La filière avicole catalane mieux préparée aux coups de chaleur
Trois éleveurs de volailles et acteurs de la filière volaille de chair dressent le bilan d’un voyage d’étude en Catalogne pour comprendre leur gestion des enjeux climatiques, et l’aménagement de leurs élevages.
Trois éleveurs de volailles et acteurs de la filière volaille de chair dressent le bilan d’un voyage d’étude en Catalogne pour comprendre leur gestion des enjeux climatiques, et l’aménagement de leurs élevages.
« Les conditions ne sont pas adéquates pour produire avec les fortes chaleurs, pourtant les catalans sont des concurrents redoutables qui savent produire et vendre ». Thomas Couëpel, François Kerscaven et David Labbé, éleveurs bretons et acteurs majeurs de la filière avicole sont unanimes sur l’efficacité de la région catalane face aux coups de chaleurs.
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Malgré des températures très élevées et un climat sec dans la région, la filière avicole a su mettre en place des solutions efficaces pour ne plus avoir à se soucier du problème de coup de chaleur. « Quand nous leur demandions, ils nous répondaient que la chaleur n’était pas un problème, ils s’y sont déjà adaptés », acquiesce François Kerscaven.
Un parc bâtiment robuste et adapté aux coups de chaleur
Un modèle de bâtiment s’impose à 80 % dans les exploitations. Il se caractérise par une ventilation tunnel avec extraction en pignon, la présence de trappes sur les côtés et l’installation de cooling sur les 20 premiers mètres au niveau de l’entrée d’air. Ce bâtiment très standardisé de 2 000 m² est présent la plupart du temps en 3 exemplaires sur les sites de production. Il est devenu indispensable pour pouvoir travailler l’été. « Avec ces bâtiments, ils atteignent des vitesses d’air de 3 m/s, et le pad cooling permet de refroidir l’air jusqu’à 12 °C. Leurs bâtiments sont redoutables », admire Thomas Couëpel. Côté matériaux, les panneaux en papier sont souvent privilégiés pour le pad cooling, avec une surface d’échange de 15 cm d’épaisseur et une durabilité de 4 à 5 ans. La ventilation tunnel permet de faire circuler plus rapidement l’air refroidi par cooling, avec un débit de 420 000 m3/h. « En Espagne, la densité est la même, les souches sont identiques, la seule différence qui leur permet de bien s’adapter aux coups de chaleur, c’est la ventilation » indique David Labbé.
Ventilation et brumisation jusqu’à l’abattoir
La gestion de la chaleur se poursuit aussi en dehors des bâtiments d’élevages. Tous les camions de transports d’animaux sont équipés de brumisateurs et des caisses de transports ajourées sont conçues pour être orientées différemment selon la saison. Des systèmes de ventilation puissants sont mis en place dès l’arrivée des camions à l’abattoir pour garantir au mieux le bien-être des animaux.
Des coûts étonnement bas
Dans la région catalane, beaucoup de sites d’élevages appartiennent aux industriels, et sont gérés par des salariés, induisant une grande intégration et standardisation de la filière. Concernant la construction de bâtiments, le choix est réduit. Chaque bâtiment est dupliqué à partir d’un modèle quasi unique avec ventilation tunnel et cooling. La standardisation des bâtiments permet de réduire leurs coûts de fabrication. Pour un bâtiment neuf avec ventilation tunnel et cooling, le prix annoncé est d’environ 250 € par m². « Pour le même bâtiment en France, on est plutôt autour de 500 € par m², soit le double, par rapport à là-bas ! » indique David Labbé. Sur le parc bâtiment restant, certains travaillent en « combi tunnel transversal » et passent en tunnel dès 20-25 °C, ou utilisent une ventilation transversale avec brume. Sans rénovation, les anciens bâtiments qui ne sont plus adaptés aux températures sont souvent reconvertis pour des marchés de niche sur des productions à croissance lente ou à plus faible densité.
Gestion de la ressource en eau
La ressource en eau est un enjeu important lors des coups de chaleur. En Catalogne, la plupart de l’eau utilisée est l’eau de ruissellement, qui demande des capacités de stockage et un traitement de l’eau en amont. Des cuves d’eau brute non traitée sont présentes sur les sites d’élevage et permettent de couvrir les besoins du site sur 3 à 5 jours. La ressource en eau, déjà primordiale dans le cas de sécheresse devient également indispensable pour l’utilisation des équipements pour s’adapter aux fortes chaleurs. « Le fonctionnement de la brume ou du pad cooling requiert autant d’eau que pour l’alimentation en eau de boisson d’un poulailler entier », détaille David Labbé.
La biosécurité contrôlée
La biosécurité des sites ne laisse rien au hasard : « tout est clôturé, il y a des portiques de désinfection, une marche en avant stricte, aucun croisement entre poussins et poulets finis et pas une seule mauvaise herbe sur les sites », détaille François Kerscaven. De plus, aucun stockage de litière n’est autorisé sur les sites afin de réduire au plus possible les risques de contaminations sanitaires. L’équarrissage est géré de manière méthodique et efficace, avec un passage sur les sites tous les deux jours. Bien que les températures extérieures soient importantes, cette organisation laisse la possibilité pour des bacs d’équarrissage clôturés, mais à l’extérieur et sans système de refroidissement. « L’équarrissage est un vrai enjeu, et nous l’avons bien vu lors des canicules du début de l’été », commente David Labbé.
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Une filière volaille de chair productrice très intégrée mais sans opérateur prédominant
La Catalogne accueille 23,1 % du cheptel volaille de chair espagnol et représente 20,3 % de la production. Elle est la première région du pays en nombre d’animaux et deuxième en termes de production de viande, avec 89 % de poulet de chair et 3 % de dindes. Aucune entreprise d’intégration ne détient la majorité des volumes produits. Plusieurs entreprises coexistent dans la filière, à des tailles plus ou moins équivalentes. Depuis 2020, les rachats de certains groupes par des entreprises étrangères s’intensifient, ce qui inquiète l’interprofession avicole catalane. Après l’installation de Plukon sur le territoire espagnol, le rachat de 40 % de Productos Florida par Tecavi a été réalisé en 2024, suivi par celui de Oblanca par Luisaves et Uvesa par MHP en 2025.
| Parts de marché des opérateurs de la filière pouet de chair catalane en 2024 | |
| Opérateur | % de poulets de chair abattus en 2024 |
| Valls Companys | 21,42 |
| Uvesa | 11,30 |
| Grupo Aviserrano | 9,66 |
| Plukon Espagne | 7,92 |
| An Mélida | 5,67 |
| Coren | 5,47 |
| Hijos de Juan Pujante | 3,78 |
| Padesa | 3,22 |
| Inasur | 2,67 |
| Avimosa | 2,64 |
| Autres | 26,25 |
| Source : Alimarket Gran Consumo y Avianza | |
À RETENIR
En octobre 2025, un groupe d’éleveurs et responsables de la filière avicole s’est déplacé en Catalogne (Espagne), à l’initiative du Groupe Interprofessionnel Volailles de chair de Bretagne (GIVCB). Leurs visites des élevages et des entreprises de l’amont et de l’aval avaient pour objectif d’observer les aménagements et solutions déjà mises en place dans la région pour lutter contre les fortes chaleurs.