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Tonifier les colzas contre les insectes d’automne

Les solutions insecticides s’amoindrissent et perdent en efficacités contre les grosses altises et charançons du bourgeon terminal. Mais un colza bien développé début septembre et poussant tout au long de l’automne sera mieux armé pour tenir bon face aux attaques.

« En trois ans, 30 % des agriculteurs ont abandonné le colza dans l’Yonne. Les insectes en sont la cause. » Ingénieur régional de Terres Inovia, Delphine de Fornel décrit une situation alarmante dans un département qui se trouve au centre de la problématique sur les grosses altises et charançons du bourgeon terminal sur colza. Dans de grandes régions à colza, des populations de ces ravageurs majeurs du colza ont acquis la résistance à la principale famille d’insecticides, celle des pyréthrinoïdes. Seuls les organophosphorés (chlorpyriphos-méthyl, phosmet) restent efficaces dans certains secteurs. Et les invasions sont telles que des agriculteurs préfèrent abandonner la culture du colza plutôt que de voir les plants dévorés sous les mandibules des insectes. Pour ajouter aux soucis des producteurs, des insecticides disparaissent de la panoplie de lutte à compter du 1er septembre 2017, ceux à base de chlorpyriphos-éthyl (Pyrinex ME…), un organophosphoré.

Face à des moyens de lutte insecticide de moins en moins performants et pour conserver ce qu’il reste d’efficacité des pyréthrinoïdes, il est indispensable de limiter leur utilisation selon une note de Terres Inovia. « Il faut mobiliser tous les moyens agronomiques pour réussir l’implantation du colza avec comme objectif de l’amener au stade 4 feuilles au 20 septembre. Après le stade 4 feuilles, le colza a dépassé sa phase de croissance lente et peut supporter les prélèvements foliaires des adultes de grosse altise. Il est moins vulnérable et le 20 septembre est généralement la date où commencent à arriver les insectes », explique Céline Robert, spécialiste des ravageurs chez Terres Inovia.

Ne pas s’interdire de semer tôt son colza dans les zones à risque

À l’union de coopératives SeineYonne (1), on a mis en œuvre ces mesures agronomiques visant à réduire l’impact des ravageurs d’automne. « Jusqu’à il y a cinq ans, les semis de colza étaient réalisés entre le 20 et le 25 août. Aujourd’hui, dans les zones à risque, il ne faut pas s’interdire de semer tôt, même à partir du 10 août, conseille Amélie Petit, responsable agro-développement de SeineYonne. Mais pour cela, il faut s’assurer que des pluies suffisantes sont annoncées dans les jours qui suivent. Nous préconisons aussi une fertilisation au semis ou avec un engrais starter pour apporter un peu d’azote et surtout du phosphore. Cette fourniture contribuera à l’enracinement rapide de la culture et à sa bonne implantation. Nous apportons un peu de changement sur les recommandations en matière de désherbage, ajoute Amélie Petit, à savoir fractionner l’utilisation des herbicides et en réalisant quand cela est possible une intervention de post-semis suivie d’un traitement de post-levée. Le but est de limiter les processus de détoxification liés à l’application des molécules herbicides et de favoriser la dynamique de croissance des colzas. » Toutes les stratégies permettant d’obtenir un colza poussant au cours de l’automne permettront de réduire la nuisibilité des larves d’altises et de charançons.

La spécialiste de SeineYonne espère que les leviers agronomiques mis en place aideront à « économiser un voire deux traitements insecticides et retrouver des potentiels corrects autour de 30 q/ha sur les argilo-calcaires de la région ». Une autre solution consisterait à allonger la rotation culturale en introduisant de nouvelles cultures. « Nous y travaillons avec, par exemple, la mise en place d’une filière lin oléagineux d’hiver pour certains secteurs mais l’on ne remplace pas aussi facilement un colza qui a représenté jusqu’à un tiers de l’assolement sur les plateaux de Bourgogne. » La forte importance du colza dans le paysage agricole explique en partie la pression élevée des ravageurs qui lui sont inféodés.

Un effet des couverts associés sur le nombre de larves

La technique des couverts associés au colza peut apporter un intérêt contre les ravageurs d’automne. « Une réduction de l’impact des ravageurs est surtout connue avec la féverole comme plante accompagnant le colza. Mais cela fonctionne quand il y a une bonne implantation de l’ensemble couvert associé + colza, à savoir 1,5 kg/m2 de biomasse à l’automne, précise Delphine de Fornel. On remarque un effet sur le nombre de larves d’altises et sur le niveau de dégâts du charançon du bourgeon terminal. Pour réussir l’implantation, nous conseillons l’apport d’azote au semis, jusqu’à 30 unités autorisées avant le 31 août. » Amélie Petit insiste sur l’importance en plus du soin à apporter au semis de la féverole et souligne que la technique des couverts associés dans une parcelle n’est pas recommandée si l’infestation en mauvaises herbes y est trop importante. Cette situation n’est malheureusement pas rare en Bourgogne.

En dépit des difficultés croissantes dans l’utilisation d’insecticides performants, le recours à ces produits reste possible dans certaines situations (voir tableau). Dans une parcelle donnée, le choix des produits sera en fonction du niveau de résistance des altises et charançons que l’on aura caractérisé. D’autre part, l’intervention ne sera valable qu’au-delà d’un seuil d’infestation (2). Pour les grosses altises, des techniques telles que la méthode Berlèse (3) permettent de mesurer ce niveau d’infestation. « Les traitements contre les larves d’altise d’hiver peuvent être tardifs (décembre…) mais en 2016, nous n’avions pas conseillé d’intervention compte tenu du froid qui avait ralenti l’évolution des cycles larvaires », renseigne Amélie Petit. Dorénavant, la protection insecticide doit être perçue comme un complément à la gestion agronomique dans la lutte contre les ravageurs d’automne et non comme la pierre angulaire de ce contrôle. Car l’efficacité s’avère souvent limitée et la préservation de la performance des produits passe par leur usage modéré.

(1) 110 Bourgogne et Ynovae (Cerepy, Capserval) : Yonne, Sud Seine-et-Marne et Nord Côte-d’Or.
(2) Voir les fiches phyto de ces ravageurs : numéros 286 de notre mensuel (décembre 2014) et 294 (septembre 2015)
(3) www.terresinovia.fr/colza/cultiver-du-colza/ravageurs/insectes/insectes-automne/altise-dhiver-grosse-altise/video-la-methode-berlese/
Les insecticides pyréthrinoïdes ne fonctionnent plus sur les grosses altises dans l’Yonne.
 

Deux organophosphorés efficaces encore utilisables

La résistance aux pyréthrinoïdes tend à se généraliser chez l’altise d’hiver et, dans certaines régions, pour le charançon du bourgeon terminal. Les insecticides Proteus et Horême 200 (néonicotinoïdes) étant utilisés en priorité contre les pucerons vecteurs de viroses, il ne reste comme alternative que les insecticides de la famille des organophosphorés : ceux à base de phosmet (Boravi WG) et ceux contenant du chlorpyriphos-méthyl (Daskor 440…) dont l’utilisation est couverte réglementairement par l’usage « crucifères oléagineuses traitement des parties aériennes coléoptères phytophages », précise-t-on chez Terres Inovia. Les pyréthrinoïdes peuvent encore apporter une certaine efficacité dans les situations de résistance modérée. Ils sont à utiliser de manière raisonnée de façon à limiter la pression de sélection des ravageurs sur cette famille. À noter que si un traitement est réalisé avec du Proteus sur pucerons et qu’il coïncide avec la date du traitement contre le charançon du bourgeon terminal, il ne sera pas nécessaire d’intervenir spécifiquement contre celui-ci.

Les détails sur : http://www.terresinovia.fr/fileadmin/cetiom/Cultures/Colza/insectes_limaces/strategie_lutte_ga_cbt_2017.pdf

AVIS D’EXPLOITANT

Daniel Simonnet, EARL de Vaucharme le Haut, Noyers-sur-Serein, Yonne

« Obtenir des colzas bien vigoureux avant le début des attaques »

« Il y a cinq ans j’appliquais une rotation courte colza-blé-orge puis, à cause du salissement important de mes parcelles en adventices, j’ai introduit des cultures de printemps dans la rotation. La pression des mauvaises herbes a diminué. Mais depuis trois à quatre ans, je connais de gros problèmes de ravageurs à l’automne sur colza, principalement la grosse altise. Cela s’est matérialisé notamment l’hiver 2015. Des colzas ont dépéri et j’ai pensé à des dégâts de gel d’abord mais un spécialiste de Terres Inovia a diagnostiqué une forte présence de larves d’altises dans les tiges avec comme conséquences des plants de colza dont il ne restait plus de feuilles en mars. Cette situation était visible sur toutes mes parcelles. Avec la capacité de compensation du colza, j’ai réussi à obtenir 20 q/ha de rendement. À l’automne 2015, j’ai réalisé trois traitements insecticides (Karaté Zéon, Pyrinex…). L’hiver a été doux, les insectes ont pu s’en donner à cœur joie ! La prolifération des larves était encore plus importante que l’année précédente avec un impact sur le rendement que j’estime à 30 %. La récolte 2016 n’a donné que 18 q/ha. Des analyses ont été faites sur les altises pour constater que les populations avaient développé une forte résistance aux pyréthrinoïdes. Pour réduire la pression de ces ravageurs, j’ai avancé mes dates de semis : autour du 15 août au lieu de la dernière semaine d’août, dans le but d’obtenir des colzas plus vigoureux au moment des premières morsures d’altises. Dans le même objectif, j’apporte de l’engrais organique avant semis avec du phosphore et l’équivalent de 24 unités d’azote à l’hectare. Et j’évite les traitements herbicides qui peuvent occasionner des phytotoxicités ralentissant le démarrage du colza. Je n’ai effectué qu’un seul traitement insecticide à l’automne. En décembre, j’ai constaté encore une bonne présence de larves d’altise mais pas au seuil où il est nécessaire d’intervenir. Le froid hivernal a été assez marqué cette année. La reprise de végétation a été bonne. Les colzas semblaient pas mal mais le rendement n’a été que de 23 q/ha alors que je m’attendais plutôt à 30 q/ha. Le gel d’avril, la sécheresse et la chaleur de juin ont dû lui être préjudiciables. »

183 hectares dont 60 de blé tendre, 40 d’orge d’hiver, 26 de colza (six ans entre deux colzas dorénavant), 20 de pois de printemps, 14 d’orge de printemps et d’avoine d’hiver, 4 de pois d’hiver.

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