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« Avec la microméthanisation, j’utilise la chaîne laitière jusqu’au bout et c’est rentable »

Au Gaec Jouan des Lilas, la production d’énergie est au cœur du projet de la ferme avec la rentabilité en ligne de mire.

L’unité de méthanisation est composée d’un conteneur, d’un méthaniseur et d’une fosse pour le digestat.
L’unité de méthanisation est composée d’un conteneur, d’un méthaniseur et d’une fosse pour le digestat.
© A. Juanchich

« Avec la méthanisation, il y a une suite logique. Nous cultivons la terre et les fourrages pour nourrir les animaux et ensuite le lisier sert à produire de l’énergie », explique Loïc Jouan, un des quatre associés du Gaec familial Jouan des Lilas en Ille-et-Vilaine. Après une période de rodage empreinte d’inquiétudes, l’éleveur est aujourd’hui satisfait de son unité de microméthanisation de 33 kWe(1) qui lui permet de dégager l’équivalent d’un Smic par mois pour trente minutes à une heure de travail par jour, maintenance incluse.

Retrouvez le témoignage de la SAS Métha Treil : « Notre méthaniseur permet de récupérer le CO2 »

L’investissement remonte à 2018. « Depuis longtemps je cherchais à produire de l’énergie sur la ferme. » L’idée de la microméthanisation germe lors du Space 2015. Après des visites à des producteurs belges, le producteur est convaincu et se tourne vers une unité de microméthanisation clé en main de conception belge. Il faudra huit jours pour l’installer. Un mois pour la raccorder au réseau.

Aucune culture dédiée

À l’inverse des projets de méthaniseur de grande échelle associant plusieurs exploitants, la microméthanisation est calibrée pour une ferme. Tous les jours, Loïc Jouan y injecte 12 m3 de lisier frais (incluant 1 000 à 1 500 litres d’eau blanche issue du lavage des robots et du tank) et quelque 200 kilos de refus.

 

 
Un malaxeur a été ajouté à la fosse à lisier afin de le rendre bien homogène avant pompage vers le digesteur. © A. Juanchich
Un malaxeur a été ajouté à la fosse à lisier afin de le rendre bien homogène avant pompage vers le digesteur. La stabilité annuelle de la ration facilite également l’alimentation du dispositif.

 

Électricité et chauffage de la maison

 

 
Le constructeur peut prendre la main à distance en cas de problème. Le tableau de bord du méthaniseur est également disponible à distance sur téléphone. © A. Juanchich
Le gaz récupéré sert à alimenter deux moteurs qui entraînent une génératrice qui produit de l’électricité. Elle n’est pas autoconsommée mais revendue entièrement sur le réseau. Le producteur rachète ensuite les besoins de l’exploitation en électricité à un prix plus bas que son prix de vente. La différence de volume pondéré des prix génère la marge brute. S’y ajoutent les charges opérationnelles.

 

« Je ne fais pas de cultures spécifiques pour la méthanisation. C’est ma ligne rouge ! »

 

 
Pour réaliser des économies sur leur contrat de maintenance, les éleveurs réalisent eux-mêmes la vidange des moteurs. © A. Juanchich
La chaleur produite par les moteurs permet également de préchauffer les eaux de l’élevage et de chauffer la maison d’habitation grâce à un système d’échangeur à plaques qui chauffe des ballons d’eau. Pour cette dernière installation, le producteur a reçu une subvention de la région et du département.

 

« Nous avions calculé un retour sur investissement sur dix ans mais avec la récupération de la chaleur pour la maison, c’est plutôt sept ou huit ans », décrypte l’éleveur.

Plus besoin de prévenir les voisins !

Après être resté vingt-quatre jours dans le méthaniseur, le digestat est stocké dans une fosse. Selon les saisons et les besoins, il est utilisé pour fertiliser le maïs, les prairies, les betteraves fourragères et un peu de céréales. Son pouvoir fertilisant est équivalent avant et après méthanisation mais le digestat est mieux assimilé que le lisier (60 à 75 % en première année contre 40 %). « J’économise cinq tonnes d’ammonitrates depuis trois ans. Avec la hausse actuelle des cours, c’est loin d’être négligeable ! »

Autre avantage : La méthanisation atténue les odeurs du lisier. « Avant, je prévenais mes voisins lorsque j’épandais. Maintenant, je n’en ai plus besoin », vante Loïc Jouan.

Les futurs projets du Gaec ? Des panneaux photovoltaïques sur l’étable. « Si les bâtiments peuvent servir à autre chose, ils auront une rentabilité plus importante. » Et puis pourquoi pas un tracteur roulant au biogaz ?

(1) Le kilowatt électrique exprime la puissance électrique générée par une installation.

Repères

« Le lisier est très méthanogène quand il est frais », explique Loïc Jouan. Selon l’institut de l’élevage, le lisier de vache laitière perd 68 % de son pouvoir méthanogène entre un état frais de quelques jours et à l’issue de plus de 4 mois de stockage (250 contre 81 Nm3 CH4/t matière organique).

Fiche élevage

4 associés

1,3 million de litres de lait

140 vaches laitières

137 hectares (60 ha de maïs, 42 de céréales, 32 ha d’herbe, 3 ha de betteraves fourragères et bientôt des légumineuses)

2 robots de traite

La microméthanisation au Gaec Jouan des Lilas

 

 

 

Source : Chambre d’agriculture de Bretagne

Un investissement total de 300 000 euros

 

 

 

À l’investissement initial, s’ajoutent des analyses bactériologiques annuelles (environ 400 euros) et le renouvellement des moteurs (8 000 euros). Le prévisionnel prévoyait un renouvellement après 16 000 heures de fonctionnement. « Les nôtres affichent 23 000 heures et fonctionnent toujours très bien », note Loïc Jouan. Quelques déconvenues sont également à prévoir. « Les chaînettes du dôme ont lâché. Il a fallu un mois pour retrouver toute la capacité », glisse l’éleveur.

Source : Agripower

Une marge brute de 37 000 euros

 

 

 

Source : Agripower

Un tracker solaire avec l’installation d’un robot de traite

Le Gaec Jouan des Lilas ne s’est pas cantonné au méthaniseur. Lors de l’installation d’un robot de traite, il a saisi l’opportunité pour investir dans un tracker solaire.

 

 
Il est tout à fait possible de faire passer un engin agricole sous le tracker solaire. © A. Juanchich
« Je voudrais un champ de panneaux et revendre l’électricité », plaisante, rêveur, Loïc Jouan. Pour l’instant, seul un tracker solaire trône au milieu d’une prairie accolée aux bâtiments de l’exploitation. Il a été installé en octobre 2021 en concomitance avec la mise en place de deux stalles de robots de traite.

 

« Pour rentabiliser un tracker solaire, il faut avoir une consommation d’électricité linéaire sur la journée, décrypte l’éleveur. Ce n’est pas le cas avec une salle de traite qui entraîne deux pics de consommation. »

Un tiers de la consommation électrique couverte

L’investissement s’élève à 50 000 euros auxquels s’ajoutent 300 à 400 euros de maintenance annuelle. Le Gaec a bénéficié d’une subvention de 10 000 euros.

L’installation comptabilise 114 m2 de panneau solaire. Tournant au fil de la journée avec le soleil, il produit plus d’électricité qu’un simple panneau. À plusieurs mètres de haut, il est tout à fait possible de faire pâturer les vaches en dessous ou réaliser des cultures et faire passer un engin.

L’ensemble couvre un peu plus d’un tiers de la consommation électrique de l’exploitation. En cas de surplus, il est envoyé sur le réseau électrique sans rachat.

Le saviez-vous ?

Le tracker solaire est autonettoyant. La nuit, il se met à plat. La rosée s’y dépose. Le matin, lorsqu’il s’incline, la poussière et les saletés s’enlèvent, emmenées par les goulettes qui retombent au sol.

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