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Stockage des céréales : 40 % des silos en France ont plus de 50 ans

Vieillissement des silos, évolution des productions, exigences sanitaires et logistiques croissantes : la filière céréalière française estime que les infrastructures de stockage des grains ne sont plus adaptées aux besoins actuels. Le plan « Infrastructures 2030 » prévoit 4,3 milliards d’euros d’investissements d’ici 2040 pour moderniser le parc français.

Le développement des protéagineux, la multiplication des cahiers des charges et la segmentation des marchés imposent désormais davantage de tri, d’allotement et de stockage différencié.
© MC. Bidault

« L’âge des silos français n’est pas acceptable », se désole Marie-Sophie Curtelet, déléguée générale de NégoA, lors de la conférence qui a suivi l’assemblée générale de la fédération du négoce agricole le 21 mai dernier. « Les autorités publiques n’ont pas toujours conscience des défis sanitaires et logistiques inhérents au stockage des grains », énonce-t-elle, considérant que le maillon « collecte des grains » reste trop souvent oublié et sous-estimé.

La déléguée générale pointe la vétusté des infrastructures de stockage, un handicap structurel pour la France dans un marché mondialisé, marqué par une concurrence accrue des grands pays exportateurs. « La compétitivité logistique et sanitaire du stockage est un facteur clé pour les céréales françaises. »

Seuls 15 % des silos de stockages des céréales ont moins de 25 ans

Sur les 4 568 silos à grains que compte la France, d’une capacité totale de 44 millions de tonnes (Mt), 40 % ont plus de 50 ans et seulement 15 % ont moins de 25 ans. « Les silos sont vieillissants et ne sont plus adaptés à la typologie des grains récoltés aujourd’hui dans les exploitations françaises », explique Marie-Sophie Curtelet. L’allongement des rotations a modifié la diversité des productions. Le développement des protéagineux, la multiplication des cahiers des charges et la segmentation des marchés imposent désormais davantage de tri, d’allotement et de stockage différencié. Les infrastructures ne sont pas assez adaptées à cette nouvelle donne.

Les organismes stockeurs doivent aussi répondre à des exigences renforcées en matière de traçabilité, de qualité sanitaire et de limitation des traitements insecticides. Enfin, les emplacements des silos sont parfois devenus moins pertinents au regard de l’évolution des bassins de production céréaliers, dans un contexte de changement climatique. Certains sites se retrouvent également trop proches des zones habitées avec l’étalement urbain.

Un plan à 4,3 milliards d’euros sur 15 ans pour rénover les silos de stockage des céréales

Conscient de cette problématique grandissante, NégoA et La Coopération Agricole Métiers du grain sont porteurs du plan « Infrastructures 2030 », présenté comme « une feuille de route stratégique visant à moderniser, créer et rationaliser les infrastructures de stockage des grains français. » Associant coopératives, négoces, interprofessions et instituts techniques, ce plan a été présenté le 25 février 2026 au Salon de l’agriculture, avec un état des lieux, un chiffrage des besoins financiers et des propositions opérationnelles.

Le cabinet Cérésco, mandaté pour analyser le parc français, évalue les besoins à 4,3 milliards d’euros (Md€) d’investissements d’ici 2040. Le plan prévoit la rénovation complète de 10 % du parc (4,4 Mt de stockage), des travaux légers sur 15 % (6,5 Mt), la création de nouveaux silos pour 11 % du parc (4,8 Mt), et le démantèlement de 31 % des capacités jugées obsolètes (13,5 Mt). Le coût global est réparti entre 2,1 Md€ pour les nouvelles capacités, 1,1 Md€ pour la rénovation, 568 millions d’euros (M€) pour le démantèlement, 326 M€ pour la modernisation technologique (tri, allotement, automatisation des flux).

Créer des infrastructures de stockage adaptées au contexte actuel

Le plan comprend des mesures concrètes qui visent à sécuriser les capacités de stockage intercampagne pour faire face aux crises sanitaires, climatiques, géopolitiques ou économiques de plus en plus fréquentes. Elles ambitionnent aussi d'adapter les outils à des flux plus diversifiés et à des produits à plus forte valeur ajoutée. 

Au-delà de la capacité, la filière met l’accent sur la modernisation nécessaire des outils : automatisation, optimisation des flux, amélioration du tri, et montée en puissance de la gestion numérique des lots. Les enjeux énergétiques et environnementaux sont également intégrés, avec des objectifs de décarbonation et de performance logistique.

Le cabinet Cérésco conseille aussi une réduction globale des capacités de stockage d’environ 20 %, avec un recentrage sur les sites les plus performants. Certains sites historiques pourraient perdre en pertinence face à l’évolution des bassins de production et aux nouveaux schémas logistiques, notamment ferroviaires et portuaires. Cette dimension soulève la question de la gouvernance de ce plan, quant aux fermetures, regroupements et investissements préconisés. « Une réorganisation, une mutualisation entre collecteurs est à réfléchir », a ainsi souligné Benoît Piétrement, président d’Intercéréales, le 21 mai chez NégoA.

Un accompagnement financier encore incertain

Les infrastructures de stockage ne sont pas exemptes de contraintes administratives qui pèsent aussi sur les projets : permis de construire, réglementations ICPE ou délais d’instruction… Antoine Hacard, président de LCA Métiers du grain, a ainsi appelé lors du Salon de l’agriculture 2026 à un accompagnement public renforcé, mais aussi à une simplification des procédures : « Ce plan garantit la souveraineté alimentaire de la France et de l’Europe, mais il exige un choc d’investissement et de simplification pour réussir. »

La question de son financement reste ouverte. Le plan repose principalement sur les capacités d’investissement des coopératives et des négoces, via leurs fonds propres et l’emprunt. À ce stade, le niveau de soutien public reste encore à préciser.

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