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Guillaume éleveur de brebis : « Ceux qui donnent de fausses informations font mal à la profession »

Guillaume Redon est éleveur d’ovins viande en Haute-Loire. Depuis 2019, il fait connaître son métier au travers de vidéos qu’il diffuse sur YouTube et Instagram. Une façon pour lui de monter et d’expliquer ce qu’il fait au quotidien mais aussi de dénoncer et combattre les « fausses informations ». 

La vidéo le passionne et elle est devenue pour lui depuis 2019 le moyen de parler de son métier sur les réseaux sociaux. A 35 ans, seul aux commandes de la ferme familiale reprise en 2014 à Saugues en Haute-Loire, Guillaume Redon est éleveur ovin. Il produit des agneaux IGP Lozère avec un cheptel de 500 brebis Blanches du Massif central conduit dans un système « trois agnelages en deux ans ». A 1100 m d’altitude, il compose lui aussi cette année avec la sécheresse.

Le 26 mai, il annonçait déjà sur sa chaîne YouTube (64 000 abonnés) que ça risquait d’être « minable de partout ». Alors quelques semaines sans eau plus tard… « Ca fait partie des défis » dit-il. L’ensilage d’herbe et le foin commencent à être attaqués mais apparemment pas le moral. « On commence par finir le mauvais de l’an dernier, » explique-t-il. L’agriculteur parle du temps qui semble défiler trop vite pour lui. Rien d’étonnant quand on concilie au quotidien l’agriculture et la communication. Mais l’un ne va plus sans l’autre. Le bâton de berger et la caméra sont devenus indissociables. 24 août.  « Le 300e agneau est là » annonce Guillaume sur son compte Twitter

En pleine période d’agnelage, l’éleveur a pris un petit moment pour répondre à nos questions au téléphone et nous parler de cette deuxième activité, celle du partage d’expérience et d’images. Eclairage.
 

Pourquoi êtes-vous sur les réseaux sociaux ?

Guillaume Redon - « J’avais envie de communiquer sur les pratiques en élevage ovin. Certaines associations dénigrent l’agriculture. Moi, je suis un agriculteur qui explique ce qu’il fait. Il y a beaucoup de monde qui est déconnecté du monde agricole. Je veux montrer qu’on n’est pas arriérés, qu’on fait de la technologie, qu’on est acteurs de l’environnement. »

Sur quels réseaux êtes-vous présent ?

G. R. - « J’ai une chaîne YouTube avec 63 000 abonnés. Je suis sur Instagram avec 28 000 abonnés. J’ai aussi un compte Facebook où je poste des photos. Je suis aussi sur Twitter mais en tant qu’agriculteur Lambda. C’est une démarche personnelle mais indirectement, ça représente la filière ovine en Auvergne. »

 


Selon vous, les réseaux sociaux vont-ils devenir un passage obligé pour tous les agriculteurs ?

G. R. « Pour moi, ça va de soi. Ca fait partie intégrante de mon métier. Mais les réseaux sociaux, ça prend du temps et on doit être avant tout sur la ferme. Il faut de la communication mais il y a d’autres moyens de communiquer sur la profession. Je constate malgré tout qu’il y a beaucoup de monde à communiquer sur le métier d’agriculteur sur Twitter et les autres réseaux. C’est chouette ! »

Quel a été votre déclic pour vous lancer ?

G. R. « C’est ma compagne qui m’a acheté ma première caméra. Au début, je n’y connaissais rien en montage de vidéos et je n’étais pas très à l’aise devant la caméra. Quand on a fait des études agricoles, on n’a pas appris à faire tout ça. Je suis plutôt timide et réservé mais avant de m’installer, j’ai été saisonnier, technicien… Ce sont ces expériences de travail qui m’ont un peu " décoincé " ».


Avez-vous des post qui ont provoqué des réactions négatives ?

G. R. « Il y a toujours des réactions négatives. Récemment, je me suis fait traiter de raciste en faisant un parallèle entre le retour du loup et les réserves d’Indiens. C’est vite fait. Et il y a certaines critiques qui viennent du milieu agricole, d’agriculteurs, d’éleveurs… Il y a aussi des gens qui veulent s’immiscer dans ma comptabilité. Il y a de tout mais je n’en fais pas cas. Je n’ai pas le temps. Il n’y a aucun post que je regrette et il y a une majorité de réactions positives. »

Y-a-t-il des posts dont vous êtes plutôt fier ?

G. R. « Oui, de certaines vidéos, de prises de vues au drone par exemple. C’est gratifiant à titre personnel. Mais je ne fais pas des vidéos pour qu’elles ne soient plus jamais revues. Je veux aussi laisser une trace. Je veux que mon fils puisse les voir plus tard. J’aime que ce soit joli et que ça me plaise. Il faut que ça corresponde à mon niveau de perfection même si on n’est pas au niveau professionnel. Je suis un peu maniaque sur les bords. »

« Il y a certaines critiques qui viennent du milieu agricole. »

Vous amusez-vous en réalisant certains de vos posts ?

G. R. « Oui, beaucoup. En fait, ça m’amuse. J’essaie d’être comme dans la vraie vie et quelquefois, je rajoute un peu de suspens. Je prends plaisir à faire ces vidéos. Ca devient un jeu. Si ça m’embêtait, je ne le ferais pas. »

Qu’est-ce qui vous énerve sur les réseaux sociaux ?

G. R. « Ce qui m’énerve, ce sont tous les reportages où on présente l’agriculture avec de faux témoignages. On ne devrait pas laisser la parole à des imposteurs qui parlent uniquement pour faire le buzz. On va créer un fossé, les gens ne vont plus comprendre. Par exemple, si on laisse entendre qu’on n’irrigue pas, c’est difficile de faire admettre qu’on doit irriguer les maïs et d’autres cultures. Sur ma ferme, on n’irrigue pas mais il y a beaucoup de plaines où on arrose et beaucoup de projets d’irrigation. Ceux qui donnent de fausses informations font mal à la profession. Il ne faut pas tromper les gens. »

 

 

Avez-vous un modèle sur les réseaux sociaux ?

G. R. « Non, je fais à ma manière. Mais il y a des gens que je suis comme David Forges, un des premiers que j’ai suivis et que je continue à suivre. Il y a Gilles VK aussi, avec qui j’ai pu échanger et qui m’a incité à me lancer. Sur YouTube, personne n’expliquait le métier d’éleveur ovin viande. Je me suis dit : " il y a peut-être un créneau " ».

« Les réseaux sociaux, ça prend du temps et on doit être avant tout sur la ferme. »

Combien de temps consacrez-vous aux réseaux sociaux ?

G. R. « Réaliser une vidéo prend 3 h et j’en fais une par semaine. Pour le reste, notamment les commentaires sur Twitter, je dirais que je passe environ 1 h par jour sur les réseaux. Je pense que j’y consacre au minimum 10 h par semaine. Ca va vite et on arrive à y passer du temps.»

Quels conseils donneriez-vous à un agriculteur qui veut se lancer ?

G. R. « Ce n’est pas un conseil mais plutôt une mise en garde. Je préviens, justement, que c’est très chronophage. Personnellement, je n’arrive plus à répondre à tous les commentaires. Il faut concilier en priorité la ferme et la famille. Les réseaux sociaux, ça vient après. Mais pour moi, c’est un peu une passion. Je ne chasse pas, je ne fais pas de jogging tous les matins, je fais des vidéos. Mais il faut savoir que ça prend du temps. »

 
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