Agrivoltaïsme : dix questions à se poser pour bâtir son projet avec des bovins
Choisir la bonne parcelle et la technologie qui s’adapte à votre exploitation est au cœur du montage d’un projet agrivoltaïque. Sans oublier la communication au niveau local.
Choisir la bonne parcelle et la technologie qui s’adapte à votre exploitation est au cœur du montage d’un projet agrivoltaïque. Sans oublier la communication au niveau local.
Un projet agrivoltaïque doit être un projet agricole avant tout. Son objet doit être d’améliorer le bien-être animal, de maintenir ou d’améliorer le rendement de la production fourragère, d’améliorer les qualités agronomiques du sol, ou encore de limiter la baisse des rendements due au changement climatique. C’est inscrit dans la loi et c’est votre intérêt.
1 - Que doit apporter la centrale agrivoltaïque à mon système d’élevage ?
Pour qu’un projet apporte un avantage à votre système, il faudra définir vos besoins et objectif en matière de production fourragère et de bien-être animal. Et évaluer si vos pratiques et vos matériels disponibles sont adaptés au dispositif agrivoltaïque que l’on vous propose. Quelles contraintes ou adaptations êtes-vous prêt à accepter ? Le développeur de la centrale peut aussi proposer de s’adapter à votre exploitation.
L’énergéticien développeur paie un "loyer" à l’éleveur, qui permet une diversification du revenu agricole. Cette redevance est négociée, notamment au vu des contraintes et des surcoûts estimés pour l’éleveur.
2 - Quelle taille de parcelle choisir pour mettre une centrale agrivoltaïque ?
Pour la rentabilité du dispositif, une certaine surface de panneaux et donc une taille de parcelle suffisante sont requises. Mais les gros projets sont rarement validés en CDPENAF (Commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, rassemblant des représentants de l’État, collectivités territoriales, professions agricole et forestière, chambres d’agriculture et organismes nationaux à vocation agricole et rurale, propriétaires fonciers). 10, 12, voire 15 MWc installés sont souvent la puissance maximale autorisée en région.
« 10 MWc, cela correspond à peu près à un site entre 15 et 20 hectares, tout compris (surface clôturée dont pistes, postes de livraison, etc.). La surface varie en fonction de la technologie choisie et des pratiques agricoles (100 % pâturage, alternance fauche/pâture, etc.) qui déterminent l’écartement entre les rangées de panneaux », résume Alizée Loiseau, responsable agrivoltaïsme chez Agrosolutions, un cabinet de conseil qui accompagne des projets agrivoltaïques : étude de faisabilité, étude technico-économique, suivi lors de la phase d’exploitation.
3 - Quelle localisation de la parcelle ?
Pour que le projet ait une chance d’être accepté en CDPENAF, la parcelle est choisie dans un environnement peu sensible. « Très peu de projets aboutissent aujourd’hui car ils se font retoquer en commission pour leur impact sur l’environnement et les paysages. La contestation des projets par des associations environnementales, de chasse et/ou de riverains, est fréquente », pointe Luc Jeannin, président de la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. « Il ne faut pas être trop proche des habitations, d’un site protégé, d’une zone classée comme sur le littoral, ou d’une zone humide », indique Mathieu Dufour, responsable du pôle énergie d’Eureden.
Les parcelles en bordure de route sont également à éviter en raison du risque de réflexion de la lumière qui peut éblouir les conducteurs, rappelle le guide édité par Idele (Institut de l’élevage) : L'agrivoltaïsme appliqué à l'élevage des ruminants. Un guide élaboré avec le concours de la FNO (Fédération nationale ovine) et d’opérateurs tels que TSE, Voltalia, Photosol, etc.
Le poste source ne doit pas être trop éloigné et doit avoir la capacité de recevoir une injection d’électricité.
4 - Quelles caractéristiques de la parcelle accueillant une centrale agrivoltaïque ?
La parcelle ne doit pas être en forte pente (inférieure à 15 %) et doit être relativement plane (pas de creux et bosses) pour accueillir la centrale électrique.
Mieux vaut une parcelle à faible potentiel. « On va éviter de choisir une parcelle avec un bon potentiel de sol, proche du site d’élevage, pour deux raisons, explique Alizée Loiseau d’Agrosolutions. La première c’est que l’on compte environ un an d’immobilisation. Pour un site de 10 MWc, il faut compter au moins six mois de travaux, voire plus. Puis, il faut compter le temps que s’installe la prairie après son semis. Deuxièmement, la loi demande de garantir au moins 90 % de la production agricole des années précédant l’installation de la centrale agrivoltaïque. Or il est plus facile de maintenir le potentiel agricole, voire de l’améliorer, dans des parcelles à faible potentiel, que dans de bonnes terres. »
On optera aussi pour une parcelle plutôt séchante. « Il faut éviter les parcelles hydromorphes car les panneaux vont aggraver le surplus d’humidité. Sur des terres séchantes, les panneaux apporteront une ombre et une fraîcheur bénéfiques pour le sol et les plantes », précise Alizée Loiseau.
5 - Quelle hauteur de panneaux photovoltaïques ?
« En panneaux fixes, nous conseillons de ne pas descendre sous 2,30 - 2,40 mètres de hauteur sous panneau, pour éviter que les bovins abîment les panneaux, notamment lors des chevauchements », indique Alizée Loiseau, d’Agrosolutions. L’éleveur devra regarder si les hauteurs sont compatibles avec l’utilisation de son matériel (presse, fertilisation, etc.). Les installations plus hautes étant plus coûteuses, des ombrières de 2,40 mètres de haut peuvent être une solution, avec des panneaux mobiles que l’on mettra en position verticale ou horizontale (en fonction du matériel utilisé) pour travailler dans la parcelle, et qui pourront être bridés en présence des bovins.
Toutefois, Voltalia teste à la ferme de Poisy des rangées de panneaux fixes à 1,80 mètres, 2 mètres et 2,20 mètres de hauteur, avec des premières observations prometteuses.
6 - Quelle configuration de panneaux photovoltaïques ?
Le guide d’Idele conseille des panneaux en position horizontale pour une meilleure répartition de l’eau de pluie. Il a souvent été réalisé des installations où les panneaux étaient en position verticale avec seulement un ou deux interstices pour laisser l’eau de pluie s’écouler. Résultat : sous les panneaux, l’eau s’accumule à certains endroits, ce qui risque de détériorer le couvert végétal. Il vaut mieux positionner les panneaux en paysage, pour avoir deux ou trois interstices. L’écoulement de l’eau est alors mieux réparti.
7 - Panneaux fixes ou mobiles pour l’agrivoltaïsme ?
Une installation avec des panneaux fixes est moins coûteuse, mais les zones d’ombre sont fixes, les zones d’écoulement de l’eau aussi, ce qui crée un couvert hétérogène. « Les panneaux fixes sont plus adaptés aux zones fortement ensoleillées, estime Alizée Loiseau. Les fixes verticaux (haies solaires) sont adaptés aux parcelles fauchées : il est plus simple de passer le matériel entre les rangées de panneaux. Par contre, ils apportent peu en matière de bien-être animal. »
« Une installation avec des panneaux mobiles coûte plus cher, mais elle semble offrir plus d’atouts pour le pâturage et la fauche, dans la moitié nord de la France. » Car l’ombrage et l’eau qui s’écoule des panneaux seront répartis de façon plus homogène sur le couvert végétal que dans le cas de panneaux fixes. « Quand les animaux ne sont pas là, la priorité est donnée à la production d’électricité. Quand les animaux pâturent ou qu’il y a un chantier agricole, les panneaux sont bridés pour prioriser l’activité agricole. Dans la moitié nord de la France, si la pousse de l’herbe est pénalisée par la météo par exemple, on peut piloter les panneaux pour donner plus de priorité à la pousse de l’herbe », développe Alizée Loiseau.
8 - Quel écartement entre les rangées de panneaux ?
Le guide d’Idele indique un écartement de 4 mètres minimum si la parcelle est uniquement pâturée et au moins 6 mètres si un tracteur de 3,50 mètres de large avec un semoir a besoin de passer.
« Aujourd’hui, avec l’expérience des premières centrales pilotes, nous partons sur des ombrières avec panneaux trackers, espacés de 14 à 20 mètres pour permettre diverses interventions agricoles », estime Frédéric Imbert, du service recherche et développement chez TSE.
9 - Quel système de fixation au sol ?
Différents types de montage au sol sont rencontrés : des tables monopieux ou bipieux, des pieux battus plantés en terre ou des pieux vissés sur fondation en semelle de béton. Pour éviter un trop lourd impact sur le sol et le couvert, Idele recommande les monopieux battus. De plus, avec les structures monopieux, la circulation et le travail mécanique sont facilités, permettant ainsi une meilleure exploitation de la parcelle.
10 - Ai-je envie de quarante ans de suivi administratif et de colocation avec un énergéticien ?
Un projet agrivoltaïque est une colocation qui court sur une durée de trente à quarante ans d’exploitation de la centrale. « Pendant cette période, l’exploitant agricole et le développeur (propriétaire de la centrale et de l’électricité produite) seront en colocation, avec des droits et des devoirs pour chacun, une organisation du travail et des responsabilités à partager, qui seront inscrites dans un contrat. Les deux acteurs devront donc communiquer et s’entendre », expose Alizée Loiseau.
Pour répondre à la loi, il faut un suivi des données de la centrale et des résultats technico-économiques de l’exploitation agricole. Il faut en effet prouver que l’agriculture reste l’activité principale de l’exploitation et que les résultats agricoles sont maintenus, sans compter le loyer de l’agrivolaïsme. Un organisme de suivi récupère et gère les données : ce peut être une chambre d’agriculture, un organisme de conseil en élevage…
Mise en garde
• Ne pas dépasser 30 % de la SAU, pour limiter le risque et conserver une souplesse dans les itinéraires techniques agricoles.
• Une étude des champs électromagnétiques est conseillée par les développeurs énergéticiens.