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Semer tôt sans se planter

Chercher davantage de rendement ou réduire les stress hydriques de l’été pour son maïs : la précocification du semis peut répondre à ces deux objectifs. Encore faut-il garantir la réussite de la technique car elle n’est pas sans risque.

Le changement climatique en cours impose d’adapter les itinéraires culturaux. L’élévation de la température se traduit par un raccourcissement du cycle végétatif au détriment du rendement final pour des cultures d’été comme le maïs, si on ne change pas leur mode de production. « C’est le cas si on n’augmente pas la tardiveté des variétés utilisées », signifie Josiane Lorgeou, responsable du pôle variétés, génétique et semences chez Arvalis. Les agriculteurs ont recours à des indices de précocité de plus en plus élevés. Cette évolution vers la tardiveté est estimée à l’équivalent d’un groupe de précocité sur les 25 dernières années, selon Arvalis. Dans le même temps, les dates de semis ont été avancées de dix jours en moyenne sur tous les types de précocité, selon une étude de l’institut technique et de l’UFS(1).

L’évolution est contrastée selon les régions. La hausse de températures qui s’accompagne de cycles raccourcis de culture a un impact négatif dans le Sud du pays. Mais elle peut être perçue positivement pour le maïs au Nord, en permettant l’utilisation de variétés plus tardives et plus productives. « L’avancement des dates de semis est plus ou moins marqué selon les régions, remarque Josiane Lorgeou. En Alsace et dans la vallée du Rhône, il y a une forte amplitude de températures entre le jour et la nuit, avec des risques de froid intense qui rendent les agriculteurs prudents dans l’avancement des dates de semis. La précocification semble plus marquée dans les régions océaniques comme le Sud-Ouest. D’autre part, expose la spécialiste d’Arvalis, le type de sol joue sur l’évolution des dates de semis. Sur des sols de galets ou des sables sans inertie ou encore sur des limons froids, blancs, il n’y a pas autant d’avancement que sur d’autres types de sol qui emmagasinent mieux la chaleur. »

Ouvrir des fenêtres de semis quand il fait beau

L’agriculteur doit-il jouer systématiquement la carte du semis précoce ? Plutôt que de déclenchement de dates de semis, Josiane Lorgeou préfère parler d’ouverture de fenêtres de semis tenant compte de la température du sol et de son ressuyage. « On ouvre une fenêtre de semis si les conditions de reprise du sol sont bonnes et que la terre est bien réchauffée. En région Centre par exemple, cette fenêtre de semis s'ouvre plus tôt qu’autrefois. »

Les périodes d'implantation de semis propices arrivent de plus en plus tôt. Mais dans les régions où les dates sont les plus précoces, les fenêtres de semis ne sont pas forcément plus nombreuses. « Dans le Sud-Ouest, il y a moitié moins de fenêtres de semis — cela dépend du sol — qu’à Orléans ou à Rennes, observe Josiane Lorgeou. Une forte pluie comme l’on en connaît au printemps dans cette région peut repousser des semis à très tard. Dans ce cas, il vaut mieux démarrer dès la première fenêtre même si la météo annonce l’arrivée d’une dépression dans les jours qui suivent. »

Stratégie de l’évitement des stress hydriques de l’été

Pourquoi choisir de semer son maïs précocement ? Si l’on est en situation d’apports en eau garantis (zone climatique arrosée, irrigation), le semis précoce associé à des variétés tardives permet d'améliorer les rendements. Mais la stratégie ne doit pas se répercuter sur une date de récolte trop tardive avec les risques que cela implique sur l’humidité du grain.

À travers le semis précoce, on peut également chercher à amener son maïs à maturité le plus rapidement possible. Diverses raisons à cela : esquiver autant que faire se peut le défaut hydrique de fin de cycle en été ou libérer la parcelle suffisamment tôt pour semer un blé ensuite par exemple. Mieux vaut choisir alors des variétés précoces, même si l’on sait que le potentiel de rendement est réduit par rapport à des variétés tardives.

La chambre d’agriculture de Dordogne relate l’expérience de Patrick Losmède, producteur de canards gras à La Chapelle Gresignac dans l'Aisne. L’agriculteur produit du maïs en monoculture. Ses ressources en eau sont limitées à trois tours de 20 mm au maximum. Il a donc choisi d’implanter un maïs à cycle court (indice 300), très précocement (dès le 11 mars en 2014) pour profiter au mieux des précipitations du printemps. La culture atteint ainsi des stades moins sensibles au stress hydrique avant la sécheresse estivale. Patrick Losmède n’oublie pas de consulter les prévisions météorologiques sur l’estimation de risques de gelée, qui était nulle au printemps 2014. Il y avait donc une fenêtre de semis précoce sécurisée pour le producteur et, au 26 mai 2014, les maïs avaient atteint le stade 10 feuilles en ayant largement profité des précipitations du printemps et en ayant permis l’économie de l’équivalent de deux tours d’eau. Précision : Patrick Losmède sème en direct ses maïs dans un couvert d’avoine et de féverole, sur un sol peu sujet au compactage. Les risques sont bien pesés.

Le maïs a besoin de chaleur

Semer tôt demande une certaine prudence. Le maïs n’aime pas le froid surtout quand celui-ci se prolonge. « Le maïs est particulièrement sensible au gel d’apex au stade 6 feuilles. Mais ce qui est le plus à craindre, c’est le nombre de jours où le maïs 'patine', autrement dit la durée où la plante reste bloquée dans sa croissance avec une photosynthèse non efficiente », souligne Josiane Lorgeou. Le zéro de végétation se situe entre 6°C et 10°C. Le ralentissement de levée du au froid et un développement freiné de la plante la rendent plus vulnérables aux attaques de ravageurs  — oiseaux, taupins ou encore dégâts de géomyzes comme l’Ouest de la France en a connus en 2016.

Le risque de gel d’apex au stade 6 feuilles n’est pas à négliger. Dans chaque région, la date de semis sera choisie en conséquence, en tenant compte des dates de dernière gelée qui y sont généralement relevées d’une part et des prévisions du stade 6 feuilles en fonction des dates de semis et des variétés choisies d’autre part. De tels diagnostics de risques sont couramment établis à partir de simulations sur les sommes moyennes de températures dans les différents secteurs géographiques. L’exposition de la parcelle et son type de sol doivent être pris en compte. Ce sont des facteurs qui jouent significativement sur la température et que les plantes subiront. Tout doit être pensé pour apporter un peu de chaleur au maïs en début de cycle.

(1) Voir le n° 296, novembre 2015, de notre mensuel, pages 35 et 36.(2) www.dordogne.chambagri.fr/fileadmin/documents_ca24/Internet/AgronomieFourrages/FichesCAP/SemisPrecoceMais.pdf

Le gel d’apex grave mais rare

Siège des initiations foliaires puis florales, l’apex du maïs est relativement préservé du froid jusqu’au stade 5-6 feuilles car il se situe en dessous de la surface du sol. Ensuite, il « décolle » et à partir du stade 6 feuilles il n’est plus protégé que par les gaines des feuilles émises. Il se retrouve davantage exposé aux risques de gel. Un froid sévère peut n’affecter que les feuilles avec une sénescence de celles-ci mais un gel soutenu détruira les tissus de l’apex et entraînera la mort de la plante. Les cas de gel d’apex sont devenus très rares. Le maïs est également très sensible au froid quand se déroule la transition florale (stade 8-10 feuilles). Un gel à cette période conduit à une stérilité des éléments floraux.

Une préparation du sol pour mettre le maïs sur de bons rails

La bonne préparation du sol est un préalable nécessaire pour une culture exigeante comme le maïs. « Les préparations creuses et soufflées sont à proscrire car elles limiteront le contact entre la graine et le sol ainsi qu’entre les racines et le sol. Elles peuvent en outre limiter l’humidification de la graine indispensable à sa germination et l’alimentation de la jeune plante, prévient-on chez Arvalis. Sur le sol, le but est d’obtenir une terre ameublie en profondeur, rassise sans être trop tassée et affinée sans excès en surface. » Quant à la graine, elle devra être semée à une profondeur régulière de 3 à 6 centimètres, dans le frais. Elle sera placée au contact de l’humidité de la terre fine dans un sol meuble et rappuyé. Si le semis n’est pas assez profond, les graines seront exposées aux attaques d’oiseaux et germeront difficilement en cas de période sèche prolongée. S’il est trop profond, la levée sera plus difficile, lente et moins régulière. Des interventions comme l’apport d’engrais starter ou un désherbage approprié rendront la levée plus efficace.

Semer le plus tôt possible en toute sécurité

Les agriculteurs peuvent recevoir l’appui et la garantie des services de semenciers dans leur choix de semis très précoces : Sem’expert (Pioneer), DK Prévi Semis (Dekalb), LG Vision Semis (Limagrain), Precosem (Maïsadour), Climat Profil (Euralis)… Sem’expert est un service gratuit d’aide au pilotage du semis de maïs qui a été lancé dès 2002. « Depuis cette date, il a permis une avancée des dates de semis d’un mois. Nous pouvons dire que Pioneer a été précurseur du semis précoce. Des semis ont déjà été effectués avec succès dès la fin février dans le Sud-Ouest avec nos maïs tardifs, affirme Alison Gasparetto, responsable produit maïs pour Pioneer en France. Quand l’agriculteur effectue son achat de semences, il peut faire appel à notre service Sem’expert s’il le désire. Des conseils sont alors apportés par un agent de terrain sur les dates de semis et sur le choix des bons hybrides en fonction des parcelles. Un diagnostic parcellaire est réalisé vis-à-vis du sol et du climat de la zone. Des densités de semis sont également préconisées pour chacun de nos hybrides en fonction du potentiel de la parcelle et nos agents sont formés à fournir les informations utiles sur les réglages de semoir (vitesse, profondeur de semis…) pour assurer la meilleure qualité de semis possible. Enfin, les semences sont proposées avec différentes offres de traitement de semences. »

Pour une culture homogène en termes de stade et de peuplement

Grâce aux spécialistes de Pioneer qui font des relevés de température du sol sur le terrain, Sem’expert apporte un service météo personnalisé à la parcelle, avec les prévisions climatiques pour les jours à venir. Les agriculteurs sont informés par SMS du déclenchement possible des semis. « L’objectif est une levée réussie du maïs, c’est-à-dire que tous les grains soient levés et que la culture soit homogène en termes de peuplement et de stade, précise Alison Gasparetto. Il y a un engagement au travers d’un service d’assurance de Pioneer vis-à-vis de l’agriculteur de garantir cette réussite de levée et de peuplement du maïs au stade 6 feuilles ligulées. » Un surplus moyen de 4,4 quintaux/hectare de rendement est mis en avant avec les préconisations Pioneer par rapport à des semis classiques, de même que des gains d’humidité (- 3,3 points à la récolte) et des économies de tours d’eau. Sem’expert est développé sur plusieurs centaines de milliers d’hectares, plus particulièrement sur les marchés des maïs demi tardifs à très tardifs.

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