La Ferme de la Forêt vise l’autonomie et la qualité
En Loire-Atlantique, la Ferme de la Forêt commercialise 2,8 millions d’œufs par an et près de 40 000 volailles qu’elle élève, abat et transforme. Ses objectifs : être indépendante et autonome et vendre des produits de qualité.
En Loire-Atlantique, la Ferme de la Forêt commercialise 2,8 millions d’œufs par an et près de 40 000 volailles qu’elle élève, abat et transforme. Ses objectifs : être indépendante et autonome et vendre des produits de qualité.
Depuis 1987, la Ferme de la Forêt produit et vend en direct et circuits courts des volailles fermières, des œufs plein air et des lapins. « Notre projet est de rester indépendants et le plus autonome possible, de proposer des produits de qualité et de vendre au maximum en direct pour éviter les marges des intermédiaires », expliquent Denis Caillé, Ludovic Lieble et Gaëtan Salmon, associés depuis 2022 de la Ferme de la Forêt, à Vieillevigne, en Loire-Atlantique.
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Les trois associés produisent chaque semaine 650 à 800 poulets, 90 pintades et 90 lapins, auxquels s’ajoutent des volailles festives en fin d’année. Les poulets et pintades sont élevés dans huit bâtiments de 200 m² de type Louisiane avec parcours. « Nous ne sommes pas certifiés bio ni Label rouge, mais les volailles ont accès aux parcours comme en label, précisent-ils. Pour nous, la qualité des volailles passe d’abord par une souche à croissance lente, la Cou nu noir en poulet, et par des durées d’élevage longues, de 110 jours en moyenne en poulet et jusqu’à 140 jours. Rajouter à cela les surcoûts de l’alimentation bio rendrait nos produits inabordables. »
Fabrication d’aliment à la ferme et abattoir
L’exploitation a une fabrication d’aliment à la ferme permettant de limiter les coûts d’alimentation et de distribuer un aliment adapté à l’âge des volailles et à une croissance lente. L’outil comporte un broyeur et des silos pour stocker notamment 400 tonnes de céréales et 120 tonnes de tourteaux de soja et tournesol. Les volailles sont abattues sur place dans un abattoir certifié CE d’une capacité de 150 poulets à l’heure et qui abrite aussi un laboratoire de transformation. En plus de volailles entières, l’exploitation propose en effet des volailles découpées et des produits transformés crus ou cuits (saucisses, saucissons, pâtés, rillettes, vol-au-vent…). « Ludovic est cuisinier de formation, précise Denis Caillé, qui s’occupe de la commercialisation. Avoir une large gamme permet de varier notre offre et de limiter les pertes et les coûts. Tout ce qui n’est pas vendu en frais est transformé. Les mâles vont surtout en découpe et transformation, ce qui permet de proposer des poulets entiers, essentiellement des femelles, de 1,7 à 2,5 kg. Et cela sans devoir acheter de poussins sexés, ce qui réduit le coût des poussins. » En moyenne, 40 % des volailles sont vendues entières, 30 % en découpe et 30 % transformées. En 2026, la Ferme de la Forêt a été récompensée au Concours général agricole par une médaille d’or pour son poulet de 91 jours et une médaille d’argent pour son poulet de 112 jours.
Vente en direct et en circuits courts
Plus de 50 % des volailles sont vendues en direct, sur des marchés à Nantes et une fois par semaine sur la côte, et dans un magasin à la ferme.
Un peu moins de 50 % est vendu en circuit court, dans des magasins de producteurs et désormais en GMS et à des restaurants. « Nous avons établi un partenariat avec Intermarché dans le cadre de sa démarche Producteurs d’ici, indique Denis Caillé. Et nos médailles au Concours général agricole nous ont permis de décrocher deux nouveaux restaurants, débouchés que nous voulons également développer. » Aux volailles de chair s’ajoutent 12 000 poules pondeuses de race Noirans réparties en deux bâtiments de 800 m² avec parcours et également alimentées avec un aliment fabriqué à la ferme. « La Noirans est rustique et ses œufs sont très différenciants, assure Gaëtan Salmon, responsable de la partie élevage. Nous devons par contre réformer les poules à 68 semaines d’âge. Au-delà, le taux de ponte chute vraiment trop. En moyenne, une poule pond 230-250 œufs par an. » 60 % des 2,8 millions d’œufs produits chaque année sont achetés par la Fromagerie Beillevaire qui dispose de plusieurs magasins et vend sur les marchés. Le reste est vendu en direct et circuit court à d’autres clients. Les œufs déclassés sont valorisés en transformation.
Développer les poules pondeuses
La recherche d’autonomie et de diversification a aussi amené l’exploitation à développer du photovoltaïque, avec un tracker couvrant 30 % de sa consommation d’électricité et des panneaux en vente totale sur les bâtiments pondeuses. Et pour l’avenir, les trois associés ont encore d’autres projets. En 2026, un bâtiment volière de 15 000 poules pondeuses va être construit pour répondre à la demande en œufs. « La Fromagerie Beillevaire notamment est demandeuse d’œufs de Noirans, soulignent les éleveurs. Les capacités du couvoir à fournir des poussins Noirans étant limitées, le projet prévoit 5 000 poules Noirans et 10 000 poules rousses. » La fabrication d’aliment à la ferme devrait normalement permettre l’augmentation des volumes nécessaires, moyennant quelques améliorations. Un autre projet en cours est la création avec d’autres producteurs locaux d’un local de distributeurs automatiques sur un axe très fréquenté menant à Noirmoutier. Enfin, un projet accepté est l’installation sur les parcours d’ombrières avec filets et clôtures hermétiques, pour limiter les risques d’influenza aviaire liés à la faune sauvage et inciter les volailles à sortir.
Permettre une croissance lente
Les formules d’aliments sont établies par Vetagri, fournisseur de minéral de l’élevage. « Nous achetons un aliment démarrage en miettes puis fabriquons un aliment croissance, un aliment finition et un second aliment finition après 110 jours, moins riche en protéines, précise Gaëtan Salmon. Notre ration finition comporte actuellement 40 % de maïs, 35 % de blé, 8,6 % de tourteau de soja, 8 % de tourteau de tournesol, 4 % de minéral et 0,5 % d’huile de soja. Mais nous pouvons la faire varier selon les cours et selon nos stocks. »
La limite de l’approvisionnement en céréales et en poussins
Une limite à l’autonomie de la Ferme de la Forêt est l’approvisionnement en céréales. « Nous n’avons que 32 hectares, essentiellement en parcours, indique Denis Caillé. L’accès au foncier est très difficile. Nous avons donc choisi de travailler avec un voisin pour le blé. Nous avons établi un contrat qui couvre 100 % de nos besoins, au cours du blé, mais avec un prix lissé sur trois ans. » Le maïs et les autres ingrédients sont achetés à des négociants locaux. En 2025, la société a acheté 320 tonnes de blé et autant de maïs. « La fabrication d’aliment à la ferme permet toutefois de limiter les coûts. En pondeuse, l’aliment nous coûte 30 euros la tonne de moins que si nous l’achetions. » Une autre limite est l’approvisionnement en poussins Cou nu noir et en poulettes Noirans. Les poussins de chair sont fournis par le couvoir Canibride. « Mais il n’y a pas toujours les volumes que nous souhaitons, note Gaëtan Salmon. De plus, une des deux souches de Cou nu noir que nous utilisons, qui permet des calibres de volailles différents, va disparaître. » L’approvisionnement en poulettes Noirans est également délicat. « Le couvoir Hendrix produit nos poussins aux périodes creuses pour lui, ce qui crée pour nous une contrainte de planning. Par ailleurs, le nombre de poulettes que nous commandons étant limité, leur élevage, assuré par le Groupe Michel, se fait ensuite avec des poules rousses. Les poulettes arrivent à 1,4-1,5 kg, alors qu’il faudrait pour cette souche un poids de 1,7-1,8 kg. Pendant l’épisode de grippe aviaire 2022, du fait des restrictions sanitaires, les poulettes sont arrivées plus âgées et donc lourdes. Les résultats techniques ont été bien meilleurs. Élever nos poulettes aurait du sens, mais nous avons d’autres projets. »