La filière porcine espagnole, un leader porté par sa stratégie à l’export
En trois décennies, l’Espagne est devenue un acteur central du commerce mondial du porc. Son modèle repose sur une stratégie export offensive, valorisant les produits et une forte organisation collective.
En trois décennies, l’Espagne est devenue un acteur central du commerce mondial du porc. Son modèle repose sur une stratégie export offensive, valorisant les produits et une forte organisation collective.
Entre les années 1990 et 2020, l’Espagne est passée du statut d’importateur net à celui de leader mondial du commerce de porcs.
Elle a réussi à capter de nombreux marchés internationaux et à renforcer sa position face aux autres producteurs européens. L’Espagne se distingue particulièrement par une forte capacité de pénétration des marchés internationaux et de valorisation des produits du porc.
L’export porte la croissance
Entre 2015 et 2021, la hausse de la production porcine en Espagne a été absorbée par les marchés extérieurs. En 2024, cette dynamique porte le taux d’autosuffisance de la filière à 178 % et plus de 50 % de la production sont désormais destinés à l’export. La balance commerciale de l’Espagne, structurellement excédentaire, révèle ce dynamisme et le poids stratégique des exportations pour la filière. En 2024, cet excédent atteint 7,9 milliards d’euros (+ 145 % en dix ans) et 2,3 millions de tonnes (+ 72 %). À titre de comparaison, la filière française se heurte à des enjeux structurels, caractérisés par une dépendance aux importations de produits à plus forte valeur ajoutée, et enregistre un solde commercial déficitaire en valeur (-611 millions d’euros (M€) en 2024), tout en conservant un excédent en volume (+ 98,3 milliers de tonnes). Au-delà de cette vitalité, l’Espagne a su réagir rapidement aux opportunités de marché. La filière s’est adaptée en saisissant les ouvertures internationales, diversifiant ses débouchés vers les pays tiers : la part des exportations vers l’UE-27 est ainsi passée de 74 % en 2013 à 52 % en 2024.
L’Asie de l’Est, un pilier stratégique.
La Chine représente à elle seule 41 % des volumes expédiés vers les pays tiers en 2024, après un pic à 75 % en 2020. Les volumes vendus sur ce pays ont été multipliés par plus de huit en dix ans. Le Japon, la Corée du Sud et les Philippines sont également des destinations importantes sur lesquels les Espagnols réalisent des gains de parts de marché marqués ces dix dernières années. Au-delà d’une présence vaste en Asie de l’Est, les entreprises espagnoles sont aussi parvenues à valoriser un mix produit varié. Les typologies de produits diffèrent selon les marchés : abats vers la Chine ou le Vietnam, pièces de découpe vers le Japon et la Corée.
Un ancrage européen fort
Malgré une stratégie de diversification des débouchés à l’international (Asie, Amérique…), le marché intra-européen demeure structurant pour les exportateurs espagnols. L’Espagne est aujourd’hui le deuxième fournisseur de produits du porc au sein du marché intracommunautaire avec 1,4 million de tonnes en 2024. Elle exporte principalement des pièces fraîches désossées, révélant le savoir-faire de ses ateliers de découpe. L’Italie reste la première destination des viandes espagnoles (21 % des parts de marché en 2023), suivie de la France (17 %), de la Pologne (10 %) et de la Roumanie (9 %). Du côté des produits transformés (10 % des volumes exportés), la France et le Portugal, voisins géographiques et partageant une culture culinaire proche, constituent des débouchés privilégiés pour l’Espagne. La France capte à elle seule 35 % de ces marchés, avec une forte progression des exportations de charcuteries et salaisons espagnoles vers notre marché national (+ 72 % en dix ans).
Une meilleure valorisation des porcs
À destination du marché européen, l’Espagne valorise la plupart des pièces de découpe et des produits de charcuterie-salaison à un niveau supérieur à celui des autres exportateurs européens. Les produits issus de porcs ibériques contribuent en partie à cette bonne valorisation à l’export. Bien que représentant une part limitée des volumes exportés par la filière, le porc ibérique joue un rôle clé en valeur : 8,4 % du chiffre d’affaires export en 2024 lui est attribué. L’Union européenne demeure son principal débouché, notamment la France et l’Allemagne.
Une organisation collective performante
Les entreprises espagnoles exportatrices évoluent sur un marché concurrentiel : les cinq premières ne concentrent « que » 47 % de la valeur exportée en 2023, contre 33 % en 2013, signe d’un fort développement de leur activité. Malgré cette concurrence, la mutualisation reste un levier majeur, avec des investissements partagés dans les abattoirs, ainsi que dans les outils de séchage et de commercialisation à l’international. L’appui des pouvoirs publics et des fédérations professionnelles a été déterminant, en accompagnant des démarches collectives, en facilitant l’accès aux marchés hors UE et en soutenant des campagnes de promotion à l’international. Cependant, L’Espagne est exposée aux aléas sanitaires, avec notamment l’arrivée de la fièvre porcine africaine. La filière espagnole affronte également la concurrence redoutable du Brésil et des États-Unis, leaders en coûts. Son dynamisme à l’export s’appuie pourtant sur des atouts solides : produits à forte valeur ajoutée et organisation collective efficace. Performante mais vulnérable, elle devra désormais allier compétitivité et résilience. Si le contexte actuel présage un ralentissement, son histoire récente témoigne d’une remarquable capacité de rebond et d’adaptation aux crises.
Elisa Husson elisa.husson@ifip.asso.fr
Partenaire
Cet article présente une partie des résultats d’une étude financée par FranceAgriMer. Ses auteurs remercient FranceAgriMer pour son soutien financier et son accompagnement dans la réalisation de ces travaux.
La FPA heurte le secteur porcin espagnol
Comme les autres pays européens, l’Espagne reste exposée aux aléas sanitaires.
L’extension de la fièvre porcine africaine à l’international entre 2018 et 2022 avait d’abord été favorable à l’Espagne, notamment lorsque la Chine puis l’Allemagne ont été touchées, ouvrant des débouchés supplémentaires aux exportateurs espagnols. Toutefois, la découverte du virus en Espagne en novembre 2025, suivie de restrictions commerciales ciblant la région touchée, a rappelé la forte vulnérabilité de la filière. Si le principe de régionalisation est désormais reconnu par plusieurs partenaires commerciaux d’importance, l’ampleur et la durée des effets économiques demeurent incertaines. Les réactions immédiates des marchés, illustrées par la chute rapide des cotations espagnoles, montrent à quel point le secteur reste sensible à ce type de chocs.
E.H.