« La banque de travail permet de structurer l'entraide au sein de notre Cuma en Vendée »
Mobiliser de la main-d’œuvre sans recourir à des prestations extérieures ni alourdir les charges : c’est l’un des atouts des banques de travail souvent adossées à des Cuma. Héritier d’une entraide historique, ce dispositif conjugue efficacité, souplesse et solidarité entre agriculteurs.
Mobiliser de la main-d’œuvre sans recourir à des prestations extérieures ni alourdir les charges : c’est l’un des atouts des banques de travail souvent adossées à des Cuma. Héritier d’une entraide historique, ce dispositif conjugue efficacité, souplesse et solidarité entre agriculteurs.
« Je moissonnes chez toi, tu bines chez moi » : un deal classique au sein d’une Cuma. Sur le papier, c’est équitable, mais dans les faits, l’entraide entre agriculteurs au sein d’un collectif (Cuma, assolement en commun, copropriété…) peut donner lieu à des déséquilibres si les chantiers menés ne représentent pas le même nombre d’heures de travail. Dans ce cas, comptabiliser les heures effectuées par chacun au sein d’une banque de travail est un outil qui peut s’avérer utile. Cela permet de formaliser l’entraide avec un objectif commun : mutualiser le travail et se rendre service. Les agriculteurs ainsi organisés peuvent réaliser des chantiers exigeants en main-d’œuvre, sans recourir à des ETA ou des salariés extérieurs.
« La banque de travail est un dispositif souvent informel, explique Stéphane Chapuis, responsable du service AgroDev à la FNCuma. Il s’agit d’un échange de main-d’œuvre entre agriculteurs, selon les mêmes règles que l’entraide prévue par le code rural. » Concrètement, chaque adhérent d’une Cuma ou d’un groupe constitué, comptabilise les heures de travail qu’il réalise pour d’autres membres, ces heures étant créditées ou débitées sur un compte commun, puis compensées au fil du temps par des interventions équivalentes, selon des règles fixées par le groupe.
Une banque de travail combine efficacité et solidarité
« Il y a toujours eu des échanges de temps au sein de notre Cuma pour les gros chantiers comme l’ensilage et la moisson », explique Frédérique Gerbaud, adhérente de la Cuma La Concorde en Vendée. Les adhérents qui fauchaient ne moissonnaient pas, et inversement. L’objectif était de gagner du temps, éviter de dételer le matériel. » Avec le temps, celle-ci explique que l’entraide « naturelle » s’est transformée en une organisation plus formelle.
La banque de travail améliore d’abord l’efficacité des chantiers collectifs. « Cette organisation du travail offre une grande flexibilité et une capacité à mobiliser rapidement une main-d’œuvre importante, constate Stéphane Chapuis. C’est aussi moins de temps perdu en déplacements ou en changements d’outils. » Et lorsque la banque de travail est couplée à une Cuma, la réservation du matériel et l’organisation des chantiers peuvent être pensées conjointement. Très souvent, l’ensileuse ou la moissonneuse et son chauffeur sont en Cuma, tandis que les tracteurs et bennes mobilisés autour relèvent de la banque de travail.
Ce type d’organisation permet aussi de s’appuyer sur les compétences de chacun. Frédérique Gerbaud cite l’exemple d’un adhérent propriétaire d’une bineuse autoguidée et qui prête son temps pour du binage. « Les agriculteurs concernés bénéficient ainsi d’un travail de qualité réalisé par quelqu’un qui maîtrise parfaitement son outil. »
La banque de travail trouve également tout son sens lorsque les productions sont diversifiées au sein d’un groupe. « Cela permet d’écrêter les pics de travail, chacun reçoit de l’aide des autres quand il en a besoin », estime le responsable de la FNCuma. Enfin, la banque de travail constitue une forme de solidarité structurée. En cas d’accident, de maladie ou d’imprévu, les adhérents donnent du temps sans attendre de retour, explique Frédérique Gerbaud. La personne en difficulté pourra racheter ses points perdus.
Pas de cadre légal spécifique pour une banque de travail
Un autre avantage de ce système, c’est que l’on peut réaliser des chantiers « sans sortir de facture », énonce Charles Herbreteau, utilisateur de la banque de travail de la Cuma Les Moulins du Lay en Vendée. C’est un atout à certaines périodes de l’année où la trésorerie vient à manquer. Contrairement à une prestation de service, il n’y a pas d’obligation de contrat écrit ni de comptabilisation formelle des échanges. Chaque groupe définit ses propres règles.
La monétisation n’est pas autorisée, mais une compensation financière peut-être tolérée pour corriger un déséquilibre temporaire, indique Stéphane Chapuis. Dans la pratique, un minimum de formalisme apparaît lorsque des inégalités se créent au sein du groupe, pour maintenir la confiance. « Les producteurs de grandes cultures ont tendance à formaliser davantage, notamment lorsque les volumes de travaux sont importants », observe le responsable de la FNCuma.
La FNCuma estime qu’environ un quart des exploitations agricoles pratiquent ce type d’échanges, qu’il s’agisse d’entraide ou de banque de travail. Il est difficile de quantifier précisément le phénomène, car il n’est centralisé nulle part.
Formaliser les échanges pour préserver une équité
À la Cuma La Concorde, en Vendée, la banque de travail a été mise en place dans les années 1990 pour répondre à un déséquilibre croissant des échanges entre adhérents, explique Frédérique Gerbaud, qui est aussi secrétaire de la Cuma. « La diminution des élevages, l’agrandissement des structures et la diversification des productions ont modifié les besoins en main-d’œuvre. Certains avaient toujours du temps en avance, d’autres toujours du retard. » La banque de travail concerne principalement l’ensilage et la moisson, mais aussi certains travaux réalisés avec du matériel spécifique des uns ou des autres.
Les règles ont été précisément définies : 1 point correspond à 10 €. Un homme est valorisé à 2 points, un tracteur à 2,1 points, auxquels peut s’ajouter une remorque (0,6 point) ou un outil spécifique. Ainsi, Frédérique Gerbaud explique qu’un adhérent utilisant son tracteur et sa remorque sur un chantier de 7 heures gagne 33 points. Le bénéficiaire du travail en perd autant. Chacun doit ainsi restituer 50 % de ce qu’il a reçu. « Des adhérents ont du temps ou des compétences et gagnent beaucoup de points, quand d’autres vont peu travailler chez les autres. »
En fin d’année, les comptes sont ajustés, avec des avoirs pour les excédentaires et des facturations pour les déficitaires. « Il faut être très rigoureux sur l’enregistrement des heures, c’est indispensable pour que le système tienne », souligne Frédérique Gerbaud. Elle assure la traçabilité de tous les échanges sur un logiciel de type Excel développé par la FDCuma, à partir des carnets des utilisateurs.