« La durée de ponte de mes poules pondeuses progresse d’une semaine chaque année »
Olivier Le Gal dans le Morbihan améliore d’une semaine par an la durée de ponte de ses lots de poules brunes. Ses atouts pour maîtriser les facteurs techniques et économiques : disposer d’une casserie et de poussinières en propre.
Olivier Le Gal dans le Morbihan améliore d’une semaine par an la durée de ponte de ses lots de poules brunes. Ses atouts pour maîtriser les facteurs techniques et économiques : disposer d’une casserie et de poussinières en propre.
À Moustoir-Ac dans le Morbihan, Olivier Le Gal a depuis plusieurs années développé une stratégie d’allongement de la durée de ponte.
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« Nous progressons d’une semaine par an en moyenne. J’imagine atteindre 90 semaines d’âge à la réforme d’ici trois à quatre ans (hors bio). Cette évolution suit naturellement celle de la génétique. Dès lors qu’on a une belle poulette, bien démarrée et hors accident sanitaire grave, on peut l’emmener loin », résume le dirigeant de l’établissement Le Gal. Affilié à la marque Œufs de nos villages, le producteur commercialise près de 150 millions d’œufs bruns par an, à partir de son cheptel de 450 000 poules pondeuses (soit 14 bâtiments en bio, sol, plein air et cage) et de 55 000 places sous contrat. L’âge moyen à la réforme de l’ensemble de ses lots hors bio est passé de 78,2 semaines en 2023, à 79,4 en 2024 et quasiment à 83 semaines l’an dernier. En bio, l’objectif pour 2026 est de dépasser le cap de 80 semaines, contre 78,5 semaines en 2025.
L’atout de la casserie
L’une des spécificités de l’exploitation est d’intégrer plusieurs métiers, à savoir la production de poulettes (80 % d’autonomie), une fabrique d’aliment mais aussi une casserie. « Cette dernière est un atout indéniable dans notre objectif de vieillissement des poules », relève Olivier Le Gal. Elle a été installée en 2008, initialement pour répondre à la demande d’un client. Directement alimentée par la calibreuse, elle transforme un tiers de la production avec un process simple (coule d’œuf entier conditionné en cuves d’une tonne). « En traitant les œufs des lots plus compliqués, la casserie nous aide à mieux maîtriser le risque de déclassés lié à l’allongement de la carrière des poules. »
Définir l’âge de réforme optimal
Afin de ne pas perturber le planning de mise en place des poussinières, l’âge à la réforme est prédéterminé dès le début de la ponte. Il est toutefois affiné en fonction des performances des premières semaines. « Tout se joue jusqu’au pic de ponte. La décision doit être prise le plus tôt possible, vers 45 semaines d’âge, et bien entendu au plus tard 20 semaines avant la réforme. » Très à l’aise avec les fichiers de croisement de données – lié à sa formation d’informaticien –, Olivier Le Gal a mis au point son propre tableur pour l’aider à définir l’âge optimal de la réforme. Cet outil d’aide à la décision permet de simuler la marge brute annuelle par poule en fonction du prix de revient des œufs et des performances techniques. Il intègre de nombreuses variables telles que les prix de vente des œufs calibrables et de casserie et le coût de l’aliment selon l’âge, les frais d’enlèvement, le prix de la poulette… le taux de déclassés et la courbe de ponte. « A priori, plus l’âge augmente, plus on compresse les charges annuelles de la poulette, de la mise en place, mais on réduit également les performances techniques, la qualité de l’œuf, le prix de vente des réformes : c’est un compromis à trouver. »
Un vide économisé tous les neuf ans
Pour l’éleveur, l’approche économique doit aussi tenir compte de l’impact d’un vide sanitaire évité sur le long terme. « Un bâtiment type de 50 000 poules pondeuses qui réforme ses lots à 95 semaines au lieu de 80 semaines va réaliser un vide en moins toutes les neuf années. Cela représente une baisse des charges annuelles d’environ 30 000 euros de gain », a-t-il estimé. Elle s’explique par des charges en moins (achat des poulettes, frais de mises en place et de nettoyage du bâtiment). D’autres facteurs doivent toutefois être pris en compte dans le raisonnement, tels que le risque d’augmentation des taux de pertes et d’œufs déclassés et de l’impact sur la valorisation de l’œuf lié à un calibre trop élevé des lots âgés. « Tout le monde n’est pas forcément gagnant. Il faut y aller prudemment, en raisonnant à l’échelle de la filière », tempère-t-il.
« Il faut aussi revoir les contrats et les cahiers de charges pour que l’éleveur soit incité à aller le plus loin possible. Si toutes les conditions sont réunies (poids de poule, état sanitaire), la rentabilité de l’éleveur liée à l’allongement des lots est évidente. »
Tout se joue dans les trente premières semaines de la poulette
L’Ets Le Gal a accentué ses efforts sur le démarrage en poussinière pour favoriser une bonne croissance des poulettes.
Pour accompagner sa stratégie d’allongement de la carrière des poules, l’Ets Le Gal a optimisé ses pratiques d’élevage en poussinière afin d’améliorer le confort (homogénéité du chauffage, accès aux pipettes, éclairage…) et garantir un bon démarrage des poulettes : c’est la clé pour maintenir les performances de ponte dans la durée. « La croissance des jeunes animaux est suivie scrupuleusement afin de s’assurer de l’atteinte des poids objectifs, en particulier aux âges critiques de 5 et 12 semaines. » Toutes les poussinières sont équipées d’un peson automatique. « Nous réalisons en complément des pesées manuelles toutes les 2 à 3 semaines, afin de s’assurer du bon étalonnage des appareils. Ce travail est poursuivi en bâtiment de ponte, jusqu’à 30 semaines. Le respect des vides de chaîne est également très important. »
L’aliment farine (hors bio) des poulettes et des pondeuses est fabriqué à la ferme, hormis pour le premier âge en poussinière qui nécessite une présentation en semoulettes. « On distribue une formule classique à base de maïs-blé, soja, tournesol, carbonate et prémix. Les aliments poulettes et du 1er âge pondeuses ont des niveaux protéiques et énergétiques élevés. C’est l’âge où il faut investir dans l’aliment. L’investissement est rentabilisé dix fois », assure l’éleveur.
Pour accompagner la fin de carrière, l’élevage distribue à partir de 70 semaines une quatrième phase d’aliment, plus concentrée en carbonate afin de maintenir la solidité de coquille. « Il est possible qu’on arrive à terme à une cinquième phase alimentaire en ponte », anticipe Olivier Le Gal.
Dans les bâtiments de ponte, majoritairement équipés de volières, des passerelles supplémentaires ont été installées afin de faciliter la mobilité des poules.
Chiffres clés
Ets Le Gal
450 000 poules pondeuses en propre + 55 000 poules sous contrat
37 % de places en sol, 28 % en cage, 20 % en plein air et 15 % en bio
Affilié à la marque Œufs de nos villages
150 millions d’œufs produits par an sous code sol, cage, bio et plein air
35 salariés