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Un travail du sol minimum pour contrôler le campagnol

Avec ses galeries superficielles, le campagnol des champs se développe fortement dans les cultures menées en non-travail du sol. Dans les solutions de lutte, de premières expérimentations montrent qu’un travail très superficiel du sol impacte le rongeur.

Les populations de campagnols des champs peuvent atteindre plus de mille individus à l'hectare au moment d'une pullulation.
© Fredon

Le campagnol des champs est un casse-tête pour les agriculteurs qui s’interdisent de travailler le sol. « Il y a une recrudescence problématique de ce rongeur au niveau national corrélée au développement de l’agriculture de conservation des sols, note Geoffroy Couval, ingénieur d’études à la Fredon (1) Franche-Comté. Le campagnol est à l’origine de dégâts importants, chiffrés à 130 millions d’euros de pertes économiques en Allemagne (données 2010). En France, nous n’avons pas de données précises. »

La pullulation d’envergure nationale connue en 2015 avec ce rongeur n’est sans doute pas étrangère à la mise en place d’expérimentations de moyens de contrôle. C’est le cas dans la plaine jurassienne avec la Zerrac, zone expérimentale de régulation des rongeurs en agriculture de conservation. Le projet a commencé en mars 2016. Avec le concours de huit agriculteurs, des modalités de lutte avec la herse Magnum sont en cours d’essais sur huit parcelles. « Cette herse travaille le sol très en surface, c’est-à-dire sur les deux à trois premiers centimètres. Elle casse ainsi le réseau de galeries superficielles caractéristiques du campagnol et déstabilise ses populations, si c’est fait de manière régulière avant chaque semis, présente Geoffroy Couval. Nous avons adopté cet outil pour les essais, car nous avions déjà eu des retours positifs d’agriculteurs ayant constaté un effet sur les campagnols. Par rapport à d’autres herses, la herse Magnum présente de grosses dents. Nous espérons de premiers résultats tangibles en 2020. »

Des pullulations tous les trois à cinq ans

D’autres outils ont fait l’objet d’essais comme le déchaumeur à travail vertical (DVT) par Renaud Blanchet, de la FDGdon et de la chambre d’agriculture de Haute-Marne, sur une année. « Un effet avait été constaté sur les campagnols avec un passage de cet outil, mais l’impact était plus marqué encore avec deux passages du déchaumeur, rapporte Geoffroy Couval. Il faudrait reconduire l’essai sur plusieurs années pour confirmer l’efficacité. » Les expérimentations sur la Zerrac se déroulent sur plusieurs années.

Le rongeur est sujet à des pullulations tous les trois à cinq ans, qui amènent sa population à plus de 1000 individus à l’hectare dans les situations les plus extrêmes. Cette particularité oblige à mener des essais pluriannuels pour couvrir un cycle complet de développement du campagnol devant comprendre notamment une pullulation. Les méthodes de lutte sont ainsi expérimentées sur différents niveaux de population, y compris quand ils ont un fort impact sur les cultures. Les pullulations ne sont pas prévisibles.

« On a souvent tendance à traiter au moment de ces pullulations quand l’on constate les dégâts. Quelques mois plus tard, il y a un déclin naturel du rongeur et on est souvent persuadé que cette baisse de population est due à la méthode de lutte mise en place, remarque Geoffroy Couval. La stratégie à adopter est la lutte permanente sur les populations quand elles sont à basse densité dans les champs. »

Intervenir sur les habitats herbeux : chemins, bandes, fossés…

Le spécialiste de la Fredon conseille une intervention également sur les habitats préférentiels du campagnol des champs. « Ces habitats sont les surfaces toujours en herbe. En situation de grandes cultures, il s’agit des bandes enherbées, des chemins herbeux, des fossés… Ce sont autant de réservoirs à campagnols. Ils y trouvent refuge et se déplacent à l’intérieur des parcelles. » Les luzernières augmentent beaucoup les risques de campagnols. En semis direct, le maintien de couverts végétaux permanents est favorable au rongeur tout comme le non-travail du sol. Les couverts végétaux d’interculture sont assimilés à une surface en herbe avec, en plus, des légumineuses que le rongeur apprécie plus particulièrement. Le risque de fort développement des campagnols est élevé. La fauche des surfaces en herbes et leur entretien pour éviter une végétation trop développée (broyage en extrayant les résidus végétaux) favoriseront la prédation des campagnols. Mais ces interventions ont en même temps un effet néfaste sur la biodiversité et certains auxiliaires des cultures. Il faut considérer les priorités du moment.

Certaines plantes sont suspectées d’avoir un effet négatif sur les campagnols. C’est le cas du mélilot, une légumineuse qui, quand elle se dégrade, dégage de la coumarine, une molécule anticoagulante fatale aux rongeurs. Mais l’implantation de cette plante en parcelle ne garantit pas sa consommation par le campagnol. Des essais pourraient être menés dans le Grand Est à ce sujet, en 2019. Des cultures sont réputées ne pas convenir aux campagnols pour des questions d’appétence comme le maïs ou le chanvre. Mais d’autres sont en revanche très appréciées comme la féverole, très utilisée en semis direct comme couvert végétal permanent.

(1) Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles.

Une bromadiolone peu utilisée

« Entre 5 000 et 10 000 hectares par an. C’est le niveau d’utilisation en France de la bromadiolone, dans le cadre de l’arrêté du 14 mai 2014 (1), » précise Geoffroy Couval, Fredon Franche-Comté. C’est peu sur des grandes cultures qui couvrent des millions d’hectares. Car la bromadiolone étant un produit dangereux pour la faune sauvage, son utilisation au champ est très réglementée de façon à en minimiser les risques. L’arrêté du 14 mai 2014 définit les règles d’emploi. Certaines régions n’ont pas mis en œuvre ce moyen de lutte ou très peu comme l’ex-Poitou-Charente ou le Centre. La bromadiolone est faiblement utilisée dans son usage légal dans les champs. Mais le produit est autorisé en tant que biocide pour lutter contre les rongeurs dans les bâtiments. Cet usage semble souvent détourné pour une utilisation au champ sans autorisation avec les dégâts collatéraux que cela peut causer sur la faune utile ou le gibier.

(1) Relatif au contrôle des populations de campagnols nuisibles aux cultures, ainsi qu’aux conditions d’emploi des produits phytopharmaceutiques contenant de la bromadiolone.

Un nouveau produit et des pièges

Une nouvelle molécule rodenticide est disponible depuis cette année pour lutter contre les campagnols au champ, le phosphure de zinc. Sous le nom de Ratron GL, le produit est distribué en France par la société Lodi Group. Il se présente sous forme de lentilles à appliquer directement dans les trous des rongeurs à l’aide d’une canne qui sert d’applicateur. « Comme pour l’application de la bromadiolone, le produit doit être appliqué en situation de basse densité du campagnol, dès que l’on constate quelques individus et foyers au champ », conseille Geoffroy Couval. Mais contrairement à la bromadiolone, le produit ne présente pas de toxicité secondaire et donc pas de risque d’empoisonnement pour les prédateurs de campagnols. En revanche, il a une toxicité primaire forte, ce qui fait d’ailleurs son efficacité sur les rongeurs. Si les lentilles sont mal épandues et qu’il en reste en surface du sol, elles peuvent être ingérées par divers animaux (oiseaux granivores, lapins, lièvres, sangliers…) et les intoxiquer. Un flacon de 750 grammes coûte de l’ordre de 50 euros pour une application à 2 kg par hectare et par an au maximum.

Un piégeage chronophage

Le piégeage est une méthode efficace à condition d’avoir du temps. La pose des pièges et leur déplacement doivent se faire tous les deux jours avec un relevé deux à trois fois par jour. Solide et en acier inoxydable, un bon piège coûte 50 euros la pièce.

Ludovic Joiris, agriculteur à Corbreuse, dans l’Essonne

« Un semoir à dents qui perturbe les campagnols »

« Entre 2003 et 2011, j’ai connu des dégâts de campagnols parfois importants sur mes cultures avec jusqu’à 30 % de surface de blé en moins. Je pratique le semis direct sans travail du sol. Mais je sème mes couverts végétaux avec un semoir à dents qui travaille le sol sur la profondeur du semis à 1-2 centimètres et tous les 18 centimètres. Le passage perturbe les galeries superficielles du rongeur. J’ai beaucoup moins de dégâts maintenant. Pour favoriser la prédation des campagnols, je broie les cannes de colza et je dispose des piquets à rapaces dans les champs, à raison d’un pour deux hectares. »

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