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Moisson 2020 : le grand écart du rendement en Ile-de-France comme ailleurs

La récolte des orges d’hiver, colza et blé tendre a rendu son verdict en Ile-de-France : des résultats très hétérogènes avec certaines situations catastrophiques en termes de rendement. Mais la qualité est correcte.

La collecte chute de 20 % en blé tendre et en orge d'hiver par rapport à la moyenne décennale à la coopérative Ile-de-France Sud. © Gutner archives
La collecte chute de 20 % en blé tendre et en orge d'hiver par rapport à la moyenne décennale à la coopérative Ile-de-France Sud.
© Gutner archives

Une parcelle de 17 hectares à moins de 50 q/ha, une autre dépassant les 90 hectares et une moyenne de 65-70 q/ha sur la ferme des Grains d’Or à Etampes (Essonne) de Luc et Damien Greffin. Luc Greffin constate la grande hétérogénéité des rendements mais il ne se plaint pas. « Nous avons eu un orage avec 77 mm d’eau fin mai qui a sauvé les meubles. Ailleurs dans notre région, il y a des situations plus catastrophiques. » Le rendement reste en deçà de la moyenne de 76 q/ha des cinq dernières années sur l'exploitation.

Plusieurs responsables de l’interprofession agricole de l’Ile-de-France se sont réunis le 17 juillet sur l’exploitation de Damien et Luc Greffin, en invitant Valérie Pécresse, présidente de la région, pour faire le bilan de la moisson en cours. Comme ailleurs en France, les résultats oscillent du correct au catastrophique. L’orge d’hiver est sans doute la culture qui a le plus pâti des conditions climatiques et du parasitisme (virose). « Il y a des parcelles complètement détruites dans le nord de la Seine-et Marne, d’autres à 20-30 q/ha. Les rendements moyens varient de 50 à 75 q/ha selon les secteurs », précise Jean-Christophe Hillairet, président de la Chambre d’agriculture d’Ile-de-France. Chez les Greffin, les orges d’hiver n’ont produit que 34 q/ha.

Des rendements du simple au double en blé tendre sur chaque secteur

Concernant les blés, c’est également très hétérogène, avec une fourchette de rendement de 50 q/ha à plus de 100 q/ha selon les situations. « Les rendements moyens vont s’établir entre 70 à 85 q/ha, masquant parfois de fortes amplitudes. Les blés sont de qualité variable en protéines mais excellents en PS », précise une note de la Chambre d’agriculture.

En colza, les semis ont souffert de la sécheresse pour la deuxième année consécutive et la pression en insectes est importante depuis plusieurs années, surtout à l’automne. On a une fourchette assez large de 15-20 q/ha à 45-50 q/ha dans les meilleures situations. La moyenne restera faible pour la région francilienne à 35 q/ha environ.

Mais le pire est peut-être à venir, pour les cultures de printemps qui restent à récolter. Le pois protéagineux a grandement souffert de la sécheresse (les pois d’hiver constituent la bonne surprise de l’année avec des rendements parfois supérieurs à 50 q/ha). Les orges de printemps représentent 80 % des orges de la région. L’interrogation demeure sur les estimations de production alors que la récolte se profile dans les dix jours.

Jusqu’à 50 % de perte de rendement à prévoir en betterave

La betterave subit fortement l’impact de la jaunisse transmise par le puceron vert. Les représentants de la profession agricole n’ont pas de mots assez forts pour pointer les conséquences de l’interdiction des néonicotinoïdes en France alors que douze pays européens continuent à les utiliser par dérogation.

« Nous attendons des dégâts allant de 30 à 50 % de la production avec 100 % des parcelles touchées. La région Ile-de-France est une des plus impactée de l’Hexagone. La betterave sucrière représente 44 000 hectares. C’est une tête d’assolement majeure des systèmes céréaliers du bassin parisien. Avec les résultats qui s’annoncent, si rien n’est fait, nous risquons de perdre un quart des planteurs avec tout ce que la filière (deux sucreries en Ile-de-France) représente comme emplois directs et indirects », signifie Jean-Christophe Hillairet. 40 hectares sont cultivés en betterave sur l’exploitation des Greffin.

Plus largement, Damien Greffin, président de la FDSEA Ile-de-France, pointe un problème de trésorerie qui va toucher de nombreux agriculteurs. « Certains ne se sont pas complètement remis de l’année catastrophique 2016. Pour notre part, en 2019, le résultat courant après impôts et MSA n’a été que de 11500 euros à deux associés », précise l’agriculteur.

Les représentants de la filière agricole présents en appellent à la région pour obtenir un appui financier ou au moins pour relayer leur message auprès des instances gouvernementales. « Il faudrait faire un repérage des exploitations à risque, celles les plus touchées. Nous essaierons de bâtir une aide exceptionnelle mais qui devra être bien abordée juridiquement pour éviter une réclamation de Bruxelles », propose Valérie Pécresse. La région a déjà apporté des aides aux producteurs comme sur l’achat de semences. Pourra-t-elle faire davantage ?

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