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Semences de ferme ou certifiées, que choisir ?

Sur blé tendre, les problèmes de germination sur pied incitent à se tourner davantage vers la semence certifiée. Oui, mais le prix du blé régresse, d’où la volonté de réduire les coûts…

Depuis ces dernières années, on constate une légère tendance à la hausse des surfaces de blé tendre semées avec des semences certifiées. C’est un phénomène toujours observé quand les cours des céréales sont élevés. Mais la forte baisse des prix du blé de la récolte 2014 pourrait remettre en cause cette tendance. En fait, cette année, deux phénomènes s’opposent, sans savoir lequel des deux l’emportera. D’une part, le prix du blé a fortement régressé sur les marchés mondiaux. Une baisse accentuée localement par la mauvaise qualité des grains engendrant des réfactions et du déclassement en blé fourrager. Cette situation peut pousser certains agriculteurs à se servir dans leur tas de grains pour produire leur propre semence afin de réduire les coûts de production de la campagne prochaine. D’autre part, la dégradation de la qualité des grains peut, au contraire, pousser les céréaliers à privilégier la semence certifiée afin de s’assurer une levée optimale pour les semis de l’automne.


Le test de germination est indispensable


Alors, que faire ? Et tout d’abord est-il possible d’utiliser du blé ayant un temps de chute de Hagberg très faible, voire du blé faiblement germé pour produire sa propre semence ? À ces deux questions, Arvalis répond par la positive, suite aux études que l’institut a pu conduire en 2000 et 2001 où les conditions climatiques avaient été relativement proches. Mais il est indispensable de prendre certaines précautions. La première est de soigner les conditions de stockage. Il faut avoir un grain inférieur à 15 % d’humidité et ventiler le lot pour descendre la température à 15-20 %. En plus du test de germination que vous aurez fait à la récolte, il faut renouveler l’opération en septembre après quelques temps de stockage. Il est en effet très difficile de prévoir comment vont se comporter les lots prégermés et surtout comment va évoluer leur faculté germinative. « Si le taux de germination est inférieur à 80 %, le lot n’est pas utilisable pour faire des semences et il faut prévoir des semences certifiées », insiste Arvalis dans une note technique.


Pas de panique, selon les trieurs à façon


La germination sur pied est un phénomène que Sylvain Ducroquet, trieur à façon à la tête de sa société CapSemences dans le Nord, connaît bien même s’il n’est pas le plus concerné par ce problème cette année. « En Nord-Picardie, nous y sommes confrontés une année sur trois, et pourtant la moitié des surfaces de blé sont semées avec des semences de ferme avec des rendements très élevés », rassure-t-il. Pour autant, le président du syndicat des trieurs à façon (Staff) donne quelques conseils. « Les lots qui ont des germes d’un centimètre sont à éliminer. Il ne faut pas prendre de risque. On peut garder un lot quand les germes commencent juste à pointer, au stade ‘point blanc’. »
Jean-Louis Courtot, trieur à façon, est au cœur des secteurs les plus touchés par la germination sur pied. Avec sa société EFC Semences qui traite 57 000 quintaux par an pour 900 clients, il parcourt les régions Bourgogne, Franche-Comté et Rhône-Alpes. « Les gens se posent beaucoup de questions cette année, mais je pense avoir une augmentation de mon activité cette campagne plutôt qu’une baisse. Dans les exploitations céréalières, la semence de ferme n’est pas une activité secondaire. Les agriculteurs travaillent leur semence avec professionnalisme, avec une anticipation sur le choix de variété, un plan de mise en culture, une conduite particulière des parcelles et des lots. »

Un grain légèrement germé peut se conserver deux mois


Il insiste aussi sur les améliorations réalisés chez les trieurs à façon. « Nous avons beaucoup investi dans nos stations de semences mobiles en améliorant à la fois la sécurité, la qualité du triage et du traitement de semences ». Pour lui, le grain légèrement germé peut se conserver deux mois sans difficulté. « De toute façon, la machine aura éliminé la majeure partie de ces grains du lot », souligne-t-il.


Pas de problème de disponibilité en semence certifiée


Les parcelles de multiplication de semences ont elles aussi subi les mêmes difficultés et des rumeurs courent qu’il y aurait des problèmes de disponibilité en semences certifiées. Ce que réfute Pascal Monbled, directeur commercial de Semences de France, le réseau de semenciers des coopératives, et président de la section Céréales de l’Union française des semenciers (UFS). « Il est vrai que toute la zone sud du Bassin parisien, Bourgogne, Franche Comté, Lorraine est très affectée. Par exemple, 80 % des lots en production de semences ne sont pas aux normes sur les plateaux de Bourgogne. Mais cela ne reflète pas toute la France. » Sur la partie ouest du pays, le rendement et la qualité sont présents. Dans le Sud-Ouest, le Sud-Est et le Centre, la qualité est moyenne. Quant au Nord, les rendements sont élevés et la qualité hétérogène. « L’année est compliquée car il y a beaucoup d’allotements, mais il y aura de la disponibilité. En blé tendre, les grandes variétés seront au rendez-vous », insiste-t-il. Pas de problème non plus en orge et blé dur. En revanche, pour le triticale la situation est plus tendue. « Quant à la qualité des semences, outre les tables densimétriques, les stations de semences sont quasiment toutes équipées de trieurs optiques depuis le retour de l’ergot. Nous avons investi », poursuit-il.
En France, la semence certifiée doit répondre à un cahier des charges très strict en termes de qualité. Ainsi, le taux de germination doit être supérieur à 85 % avec un taux de pureté variétale d’au moins 97,7 %. « Il y a quelques dizaines d’années, les semenciers demandaient régulièrement des dérogations sur les normes pour atteindre leur plan de production. Ce n’est plus le cas quels que soient les accidents climatiques », souligne François Burgaud du Gnis. De plus, la filière a constitué un réseau commercial robuste, en circuit long. « Une coopérative à la fois productrice et distributrice de semences qui ne produit pas assez de semences fait appel aux autres pour se fournir », explique François Burgaud. En temps normal, 10 à 15 % des volumes de semences en céréales à paille passent par le circuit long. Cette année ce sera sans doute davantage.


Une course contre la montre pour assurer les livraisons


Vivescia, bien que situé à l’est de la France, va être fournisseur du circuit long pour Semences de France et Limagrain. « Nous avons la chance que la majorité de nos contrats de multiplication se situent au nord de notre secteur, qui est le moins touché par la germination sur pied, souligne Florent Perchat, directeur semences de la coopérative. Les bons rendements vont permettre de compenser les retraits de lots non conformes. » Une des difficultés auxquelles doit faire face Florent Perchat cette année est la course contre la montre pour réussir à livrer les 6500 adhérents. « Les analyses et allotements nous ont fait perdre du temps. Mais on y arrivera », rassure-t-il.
Alors, semences de ferme ou certifiées, il faut agir au cas par cas, y compris selon les variétés. Mais, selon François Burgaud, le temps où les agriculteurs basculaient en une année du tout semence certifiée au tout semence de ferme, ou inversement, est fini. Cette décision est réfléchie sur plusieurs années, et l’approche n’est pas qu’économique car aujourd’hui, l’instauration de la CVO semences, d’environ 5 euros par hectare, sur toutes les céréales à paille a réduit l’écart financier entre les deux stratégies.

Voir aussi article Treize nouvelles  espèces autorisées en semences de ferme.

Un grain ayant un indice de Hagberg faible n’est pas forcément prégermé


. Si le pourcentage de grains germés visibles à l’œil nu est élevé, le temps de chute de Hagberg est forcément faible. En revanche, il peut n’y avoir aucun signe visible de germination dans un lot et que, malgré tout, l’indice de Hagberg soit très bas, y compris à 61 secondes, indice le plus bas possible.
. Le temps de chute de Hagberg mesure la dégradation de l’amidon suite à un déclenchement de l’activité des enzymes (alpha-amylases). Une entrée massive d’eau dans le grain peut engendrer une baisse de l’indice de Hagberg sans prégermination. Le phénomène est très variable selon les variétés et les conséquences sur la qualité boulangère aussi. À ce stade, si le grain est séché convenablement, la faculté germinative n’est pas altérée.

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