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COUVERTS VÉGÉTAUX
Zéro sol nu en hiver pour 2012

Le quatrième programme de la directive Nitrates entrera en vigueur le 1er juillet 2009 avec sa mesure phare : une couverture végétale à 100 % des sols l’hiver. Il y aura des dérogations à cet objectif restrictif.

Cachez ce sol que je ne saurais voir. Le quatrième programme de la directive Nitrates affiche un objectif de 100 % de couverture végétale en hiver pour l’échéance 2012. Les cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan) sont la pierre angulaire de la couverture des sols avant toutes cultures de printemps. Il y a quelques exceptions déjà acceptées par le ministère de l’Écologie. Après un colza, les repousses de cette culture suffiront à assurer le couvert exigé. Leur efficacité pour piéger les nitrates est du même niveau qu’une Cipan. Peut-on dire la même chose de repousses de céréales? « On ne peut pas les classer au même titre que celles de colza dans la mesure où les céréales sont nettement moins efficaces pour piéger l’azote », juge Philippe Jannot, chargé de mission azote et phosphore agricoles à la direction de l’eau du ministère de l’Écologie. Chez Arvalis, Jean-Pierre Cohan précise cet aspect technique. « Ce type de mesure est toujours en négociation dans les départements. Une repousse de céréales peut capter autant d’azote qu’un couvert de ray-grass par exemple dès lors qu’on la cultive bien. Pour ce faire, au moment de la récolte, la moissonneuse doit être équipée d’un éparpilleur de menues pailles pour répartir de façon homogène les pertes de grains, conseille-t-il. Ensuite, on assurera une bonne levée de la repousse grâce à un déchaumage pas trop précoce associé à un roulage réalisé au moment du retour des pluies. »

PAS DE CIPAN APRÈS UN MAÏS GRAIN
Après un maïs grain, il ne sera pas nécessaire d’implanter une Cipan. « Elle peut être remplacée par un broyage fin des cannes de maïs suivi d’un enfouissement superficiel », lit-on dans la circulaire des ministères de l’Agriculture et de l’Écologie sur les modalités de mise en oeuvre du quatrième programme d’action de la directive Nitrates(1). Philippe Jannot ajoute que cette disposition pourra s’appliquer également aux cannes de tournesol et de sorgho grain mais pas au maïs ensilage. La circulaire précise que les Cipan doivent être implantées au plus tard au 10 septembre. Pour le chargé de mission du ministère de l’Écologie, c’est une précision à prendre comme une recommandation. Ces dates limites de semis sont adaptables à chaque situation régionale. Dans ce cas, comment prendre en compte les situations de récolte tardive qui peuvent se produire en octobre pour le maïs par exemple? « Si les retards de récoltes sont dus à des conditions climatiques exceptionnelles, il sera possible de déroger à l’obligation d’implantation des Cipan, répond Philippe Jannot.Mais si l’on sait à l’avance que la récolte sera tardive, il faut prévoir le semis d’une Cipan. Pour le cas du maïs ensilage, des expérimentations ont montré que le semis de raygrass sous couvert en mai aboutissait à une bonne couverture de la graminée après récolte du maïs. On ne dit pas que c’est facile mais c’est faisable. »

SEMIS SOUS COUVERT ALÉATOIRE
Pour Jean-Pierre Cohan, cette technique a montré des résultats inégaux avec parfois des ray-grass qui avaient du mal à redémarrer rapidement après la récolte du maïs. « Une culture restant en place tardivement absorbe de l’azote plus longtemps qu’une culture récoltée en été. Il serait donc nécessaire de déterminer si les risques de lessivage sont véritablement importants en situation de récolte tardive. » Des situations spécifiques de sols à fort taux d’argile ou à teneur élevée en matière organique (terres de marais) nécessitent un travail du sol précoce en fin d’été. « C’est une nécessité pour laisser l’action physique du climat améliorer la structure de ces sols (alternance de gels et dégels, d’humectations et dessications), explique le spécialiste d’Arvalis. Cela peut impliquer de détruire un couvert précocement quand il existe. » Le ministère de l’Écologie est sans réponse à ce type de situation même si la recommandation globale est de détruire un couvert seulement après le 15 novembre quand la production de la Cipan a atteint 2 à 3 tonnes de matière sèche à l’hectare.

UNE PLACE POUR LES LÉGUMINEUSES
Sur l’implantation de Cipan proprement dite, il n’y a pas de limite sur le choix de l’espèce végétale si ce n’est sur la famille des légumineuses. Pour le chargé de mission, les légumineuses pures sont à proscrire. « On ne pourra les tolérer que quand elles seront associées à une espèce végétale d’une autre famille dans un mélange de semences.Mais les modalités de choix d’espèces pour les Cipan est laissé à l’appréciation de chaque département qui définira les arrêtés préfectoraux sur le nouveau programme de la directive Nitrates. » Jean-Pierre Cohan souligne aussi ce fait : « La question de l’importance accordée aux légumineuses dans le choix des Cipan est encore en négociation au niveau des départements. Il y aura une diversité de règles sur ce point. » Des départements interdiront complètement les légumineuses et il n’est pas exclu que d’autres départements l’autorisent en culture pure. Les discussions au sein de chaque département sont en passe d’aboutir à la rédaction de l’arrêté préfectoral qui définira les modalités d’application du quatrième programme de la directive Nitrates. Pour la première campagne de mise en oeuvre 2009-2010, un premier objectif de couverture végétale en hiver pourra être fixé à 70 % des surfaces. Les 100 % fictifs devront être atteints deux ans plus tard. !
Christian Gloria (1)
Circulaire à consulter sur notre site internet

LES BILANS AZOTÉS S'AMÉLIORENT À L'OUEST

Dans les régions de l’Ouest et notamment en Bretagne, on note une tendance à la baisse des teneurs en nitrates dans les eaux superficielles, lit-on dans le rapport qui fait le bilan de la directive Nitrates entre 2004 et 2007(1). Mais les quantités de nitrates relevées dans les cours d’eaux ne peuvent être jugées encore satisfaisantes. L’évolution à la baisse est à relier aux restrictions des effectifs animaux (moins de production d’azote organique) mais aussi à une augmentation des rendements des cultures se traduisant par un solde du bilan azoté amélioré. Plus généralement en France, les pratiques agricoles évoluent vers une baisse d’utilisation d’azote minéral, une meilleure gestion des effluents organiques avec des dates d’épandage concordant avec les besoins des cultures et enfin une augmentation des cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan). Cette tendance à l’amélioration des utilisations d’azote reste à confirmer et surtout à amplifier pour atteindre un niveau acceptable de nitrates dans les cours d’eau.

PLAINES CÉRÉALIÈRES À L’INDEX
La situation est très disparate selon les régions.À l’inverse du Grand Ouest, d’autres régions comme les plaines céréalières du Bassin parisien ou du Poitou-Charentes ne montrent pas d’améliorations conjointement vis-à-vis de la qualité de l’eau et de l’évolution des pratiques agricoles. On y observe même une poursuite de la dégradation des teneurs en nitrates en eaux souterraines comme en eaux superficielles. La gestion de la fertilisation pour les blés tendres et blés durs de qualité est pointée du doigt avec des soldes azotés particulièrement élevés. L’objectif 2015 de la directive cadre européenne sur l’eau visant à parvenir à un bon état écologique des eaux sera plus que difficile à tenir. !
C. G.
(1) Rapport à consulter sur notre site internet

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