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Soja : les points techniques à ne pas louper pour se lancer

Choix variétal, date de semis, inoculation, besoins en eau… Certains aspects de l’itinéraire technique sont à soigner pour éviter les déconvenues, particulièrement dans les nouvelles zones de production.

Le choix variétal est déterminant, notamment dans les nouvelles zones de production septentrionales qui imposent des variétés très précoces.
Le choix variétal est déterminant, notamment dans les nouvelles zones de production septentrionales qui imposent des variétés très précoces.
© C. Gloria

Adapter la précocité et la date de semis à la région

Entre cinq et dix nouvelles variétés sont inscrites au Catalogue français chaque année. La précocité est un caractère primordial pour l’adaptation de la culture à sa région. Avec le développement des variétés 000, des potentiels de développement s’ouvrent dans le nord de la France, jusque dans les Hauts-de-France. « De nombreuses variétés apparaissent sur les précocités 00 et 000 avec des caractères intéressants, davantage qu’en simple 0 », observe Alexis Verniau, Terre Inovia Auvergne-Rhône-Alpes.

Il est indispensable de bien ajuster la date de semis dans les nouveaux bassins septentrionaux. Le compromis est délicat à trouver, entre le risque de récolter trop tard, voire de ne pas récolter du tout, et la nécessité d’un développement rapide de la culture. « Il faut que le soja lève vite afin d’éviter les dégâts d’oiseaux, explique Bruno Schmitt, de la chambre d’agriculture de l’Oise. Cela impose de ne pas semer trop profond et sur un sol réchauffé, quitte à attendre début mai. Mais il ne faut pas semer trop tard car la somme de températures est le principal facteur limitant. »

Implanter le soja dans des sols propices

La disponibilité en eau au cours de l’été est un élément clé de la réussite du soja. « En l’absence d’irrigation, il faut positionner le soja dans des sols profonds à bonne réserve utile pour sécuriser le résultat, recommande Vincent Lecomte, chargé d’études technico-économiques à Terres Inovia. Pour les petites terres, il y a de meilleurs candidats à la diversification des rotations, comme le tournesol par exemple. » Au nord de Paris, le soja s’est ainsi installé dans des bonnes terres anciennement occupées par la féverole.

Viser la bonne densité de peuplement

« Les variétés précoces 00 et 000 ramifient très peu, d’où un lien très fort entre densité de peuplement et rendement », explique Bastien Remurier, Terres Inovia Grand Est. De plus, le soja se caractérise par un taux de levée variable, parfois faible, avec un investissement important pour les semences certifiées avec inoculum (35-40 % des charges).

Selon Terres Inovia, le peuplement optimal se situe autour de 60 plantes au mètre carré, à ajuster selon le groupe de précocité et l’investissement en semences. Pour les 00 dans le Nord-Est, la meilleure réponse s’obtient avec 60 à 70 plantes/m2. Les variétés des groupes 1 et 2, adaptées au Sud, ramifient davantage : on peut viser une densité de 40 pieds/m2. L’usage de semences de ferme autorise des densités un peu supérieures, avec un optimum économique obtenu avec des semis à 70-80 grains/m2, d’après Terres Inovia.

L’écartement idéal se situe entre 17 et 35 cm. Au-delà de 35 cm, les variétés 000 décrochent, notamment dans le Nord-Est, avec une plus grande variabilité de rendement. Par ailleurs, le semoir monograine permet d’améliorer le taux de levée de plus de 10 % grâce à un meilleur contact entre la terre et les graines.

Désherber efficacement sans phytotoxicité

Le soja est sensible à la compétition des mauvaises herbes. « Les pertes de rendement liées aux adventices peuvent s’élever à 30 %, voire à 50 % dans le cas d’infestation élevée en ambroisies ou en panics », met en garde Terres Inovia. Le coût d’un programme herbicide s’échelonne de 50 à 120 euros par hectare, et la plupart incluent un traitement de post-levée (notamment Pulsar 40). Certains produits doivent être utilisés avec précaution car ils peuvent générer de la phytotoxicité. C’est notamment le cas des produits à base de pendiméthaline (Prowl, Atic Aqua), qui peuvent être conseillés en prélevée pour renforcer l’efficacité contre les graminées et renouées. Ces herbicides sont source de phytotoxicité si une pluviométrie importante intervient après application, notamment sur les sols sableux et limoneux.

Le désherbage mécanique (binage, herse, houe) est une solution sur soja. La herse étrille en passage précoce en aveugle peut avoir une efficacité non négligeable, jusqu’à 50 % sur les graminées. Le passage d’outils impose de majorer la densité de semis de 10 %, avec une profondeur de 4 cm pour résister aux passages de herse étrille ou de houe rotative. L’efficacité de la combinaison des désherbages mécanique et chimique avoisine celle de la référence chimique avec des coûts jusqu’à deux fois moins importants, mais en augmentant le temps de travail.

Ajuster l’irrigation aux besoins du soja

« Les différences moyennes de rendement constatées entre année correctement arrosée et année à stress hydrique dans le nord et l’est sont de plus ou moins 10 quintaux/hectare », chiffre Nicolas Latraye, Terres Inovia Hauts-de-France. Le manque d’eau altère le fonctionnement de la plante et la fixation symbiotique, qui détermine la quantité d’azote absorbée et donc le potentiel de rendement.

Les besoins en eau du soja se concentrent en été. « Ils sont inférieurs de 40 mm à ceux du maïs, plus tardifs et sur une période plus longue, jusqu’à début septembre, explique Nicolas Latraye. Il n’est donc pas pertinent de cadencer l’irrigation du soja avec celle du maïs au risque d’altérer le rendement, surtout lors du remplissage de fin de cycle. »

L’ingénieur conseille d’attendre le stade « premières fleurs » pour lancer l’irrigation en sols légers, et dix jours après en sols profonds. « La première irrigation est souvent réalisée trop tôt, constate Nicolas Latraye. Or, le soja supporte un assèchement du sol plus important que le maïs. L’apport d’eau avant 'premières fleurs' doit rester exceptionnel, seulement en cas de stress hydrique extrême. » Démarrer trop tôt peut engendrer une forte végétation propice au sclérotinia, limiter l’exploration racinaire et faire avorter les étages les plus bas. Il est préférable d’apporter des volumes importants et espacés plutôt que faibles et fréquents pour éviter les maladies. Ne pas arrêter trop tôt sécurise le remplissage des grains et une bonne teneur en protéines. Le maintien d’une bonne alimentation en eau sera utile jusqu’au stade R7 (premières gousses virant au brun), trois semaines avant récolte seulement. Des OAD existent pour piloter l’irrigation comme IRRIsoja ou Irré-LIS.

L’inoculation, un passage obligé pour le soja

 

 
Afin de garantir l'apparition des nodosités, l'inoculation est indispensable lorsque le soja n'a pas été cultivé dans la parcelle pendant quatre ans. © C. Gloria
En première année de culture sur soja, l’inoculation est obligatoire. « Le soja vit en symbiose avec le Rhizobium, une bactérie fixatrice de l’azote de l’air, explique Louis-Marie Allard, ingénieur développement chez Terres Inovia. Cette symbiose peut représenter 70 à 80 % de l’alimentation azotée du soja. Sans inoculation, on enregistre en moyenne 35 % de rendement en moins, et jusqu’à 70 % dans les cas les plus sévères. » Divers produits et méthodes sont proposés pour l’inoculation. La référence en la matière est le produit NPPL Force 48.

 

Les Rhizobium survivent bien dans le sol, mais l’inoculation doit être renouvelée si le soja a été absent de la parcelle pendant quatre ans. « Concrètement, vu les faibles surfaces concernées dans notre secteur et la fréquence du soja dans les rotations, nous recommandons d’inoculer à chaque implantation de soja », souligne Bruno Schmitt, de la chambre d’agriculture de l’Oise.

Le stress hydrique et une forte concentration en azote dans le sol sont des facteurs limitants à la nodulation. La qualité de production de nodosités sera vérifiée idéalement à début floraison. Si plus de 30 % des pieds ne présentent pas de nodosités ou s’il y a en moyenne moins de cinq nodules fonctionnels (couleur rosée à la coupe) par plante, on considère qu’il y a défaut d’inoculation. Il est alors nécessaire d’apporter de l’azote en végétation.

Bien gérer le sclérotinia en évaluant son risque

Le soja est peu sujet aux maladies. Le sclérotinia constitue le pathogène le plus dangereux. La tolérance variétale est le seul moyen de lutte directe. La lutte agronomique passe par des densités modérées de pieds avec un interligne large et l’espacement des tours d’eau. Les situations les plus à risque sont celles où le soja revient fréquemment (1 an sur 2), en sols profonds et en parcelle irriguée.

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