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Semences : pourquoi les agriculteurs multiplicateurs sont de moins en moins nombreux

L’activité des entreprises semencières dégage toujours un excédent commercial significatif, selon les derniers chiffres communiqués par l’Union française des semenciers (UFS) le 14 décembre 2023. Mais l’érosion des agriculteurs multiplicateurs se confirme d’année en année.

Rémi Bastien, vice président de l'UFS, Rachel Blumel, directrice et Olivier Paul, président de l'UFS"Npus nous mobilisons pour faire reconnaître la spécificité et le ...
Rémi Bastien, vice président de l'UFS, Rachel Blumel, directrice et Olivier Paul, président de l'UFS "Nous nous mobilisons pour faire reconnaître la spécificité et le caractère stratégique de nos activités semences dans l'agenda européen."
© C. Gloria

Avec des exportations de semences ayant augmenté de 10 % en valeur entre 2022 et 2023, la France reste le premier pays exportateur de semences dans le monde. L’activité semences dégage un excédent de plus d’un milliard d’euros. Mais il y a un hic. « Cette augmentation est due à l’inflation car le volume de semences exporté a baissé de 4 % », remarque Olivier Paul, président de l’Union française des semenciers (UFS) et directeur général de Lidea Seeds.

À l’origine de ce recul : la baisse des surfaces de production observée dans la majorité des filières : - 5 % en maïs qui représente à lui seul la moitié de l’excédent commercial, - 9 % en betterave, - 16 % en fourragères… Mais il y a quelques hausses : + 6 % en colza, + 12 % en tournesol… La surface de multiplication de semences atteint 384 709 hectares sur la campagne 2022-2023, soit 3 % de moins qu’en 2021-2022 qui enregistrait déjà une baisse de surface (2 %) par rapport à la campagne précédente. Le nombre d’agriculteurs multiplicateurs a également diminué de 3 % entre les deux dernières campagnes.

La production de semences de moins en moins attractive pour les agriculteurs

L’UFS s’alarme de cette situation. Elle a mené une étude auprès des agriculteurs multiplicateurs pour « hiérarchiser les freins dans l’attractivité de la production de semences, toutes espèces confondues. » « La rémunération est le frein principal, dans un contexte de prix aléatoires et d’incertitudes », remarque Olivier Paul. Les prix élevés de la campagne 2021-2022 sur les récoltes de cultures conventionnelles n’ont pas été favorables à des engagements sur des productions de semences, exigeantes sur le plan technique.

Le manque de solutions phytosanitaires, les problèmes de productivité, les besoins d’irrigations sont des points qui ont également été mis en avant sur le défaut croissant d’attractivité de la production de semences pour les agriculteurs. Olivier Paul insiste sur la question cruciale de la ressource en eau. « Il y a des tensions autour de l’utilisation de cette ressource et des craintes fortes sur la capacité à irriguer les productions. Nous sommes dans un contexte de restrictions d’irrigation. Nous souhaitons faire reconnaître la spécificité et le caractère stratégique des semences justifiant des mesures de restriction adaptées. Sur 17 arrêtés de restriction en 2023 sur le territoire, seulement 5 avaient intégré des dérogations pour la production de semences… »

La Russie met des restrictions aux semences européennes

Deux tiers des semences sont exportées dans l’Union européenne et un tiers vers des pays comme la Russie surtout, l’Ukraine… Le chiffre d’affaires des exportations pour la Russie s’élève à 120 millions d’euros. « Mais les autorités russes œuvrent pour une plus grande indépendance en termes d’approvisionnement de semences avec l’objectif d’être autosuffisant à 75 % en 2030, informe Olivier Paul. Elles veulent développer les filières de production de semences locales et réduire les importations, avec des réglementations contraignantes pour les exportateurs. »

Dans cette morosité ambiante, les semenciers espèrent une adoption rapide du projet de règlement sur les NGT (nouvelles techniques de génomique) « avec un cadre clair et une acceptation sociétale. C’est important pour nos entreprises, dans l’optique d’investir dans ces NGT qui ne sont que des outils supplémentaires pour la sélection variétale », souligne Rémi Bastien, vice-président de l’UFS et directeur des semences potagères chez LG. Les semenciers verraient d’un bon œil des décisions en ce sens avant les élections européennes de juin 2024.

EN CHIFFRES

La France, premier producteur européen de semences et premier exportateur mondial

3,6 milliards d’euros (Mrd€) de chiffre d’affaires pour les entreprises semencières en France en 2022-2023

1,124 Mrd€ d’excédent commercial

27 % de hausse d’exportations depuis 2015

52 % des semences destinées à l’export, pour 2/3 vers les pays de l’UE et 1/3 vers la Russie, l’Ukraine…

384 709 hectares de multiplication de semences

17 271 agriculteurs multiplicateurs

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