes. Le profil est légèrement bombé en son milieu, avec une légère pente d'environ 1 % de chaque côté et des rigoles au bout. Ou on exploite la pente naturelle du terrain.

Lire aussi : Comment aménager de bons chemins, avec deux témoignages d'éleveurs normands

« Réaliser un soubassement drainant est essentiel : après avoir décaissé le sol, on met une couche de gros cailloux, de 0-100 ou 0-150 de granulométrie », rappelle Luc Manciaux. Puis, on peut mettre une granulométrie intermédiaire en second couche, et enfin un revêtement, classiquement de sable ou de calcaire. À la ferme expérimentale de la Blanche Maison, en Normandie, des chemins ont été refaits en 2017. « Un décaissement de 23 à 35 cm de profondeur a été réalisé, en fonction du choix du revêtement », expose Sylvain Kientz, de la chambre d'agriculture de Normandie. Un géotextile a été posé au fond ; il permet de limiter les remontées de parties fines et d'économiser sur l'épaisseur d'empierrement. Des matériaux de carrière de 0-120 ont rempli les 20 premiers centimètres de profondeur. Puis le revêtement a été posé.

Lire aussi :

« Nous avons revu notre système de pâturage » où les éleveurs Dominique et Adrien Durécu ont créé des chemins tout simples en terre battue, mais en haut des pentes, et larges de 10 mètres pour que le piétinement reste correct.

Des largeurs adaptées aux fréquences de passage

Pour des chemins uniquement empruntés par les animaux (c'est l'idéal), il faut prévoir 5 mètres minimum en sortie de bâtiment pour des troupeaux de plus de 100 vaches. On peut descendre à 3 mètres pour un troupeau de moins de 40 vaches. Pour les chemins secondaires, une largeur de 1 à 2 mètres suffit pour les petits troupeaux, plutôt 3 mètres pour les grands troupeaux.

Le calcaire, c'est le top, mais attention à sa qualité

Le béton est choisi pour les zones autour des bâtiments, très fréquentées par les animaux et les engins.

À la ferme expérimentale de la Blanche Maison, quatre revêtements ont été testés pour des chemins refaits en 2017 : du calcaire sur 15 cm de profondeur, du sable lavé sur 3 cm de profondeur, des caillebotis de récupération (10 cm d'épaisseur) avec du sable pour combler les trous, et des galettes minérales sur 7 cm de profondeur. 

« La galette minérale est à oublier. Elle évacue mal l'eau, ne supporte pas les passages fréquents, et ce n'est pas le matériau le moins cher. Le calcaire a donné les meilleurs résultats. Il reste stabilisé même avec des passages fréquents. Il faut néanmoins faire attention à la qualité du calcaire. Un éleveur a rapporté un problème de blessures des pieds de ses vaches, dû à la présence de silex dans le calcaire livré », résume Sylvain Kientz. Les caillebotis ont donné satisfaction, « car la végétation qui a poussé dans les trous rend le revêtement moins glissant ».

Le sable fonctionne bien, à condition d'être bien tassé à la confection. « Il vaut mieux réaliser un chemin à l'automne et attendre tout un hiver pour qu'il continue de se tasser naturellement avec les pluies », indique Lucie Morin, de la Blanche Maison. Pour son entretien, il n'a pas été nécessaire de retirer des cailloux coupants, ni de remettre du sable.

À retenir

Les chemins, surtout les plus empruntés, doivent être stabilisés, drainants, portants.

Les coûts

Pour des chemins pour troupeau uniquement, BCEL Ouest indique un coût de 5 à 7 €/m2 (travaux réalisés par entreprise), jusqu'à 10 €/m2 pour 6 à 8 cm de béton fibré sur empierrement. Pour les chemins de la ferme expérimentale de la Blanche Maison, le coût des matériaux (hors terrassement et transport) allait de 2,25 €/m2 pour le chemin avec pierres et caillebotis, à 5 €/m2 pour le chemin avec pierres et calcaire.

Pour des chemins mixtes troupeau et engins, les prix peuvent aller de 9 € jusqu'à 20 €/m2 pour 15 à 20 cm de béton fibré sur empierrement, selon BCEL Ouest.

Un mélange terre-chaux à l'essai

La ferme expérimentale de la Blanche maison, dans la Manche, vient de rénover, avec un mélange de terre et de chaux, 200 mètres de chemin secondaire dédié aux vaches laitières, qui fait 2,50 mètres de large.

« Nous avons eu des questions d'éleveurs sur l'intérêt d'un mélange terre et chaux, utilisé en travaux publics, qui n'a pas encore été testé pour des chemins de pâturage. S'il fonctionne, ce mélange pourrait avoir un intérêt économique, car dans notre secteur, comme il n'y a pas de carrière de calcaire, le coût du transport renchérit le coût total», plante Lucie Morin, de la Blanche Maison. La ferme expérimentale a assuré le chantier. « La plupart des entreprises de travaux publics ne se déplacent pas pour de petits chantiers, d'où l'intérêt de voir s'il est possible de le faire soi-même. L'idée est aussi de maîtriser les coûts d'implantation. »

À la ferme expérimentale de la Blanche Maison, dans la Manche. Un rotovator malaxe la terre et la chaux sur 20 à 25 cm de profondeur, et nivelle le mélange.

Il faut d'abord vérifier que la terre contient suffisamment d'argile. Lors du chantier, la chaux vive est livrée prête à l'emploi. Elle est épandue à même le chemin, après le profilage du chemin. Puis un rotovator malaxe la terre et la chaux sur 20 à 25 cm de profondeur, et nivelle le mélange. Enfin, un rouleur compresseur tasse le chemin.

« Nous n'avons pu achever le chantier que mi-juillet, et il n'a quasiment pas plu depuis. Nous attendons qu'il pleuve suffisamment dessus pour qu'il se tasse bien naturellement, avant de commencer à faire passer les vaches. »

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