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« La plantation est une étape clé en agroforesterie »

Stéphane Lavigne, éleveur de poules pondeuses en bio en Loire-Atlantique, a aménagé ses 7,50 hectares de parcours en agroforesterie. La préparation de sol et la plantation sont pour lui des points clés.

Stéphane Lavigne. « Les arbres ont très bien poussé en dix ans. »
Stéphane Lavigne. « Les arbres ont très bien poussé en dix ans. »
© V. Bargain

Producteur à Marsac-sur-Don, avec 15 000 poules pondeuses en bio, 180 hectares et une production de farine, le tout en vente directe, Stéphane Lavigne a commencé à planter des arbres en 2000. « Je dispose de cinq bâtiments de 3 000 poules avec 1,50 hectare de parcours par bâtiment, explique-t-il. J’ai d’abord planté des haies pour protéger les parcours.

Puis Jean-Charles Vicet, de la chambre d’agriculture, m’a parlé d’agroforesterie. J’ai trouvé intéressant de prolonger les haies pour que les poules colonisent tout l’espace. Une poule est une proie et a besoin de s’abriter des prédateurs. Des arbres apportent aussi de l’ombre et de la nourriture, larves, insectes, fruits. »

Aujourd’hui, les cinq parcours sont aménagés avec des lignes d’arbres espacées de 20 à 30 mètres et un arbre tous les 5 mètres sur les lignes. Et entre les arbres, Stéphane Lavigne a planté des espèces buissonnantes. « Un objectif avec les arbres à haut jet est de produire du bois d’œuvre, précise-t-il. Cela implique de faire de longs fûts. Dans un premier temps, ces arbres ne procurent donc pas beaucoup de couvert, ce qui m’a amené à planter des arbustes. »

Bien structurer le sol en amont

Les essences des arbres ont été choisies selon la qualité de leur bois et ce qui pousse dans l’environnement : merisier, chêne pédonculé, alisier, châtaignier, frêne… « Les frênes, qui se plaisent en zone humide, sont toutefois peu adaptés ici. De plus, ils ont été attaqués par des frelons qui découpent son écorce pour faire leur nid. » Entre les arbres comme dans les haies, Stéphane Lavigne a installé des espèces buissonnantes : noisetier, néflier, sureau, poirier, pommier… ou encore du mûrier blanc, qui fournit un couvert, de l’ombre et des fruits que les poules adorent.

La préparation du sol et la plantation, réalisées entre mi-novembre et fin janvier, sont pour lui des étapes clés. « Il est important de bien structurer le sol en le sous-solant avec un outil à dents sur 1 mètre de profondeur. » L’éleveur praline ensuite les racines avec un mélange de bouse de vache, de terre et d'eau, pour booster les plants. Et il installe des tuteurs et une protection plastique pour éviter que les poules abîment les plants. La préparation nécessite 30 minutes par hectare et 3,50 hectares peuvent ensuite être plantés en une journée à quatre personnes. « Il ne faut pas rater la plantation, gérer l’environnement et protéger les jeunes plants » insiste Stéphane Lavigne.

L’éleveur taille aussi chaque année les arbres, à raison de 4 heures par hectare et par an. « Pour récolter du bois d’œuvre, j’élimine certains rameaux pour produire des fûts de 4 à 5 mètres de haut. J’ai suivi une formation avec la chambre d’agriculture. » Le bois de taille des arbres et des haies est broyé finement, mis en tas pendant un an et demi, puis réincorporé dans les sols dans le système céréalier.

Moins de picage sur les poules

Dix ans après les premières plantations, Stéphane Lavigne est très satisfait de ses aménagements. « J’ai de bonnes terres limono-argileuses et les arbres poussent bien, constate-t-il. Et l’effet sur les poules est très intéressant. Elles utilisent tout le parcours, vont et viennent comme elles veulent et cela les occupe. Il y a moins de picage. Les arbres n’attirent pas spécialement l’avifaune. Des blaireaux creusent par contre sous le grillage pour aller chercher des fruits sur les parcours. Et les renards peuvent profiter de ces trous pour y pénétrer. Je mets donc du fil barbelé et des pierres devant les trous, ce qui semble assez efficace. »

 

 
Les parcours actuels étant en cultures quand Stéphane Lavigne a planté les arbres, il n’a pas installé de haies en « peignes » près des bâtiments.
Les parcours actuels étant en cultures quand Stéphane Lavigne a planté les arbres, il n’a pas installé de haies en « peignes » près des bâtiments. © V. Bargain
Les arbres ne sont pas non plus un souci pour l’entretien des parcours. « L’aménagement des parcours par l’agroforesterie présente des atouts pour les poules et pour l’environnement, parce que les arbres retiennent l’eau et font de l’ombre, estime Stéphane Lavigne. Et d’ici quinze ans, ma fille récoltera du bois d’œuvre. »

 

Mobiliser du mécénat

Créée fin 2020, l’association Arbala (Arbres et agroforesteries agricoles en Loire-Atlantique) vise à fédérer les acteurs de l’agroforesterie, à accompagner les planteurs pour la mise en place et l’entretien des arbres et à mobiliser des opérateurs souhaitant supporter l’agroforesterie par du mécénat. « Les aides à l’agroforesterie viennent le plus souvent de fonds européens et sont très longues à être versées, souligne Stéphane Lavigne, président d’Arbala. Un objectif d’Arbala est de capter des financements rapides par le mécénat, pour pouvoir faire une avance de trésorerie aux agriculteurs souhaitant planter des arbres. Nous recherchons des partenaires. »

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