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Comment complémenter les maïs sécheresse ?

Moins d’amidon et plus de fibres indigestibles… ll va certainement falloir densifier les rations en énergie cet hiver, mais attention au coût alimentaire.

Les fraîches vêlées sont les animaux qui risquent de pâtir le plus de la moindre qualité des maïs. Attention à l’équilibre énergie/azote.
© E. Bignon

Avec un été particulièrement chaud et sec, les maïs ont souffert cette année. « La situation s’est montrée difficile, mais elle s’avère néanmoins moins catastrophique que ce que l’on aurait pu craindre », rapporte Michel Moquet, responsable maïs fourrage à Arvalis. Globalement, les maïs vont être moins bons que l’année dernière, avec surtout moins d’amidon. » Toutes les régions ne sont néanmoins pas logées à la même enseigne. La Bretagne, la Normandie et les Pays de la Loire semblent plus épargnés, mais avec des disparités en fonction des orages et des sols. Le Nord, l’Est et le Centre-Est de l’Hexagone ont été plus sévèrement touchés. Le stress hydrique a perturbé la floraison et la fécondation des maïs, et les températures particulièrement élevées ont provoqué une augmentation rapide de la teneur en matière sèche des plantes ainsi qu’un dessèchement précoce.

Beaucoup de parois végétales mais non digestibles

« Sur le département du Nord, les maïs font le grand écart tant au niveau des valeurs que des rendements, relève Benoît Verriele, conseiller à Avenir Conseil élevage. On oscille entre des maïs au rendement exceptionnel, avec une digestibilité qui promet d’être normale à bonne, et des maïs récoltés avec plus de quinze jours d’avance, desséchés sur pied et dont les grains n’étaient pas mûrs. » Avec ces maïs, le premier écueil provient de la difficulté de fermentation qui s'annonce plus lente et plus difficile, comme il n’y avait plus de sucres dans les feuilles et les tiges. « Il faudra certainement attendre plus longtemps avant d’ouvrir les silos. Un maïs mal fermenté risque de moins bien se conserver, de chauffer à l’auge et d’être mal consommé. Dans ces conditions, attention à la qualité du front d’attaque. »

La deuxième difficulté est liée à la valeur d’encombrement de ces maïs riches en parois indigestibles. « Sur les six départements de Seenovia(1), les 220 premières analyses indiquent un niveau de cellulose élevé (22,6 %) mais la qualité des parois n’est pas au rendez-vous avec un niveau d’ADF (résidus fibreux peu digestibles) élevé (25 % contre 20-21 % normalement) », mentionne Denis Denion, de Seenovia. En conséquence, la digestibilité de la matière organique se voit pénalisée.

Le troisième point de vigilance tient au taux d’amidon fortement impacté par le faible niveau de grain. « Il ne dépasse pas 22 % soit 8 points de moins que l’an dernier », poursuit le consultant. Même constat dans la Meuse où le taux d’amidon des maïs 2018 (20,5 %) accuse une baisse de 40 % par rapport à 2017 !

Densifier la ration en énergie avec prudence

« Pour compenser le manque d’amidon (6 points en moyenne dans le Nord) dans des rations avec 10-12 kg MS d’ensilage de maïs, il faut ramener l’équivalent de 1 kg de maïs grain par vache et par jour, estime Benoît Verriele. Ajouter du blé à un ensilage avec un amidon pâteux-laiteux très rapidement dégradable, et riche en parois non digestibles, risque de faire basculer les vaches en subacidose. » Les sources d’amidon lent tels que le maïs grain, le maïs grain pâte (grain humide broyé sans la rafle, 1,19 UFL/kg MS), le maïs épi, le corn gluten feed, les pulpes de pomme de terre, etc. sont à privilégier.

« Si l’élevage dispose de deux silos de maïs distincts, mieux vaut commencer à distribuer le fourrage le moins sec dont les grains étaient moins vitreux, indique Denis Denion. L’amidon sera plus accessible et dégradable, et il y aura moins de risque de le retrouver non digéré dans les bouses. »

Ajuster aussi la complémentation protéique

L’équilibre en énergie et azote va également être important à respecter. Si l’on ne parvient pas à un niveau énergétique aussi élevé que d’habitude, il faudra ajuster la complémentation protéique en conséquence. « Elle se limitera à 95-100 g PDIE/UFL pour éviter tout déséquilibre important, pas plus, recommande Julien Jurquet, de l’Institut de l’élevage. Si l’énergie est restreinte, mieux vaudra sans doute accepter de brider les animaux en dessous de leur potentiel plutôt que les contraindre à puiser dans leurs réserves. »

Par ailleurs, pour limiter l’encombrement, les conseillers recommandent de limiter la proportion des ensilages de maïs peu ingestibles et d’incorporer d’autres fourrages en mélange. « Ceux qui ont la chance d’avoir des pulpes de betteraves surpressées, riches en hémicelluloses très digestibles, vont pouvoir substituer une partie du maïs ensilage », conseille Benoît Verriele. Le recours aux pulpes sèches de betteraves ou aux drêches de maïs est une alternative. « Avec un amidon très jeune, mieux vaut préférer les pulpes sèches, plus riches en parois digestibles et donc moins acidogènes, que les drêches. »

Ne pas louper les débuts de lactation

« Ne pas complémenter suffisamment les vaches en énergie fait prendre le risque de louper les débuts de lactation et de pénaliser la repro », alerte Lionel Vivenot. « Attention à ne pas aller trop loin dans les stratégies économes en concentrés, complète Benoît Verriele. La priorité reste toujours d’agir dans le respect de la santé métabolique en évitant que les vaches maigrissent et basculent en acétonémie. » Si le lait et le TP baissent, et si le rapport TB/TP devient supérieur à 1,3, la ration manque d’énergie.

« Il faut complémenter mais raisonnablement, analyse Denis Denion. Il faut redensifier la ration en énergie, mais la priorité est avant tout de vérifier la cohérence économique avec des niveaux de marges sur coût alimentaire acceptables. » Selon le prix des aliments et la réponse en lait, demandez-vous si le jeu en vaut la chandelle.

Accepter une production un peu en retrait

« Globalement, si l’ingestion n’est pas au rendez-vous et que la qualité des maïs est moindre, je conseille de reconcentrer la ration dans la mesure du possible mais sans forcément viser les niveaux énergétiques habituels, recommande Julien Jurquet. Il n’est pas toujours possible de pallier totalement les défauts d’un fourrage encombrant et pauvre en énergie. Mieux vaut dans ce cas accepter des performances un peu en retrait. » Chercher à compenser en forçant sur les concentrés coûtera cher et ne s‘avère pas forcément une stratégie gagnante. « On risque déjà de produire moins de lait en raison d’une moindre qualité des fourrages, évitons de perdre doublement en achetant des aliments qui ne seront pas valorisés à hauteur de vos espérances ! »

(1) Loire Atlantique, Maine-et-Loire, Mayenne, Sarthe, Vendée et Charente-Maritime.

L’encombrement pénalise l’ingestion

« Neuf fois sur dix, si vous observez une chute du lait à l’ouverture du silo, c’est que les vaches ne mangent pas assez », affirme Benoît Verriele, d’Avenir Conseil élevage. Avant d’ajuster la complémentation des animaux, vérifiez leur ingestion par pesée ou par avancement du silo. « Un écart de 0,01 UFL/kg MS a moins d’impact qu’un écart d’ingestion de 1 kg MS/VL/j », rappelle Julien Jurquet, de l’Institut de l’élevage. Un ensilage récolté très sec, à plus de 40 % MS et moyennement conservé peut être moins bien consommé qu’un ensilage plus pauvre en grains et matière sèche. Par comparaison avec des maïs normaux, l’ingestion de ces maïs peut baisser de 15 à 25 % pour les maïs sans ou avec peu de grains. « L’ingestion est pénalisée soit par un taux de matière sèche excessivement élevé et une coupe grossière du maïs, soit par un encombrement élevé, indique Mickaël Sergent, de Seenovia. Le manque de grains, quant à lui, a un impact sur l’avancement des silos qui est accéléré par le manque de densité, et sur le niveau énergétique qui diminue. »

Mise en garde

Pour les maïs dont le taux de matière sèche est élevé, attention lors de la distribution. Les repères changent avec des maïs plus secs. Visuellement, ils paraissent moins volumineux mais il ne faut pas s’y tromper. Vous pesez du brut, mais le niveau d’ingestion s’apprécie, lui, en matière sèche ! « Par exemple, dans une ration qui comporte 15 kg MS de maïs ensilage, une augmentation de 8 points de matière sèche (40 % MS cette année, contre 32 % MS habituellement) équivaut à 10 kg brut de maïs à apporter en moins, précise Benoît Verriele. C’est bien la quantité de maïs qui est à réduire, et pas celle du mélange. »

La composition chimique prime sur la valeur alimentaire

« L’analyse de fourrages est encore plus indispensable cette année du fait de l’hétérogénéité des maïs, considère Benoît Verriele, d’Avenir Conseil élevage. Ce qui est vrai pour un profil donné s’avère complètement faux pour un autre. » La prudence est de mise quant à l’interprétation de la valeur énergétique. Ce seul critère cache une grande disparité de qualité des ensilages. Mieux vaut se fier aux critères de composition chimique (MS, cellulose brute, NDF, ADF, amidon…) complétés par les indications sur l’état de la plante à la récolte pour être en mesure d’apporter une complémentation adéquate.

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