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Transformer pour pérenniser la riziculture camarguaise

Mesure phare de la réforme de l´OCM riz, la division par deux du prix d´intervention, conduit la filière à reposer les bases de sa compétitivité.


Pour contrer un potentiel supplémentaire d´importations et pour s´adapter à la réforme de son organisation commune de marché (OCM), la filière riz s´est fixé un double objectif. Atteindre une meilleure adéquation de la production camarguaise avec la consommation française et contrôler localement la transformation.
Car depuis la signature de l´accord « tout sauf les armes », qui prévoit de faciliter l´entrée dans l´Union européenne de produits spécifiques des pays en voie de développement, parmi lesquels figure le riz, la riziculture européenne est entrée dans une nouvelle ère. Celle-ci se concrétise par la division par deux du prix d´intervention du riz qui sera partiellement compensée par de nouvelles aides directes. La réforme de l´OCM plafonne aussi les mises à l´intervention à 75 000 tonnes pour l´ensemble de l´Union européenne.

Fin 2003, la coopérative Sud Céréales, qui collecte 55 % du riz, a décidé de bâtir un partenariat avec Soufflet Alimentaire, l´un des leaders européens de la transformation du riz. Cette collaboration se concrétisera par la construction d´une usine d´étuvage et d´usinage à Arles en pleine région rizicole. « Opérationnelle dès septembre 2004 et à pleine capacité pour 2005, cette usine sera essentielle pour pérenniser la culture du riz en Camargue », explique Emmanuel Boy, directeur de Sud Céréales.
Actuellement, sur près de 110 000 tonnes de riz paddy (brut) produits en Camargue, près de 70 000 y sont usinées par trois unités (étuvage et blanchiment). Parmi les trois transformateurs, France Riz, filiale de Sud Céréales, totalise à la fois 25 000 tonnes de riz étuvé et 25 000 de riz blanchi. RCL du groupe Panzani réalise de l´étuvage pour 15 000 tonnes. Enfin, 10 000 tonnes de riz blanchi sortent des usines de Tourtoulen. Jusqu´ici, le reste de la production est, soit mis à l´intervention, soit exporté principalement vers l´Italie.
©M. Martini


Des perspectives existent sur le marché intérieur
Avec le plafonnement de l´intervention, deux options se présentent. Augmenter les exportations transalpines ou accroître la transformation en France. Les coûts d´expédition (30 euros la tonne) sur l´Italie font pencher vers la seconde. D´autant qu´elle permettrait, selon la filière, de mieux s´organiser pour prendre davantage part au marché intérieur sur lequel existent de réelles perspectives. La riziculture camarguaise n´approvisionne qu´un tiers de la consommation hexagonale. Celle-ci, évaluée à environ 4,5 kilos par habitant et par an, a presque triplé en trente ans ce qui représente plus de 240 000 tonnes. Les destinations sont principalement la distribution (56 %), la restauration hors foyer et l´industrie alimentaire. La demande des consommateurs privilégie les riz étuvés ou parfumés. On observe aussi des préférences selon les types (riz ronds, moyens, longs A, longs B). Ces goûts du consommateur français se traduisent par une demande supérieure de riz de type indica, comme les riz longs B, à celle des riz plus courts de type japonica, majoritairement produits en Camargue.

C´est pourquoi, dans le cadre de la création de son outil industriel commun avec Soufflet, Sud Céréales a commencé par engager une véritable « révolution variétale ». « Auparavant, du fait du débouché très important de l´intervention, les critères de commercialisation étaient assez peu pris en compte. Le choix des variétés reposait surtout sur leurs qualités agronomiques », explique Pascal Magnier directeur de production. « Dès 2003 nous avons mis en place des contrats de production. De 20 %, nous sommes passé à 38,5 % de riz longs B. En 2004, nous espérons passer à 60 %. » La nouvelle usine collera mieux à la demande du marché, « qui s´est orientée vers les riz étuvés au détriment des riz blanchis alors que la Camargue est en sous capacité sur l´étuvage. Notre usine traitera 50 000 tonnes de riz étuvé et 30 000 de riz blanchi », explique Emmanuel Boy. « L´association avec le groupe Soufflet Alimentaire nous permet un accès à la distribution et de bénéficier de son savoir-faire d´industriel », poursuit le directeur de la coopérative.

« Nous nous inscrivons dans un objectif de maîtrise de la filière. Les pieds dans les rizières et les mains dans les rayons pour acquérir réactivité et innovation », déclare Thierry Lievain, directeur général de Soufflet Alimentaire.

Démarquer le riz camarguais sur le marché français
Développée depuis les années 40 du fait des pénuries alimentaires, la riziculture camarguaise est une histoire récente qui s´inscrivait aussi dans une politique d´aménagement du territoire (digues, canaux et stations de pompage). En cinquante ans, elle a connu plusieurs périodes difficiles pendant lesquelles les producteurs se tournaient vers des cultures sèches comme le blé dur. Mais elle n´a jamais été complètement abandonnée du fait de son utilité pour dessaler les sols. Aujourd´hui, elle concerne 250 agriculteurs sur plus de 18 000 hectares.
Le travail de la filière semble prometteur s´il s´étend à l´ensemble de la Camargue. Il reste encore un long travail de communication pour démarquer le riz camarguais sur le marché français. Les producteurs ont franchi une première étape avec l´obtention d´une IGP (Indication géographique protégée) en juin 2000. Mais il faudra encore du temps pour construire une notoriété durable auprès du consommateur et des partenaires industriels.

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