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Sept bons réflexes pour parler de son métier

Bien communiquer sur son métier se joue au quotidien. Antoine Part, chez Passion Céréales, fait part de ses conseils pour déminer les sujets lourds et emmener ses interlocuteurs vers une définition positive du monde agricole et céréalier.

Contextualiser, ramener son interlocuteur à ce qui se passe sur sa propre ferme est un moyen de le sensibiliser à son métier (ici, stand de l'Odyssée végétale au Salon de l'agriculture).
© Passion Céréales

Tous les professionnels de la communication le martèlent : ce sont les agriculteurs qui sont les meilleurs ambassadeurs pour parler de leur métier. Facile à dire… pas forcément facile à faire. Pour Antoine Part, responsable communication métiers et territoires chez Passion Céréales, il n’y a cependant pas vraiment de dilemme : « si les agriculteurs n’ont pas envie que d'autres parlent à leur place de leur métier, ils n'ont pas le choix et doivent prendre la parole, résume-t-il. Notre travail consiste entre autres à leur donner envie de communiquer ». Sept points clés pour devenir ambassadeur de son métier.

 

 

1 Viser la proximité

Passer au 20 heures de TF1, pourquoi pas, mais ce n’est pas là que se joue l’essentiel. « Les médias sont de véritables amplificateurs d’opinions, mais c’est au quotidien que doit se faire la vraie communication », estime Antoine Part. Cela signifie aller voir son voisin, l’école de son village… ou s’appuyer sur des médias, mais à portée locale. « La petite radio locale qui est diffusée dans tous les commerces de la région et que tout le monde entend peut être un vrai atout », note le professionnel.

Astuce Cherchez à parler à votre voisinage, aux gens qui vous entourent.

2 Casser les stéréotypes

« En tant que tel, il ou elle endosse les responsabilités d’un véritable chef d’entreprise », voilà comment le site Studyrama définit le métier de céréalier… Cette explication confirme le statut particulier du cultivateur. Souvent qualifié de « gros », le céréalier fait partie, dans l'imaginaire du grand public, de ces agriculteurs privilégiés susceptibles, par exemple, de partir en vacances à l’inverse de l’éleveur enchaîné à son élevage. Pour Antoine Part, il faut contribuer à casser ce stéréotype, d'abord en se montrant le plus possible au naturel.

Astuce Lorsque vous devez intervenir quelque part, venez comme vous êtes et ne vous mettez pas sur votre 31.

3 Se créer des alliés

Non seulement beaucoup de gens ne sont pas hostiles au monde agricole, mais certains lui sont même favorables. Reste à les repérer et à les identifier pour s’en faire de vrais alliés, capables eux aussi d’expliquer le métier. « Il faut également mettre de son côté tous les gens neutres, qui n’ont pas d’avis préconçus sur les questions agricoles », note Antoine Part. Concrètement, cela signifie aller à leur rencontre alors qu’ils n’y pensent pas, pour leur présenter soi-même ce qu’est le monde agricole. C’est, entre autres, aller parler à ses voisins qui viennent de s’installer et leur proposer de venir visiter sa ferme. « Quand on est du cru, cette fonction d’accueil, on a tendance à l’oublier, souligne Antoine Part. C’est pourtant bien à l’agriculteur de l’avoir. » Et c’est utile : avoir créer le contact dans un moment sans tension permettra de déminer d’éventuelles critiques ou problèmes ultérieurs.

Astuce Aborder votre interlocuteur avec un sujet qui le concerne, positif, non polémique et si possible original.

4 Avoir confiance dans sa capacité à expliquer

« Comment peut-on se faire coincer sur un métier qui est le sien ? », s’amuse Antoine Part. Pour le professionnel, l’agriculteur doit se faire davantage confiance dans sa capacité à expliquer comment il travaille… Y compris sur un sujet aussi sensible que l’emploi des phytos. Le tout est de trouver la bonne entrée. Le plus efficace consiste à partir du raisonnement appliqué sur une ferme : ces produits coûtent cher, s’il était possible d’en mettre moins, ce serait fait, mais il faut protéger la plante pour avoir au bout du compte un rendement. Et le plus difficile est probablement de savoir s’arrêter au bon moment, faute, par exemple, de compétences pour aller plus loin dans l'échange. « Un agriculteur n’est pas un expert des phytos et ne peut pas avoir réponse à toutes les questions », observe Antoine Part. Et il faut aussi savoir reconnaître qu’un avis est personnel. « Cela contribue à crédibiliser le propos », souligne le professionnel.

Astuce Ne vous perdez pas dans un argumentaire trop compliqué, appuyez-vous sur ce que vous faites sur votre ferme. Faites des comparaisons simples : un engrais peut être vu comme un aliment pour la plante, un phyto comme un médicament... Dans un cas comme dans l'autre, en donner trop leur fait perdre de l'efficacité.

5 Prendre du recul sur ce que l’on entend

Les sujets agricoles suscitent de nombreuses polémiques, or les agriculteurs sont peu nombreux. Donc, lorsque les gens en croisent un sur leur chemin, « il faut accepter parfois qu'ils vident leur sac », décrit Antoine Part. Inutile d’en prendre ombrage. À l’inverse, cela peut valoir le coup ensuite de questionner son interlocuteur, pour comprendre pourquoi il tient ces propos. « Il faut aller sur son terrain, pour le mettre en posture d’intelligibilité », explique Antoine Part. Mais il faut accepter dès le départ de ne pas avoir le dernier mot… aussi difficile que cela puisse être. « C’est tout particulièrement vrai sur les réseaux sociaux, remarque le communicant. C’est la règle du jeu et ce n’est pas grave, car la communication n’est pas un combat mais un dialogue. » Et lorsque le dialogue s’avère impossible, inutile de poursuivre : il reste plein d’autres personnes à convaincre.

Astuce Sur un sujet comme les phytos, reprenez le vocabulaire de votre interlocuteur (pesticides au lieu de produits phyto, par exemple) même si ce n’est pas le vôtre : vous lui montrez que vous l’écoutez, il sera plus réceptif.

6 Sortir de la justification

« Quelqu’un qui se justifie, c’est quelqu’un qui n’est pas dans le juste », résume Antoine Part. D'accord, mais quelles sont les applications concrètes d'un tel postulat ? Cela signifie par exemple savoir présenter la PAC autrement que comme une politique de soutiens nécessaires aux producteurs européens pour se défendre face au marché mondial. « Si je devais résumer la PAC en 30 secondes, je dirais que c’est une politique qui a été créée pour garantir la sécurité alimentaire de l’Europe et éviter la guerre », illustre Antoine Part.

Astuce Tentez de positionner systématiquement l’agriculture comme une source de solutions… Et non de problèmes.

7 Jouer sur l’affectif

« Il faut réussir à parler à l’imaginaire des gens », conseille Antoine Part. Cela consiste notamment à les aider à refaire le lien entre les champs et les produits finis que sont le pain, l’huile ou la bière. Cela demande aussi de cultiver son propre imaginaire, donc de s’extraire du quotidien, ce qui n’est pas toujours facile. Dans cet objectif, Passion Céréales a publié l’an dernier un petit livre sur les céréales dans la peinture intitulé « Une moisson d’or et de couleurs ». Le plus efficace reste bien sûr l’anecdote, le souvenir ou l’émotion que vous partagez avec votre interlocuteur…

Astuce N’hésitez pas à parler de votre propre histoire, des raisons pour laquelle vous avez repris l’exploitation familiale, par exemple.

Des outils pour s'aider au quotidien

Passion Céréales a mis au point différents outils pour former et aider à la communication positive. En voici deux :

Le module de sensibilisation à la communication grand public. Sur une journée, l’objectif est de faire avec un petit groupe d’agriculteurs un check-up sur les « bonnes » façons de parler de son métier. Une mise en situation bienveillante est organisée l’après-midi. Le module est accessible dans la formation "Atouts jeunes" que proposent certaines coopératives ou via des organisations agricoles qui le proposent à leurs adhérents.

Les Tuto’ Com. Cette web formation de 40 minutes ouverte à tout le monde se veut hyper opérationnelle. Un expert vient présenter en direct ses idées et conseils sur un sujet précis. Les sujets sont co-construits avec les participants qui peuvent voter pour ceux qu’ils souhaitent voir aborder dans les nouvelles sessions. Parmi les sujets abordés : gérer sa e-réputation, animer un stand sur une foire locale ou comment se servir des chiffres dans une conversation…

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